Ainsi donc après deux années de patience, et bien des palinodies des autorités ecclésiastiques, six séminaristes de la Société des Missionnaires de la Miséricorde Divine (SMMD) seront, enfin, ordonnés diacres par Mgr Touvet, évêque-auxiliaire de Fréjus-Toulon le 1er décembre prochain selon le rituel d’ordination réformé mais au cours d’une messe célébrée selon la forme traditionnelle du rite romain. Directeur du mensuel catholique La Nef Christophe Geffroy se réjouit de cette nouvelle dans son éditorial de novembre mais il avoue son incompréhension devant ce qu’il qualifie d’« étrange logique ». En effet il établit une comparaison entre les difficultés qui ont été faites aux Missionnaires pour leurs ordinations alors qu’il juge leur communauté exemplaire car » il n’y a chez eux aucun exclusivisme liturgique puisqu’ils célèbrent la messe de Paul VI à l’occasion » et la bienveillance pontificale dont bénéficierait la Fraternité Saint Pie X (FSSPX). « N’est-il pas quelque peu cynique de sévir contre ceux qui se montrent les plus loyaux comme s’il fallait instaurer un rapport de force pour être pris en considération ? » demande le Directeur de la Nef.
Rappelons quelques faits relatifs à l’histoire de la messe et de la résistance traditionaliste qui a permis, depuis un demi-siècle, la survie du rite traditionnel.

L’Histoire de la Messe interdite
Dès son institution le rite réformé a eu vocation à prendre la place du rite ancien qui devait disparaître. Ainsi la Documentation catholique du 4 juillet 1971 notait, commentant une notification de la Congrégation pour le culte divin : « En France, le Nouvel Ordo Missae est obligatoire depuis le 1 janvier 1970 » et donc la célébration de la messe traditionnelle interdite. Ce que confirmera Paul VI lors du consistoire du 24 mai 1976 : « L’adoption du nouvel Ordo Missae n’est certainement pas laissée à la libre décision des prêtres ou des fidèles. (…) Le Nouvel ordo a été promulgué pour être substitué à l’ancien ». Les prêtres et les fidèles qui ont continué, après 1970, à célébrer ou à assister à la messe selon le rite traditionnel et dont Benoit XVI a vanté dans son motu proprio du 7 juillet 2007 « l’amour et l’affection » pour « les formes liturgiques précédentes » l’ont fait à l’encontre de la volonté clairement affichée du pape.
Après le décret, encore très restrictif, de la Congrégation du culte divin du 3 octobre 1984 Quatuor abhinc annos, (destiné, aux dires du cardinal Lustiger, à la Chine !) le motu proprio de Jean-Paul II Ecclesia Dei afflicta du 2 juillet 1988 a opéré une première étape significative du processus de libération de la messe. Le pape y demandait aux évêques un « accueil large et généreux » des fidèles attachés aux « traditions spirituelles et liturgiques de l’Eglise ». Trois jours plus tôt, le 30 juin, NNSS Lefebvre et de Castro-Mayer, évêque émérite de Campos au Brésil, avaient procédé au sacre épiscopal, sans mandat pontifical, de quatre évêques pour la FSSPX. Il faudrait être bien naïf pour ne pas voir dans cette soudaine libéralité romaine les conséquences d’un « rapport de force » devenu défavorable à Rome par la pérennité, humainement assurée, de la FSSPX grâce à la présence, en son sein, d’évêques pouvant procéder aux nécessaires ordinations sacerdotales.
On notera, en complément, que les créations des communautés attachées à la messe traditionnelle qui sont advenues dans le cadre de l’application du motu proprio Ecclesia Dei ont généralement été accordées en référence au protocole d’accord signé entre le cardinal Ratzinger et Mgr Lefebvre le 5 mai 1988 et dénoncé par celui-ci dès le lendemain. Or, ce protocole prévoyait la consécration d’un évêque pour la Fraternité Saint Pie X. Evêque que, presque quarante années après les faits, et faute, semble-t-il, d’un rapport de forces favorable, les communautés dites ex Ecclesia Dei attendent toujours.
Le motu proprio Traditionis custodes publié le 16 juillet 2021 par le pape François renoue désormais avec la volonté d’éradication du rite romain traditionnel voulue dès l’origine par les initiateurs de la réforme liturgique. Dans ce nouveau contexte, la position des Missionnaires de la Miséricorde ne doit pas sa nature précaire à leur esprit, bon ou mauvais, à leur enthousiasme ou à leurs réticences à l’égard du magistère postconciliaire, mais au fait qu’à la différence de la majorité des communautés ex Ecclesia Dei, cette association de prêtres n’est pas de droit pontifical mais de droit diocésain. Et cela, dans un diocèse dont l’évêque titulaire, Mgr Rey, a été mis sous contrôle d’un auxiliaire, Mgr Touvet, chargé d’y réduire le poids des communautés traditionnelles. Au fait, donc, que le rapport de force lui soit devenu défavorable.
Qui est responsable de la persécution de la messe traditionnelle ?
Dans sa méditation sur le sort fait par les autorités vaticanes aux prêtres et aux fidèles attachés à la messe traditionnelle, Christophe Geffroy en vient, en outre, à attribuer une part éminente de la responsabilité de leur persécution à Mgr Lefebvre, déplorant que celui-ci, ayant fait de la messe un « combat violent et polémique », aurait rendu ainsi impossible au pape, sans donner l’impression de capituler de « laisser faire l’expérience de la Tradition ». Il nous invite dès lors à tourner le dos à son exemple et à « abandonner toute idéologie » sur ces questions.

Historiquement, on fera amicalement observer à Christophe Geffroy que ce qu’il dit est complètement faux. Car Mgr Lefebvre n’a jamais fait le choix volontaire de faire de la messe un étendard. Rappelons la chronologie des événements. En 1970, au moment de l’interdiction de la célébration de la messe traditionnelle, Mgr Lefebvre est peu connu du grand public. Il travaille alors, en toute discrétion, à la fondation de la FSSPX, qui sera érigée canoniquement le 1 novembre par Mgr Charrière, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg. Parti pris de réserve qui incitera Mgr Lefebvre à ne pas collaborer au numéro spécial de la revue Itinéraires : Le Saint Sacrifice de la Messe (sept-oct 1970) qui marquait la décision de prêtres (père Calmel (o.p.), père Guérard des Lauriers (o.p.), abbé Dulac) et de laïcs (Madiran) de rester fidèles à la messe romaine traditionnelle. Mgr Lefebvre s’était dans le même temps, gardé de donner suite aux objurgations de l’abbé de Nantes, qui l’incitait à user de sa qualité de membre de l’Eglise enseignante pour mettre en cause publiquement les orientations du pontificat de Paul VI (« Frappe à la tête ! »). Il entendait bien plutôt obtenir qu’on le laisse faire, paisiblement, « l’expérience de la Tradition ».
Or, cette prudence ne détournera pas les évêques de France de refuser d’emblée de donner le moindre ministère aux prêtres qui seraient formés par l’ancien archevêque de Tulle dans un séminaire qualifié de « sauvage » par le père Marcus, alors supérieur du séminaire des Carmes à Paris, lors d’une réunion de prêtres. Elle n’empêchera pas les autorités romaines, d’entamer, en novembre 1974 avec une visite apostolique hostile, le processus qui débouchera en mai 1975 sur le retrait de l’approbation canonique d’Ecône et donc l’interdiction d’ordonner des prêtres, par Mgr Mamie, successeur de Mgr Charrière, puis en juin1976 sur la suspense a divinis du prélat qui avait passé outre à l’interdiction des ordinations. La démonstration reste dès lors à faire que l’acceptation de la réforme liturgique aurait « peut-être » permis de laisser faire l’expérience de la Tradition. La réalité de l’observation de l’enchaînement des faits manifeste plutôt que c’est grâce à une résistance ferme et argumentée, reposant principalement sur une société de prêtres non soumise aux dérives modernistes romaines – la Fraternité Saint Pie X- face à un abus de pouvoir pontifical tendant à couper l’Eglise de sa Tradition liturgique et doctrinale que, peu à peu, a été reconquise la liberté de célébration de la messe traditionnelle, aujourd’hui de nouveau mise en cause.
Où est l’idéologie ?
Doctrinalement, on se permettra d’observer que c’est une marotte du pape François, devenue par voie de conséquence un tic chez ses laudateurs, que de dénoncer tout attachement un peu ferme à la doctrine comme une dérive de la foi vers « l’idéologie ». Or, ce ne sont pas les traditionalistes qui ont inventé, par raideur intellectuelle et froideur d’âme le fait que dans l’Eglise catholique, les dogmes soient inchangeables, que les papes eux-mêmes leur soient soumis, et que la liturgie qui les exprime et les met en pratique ne peut donc être touchée et réformée que d’une main tremblante.
Le malheur des temps, et les divisions qui leurs sont inhérentes ont en revanche fait apparaitre parmi eux, depuis l’avènement du pape François, deux écoles, avec des nuances et des variantes qui cohabitent ou s’affrontent selon les cas.
Certains affirment en effet qu’il est indispensable de faire des concessions aussi bien pratiques que doctrinales avec les réformes issues de Vatican II. L’herméneutique de continuité n’est plus, pour eux, une démonstration à faire sur chaque sujet litigieux, une réinterprétation à proposer, comme avait tenté de le faire par exemple Benoit XVI sur le Subsistit in de Lumen Gentium (Que voulait dire la formulation selon laquelle l’Eglise de Dieu « subsistait » dans l’Eglise catholique ? Comment l’interpréter sans remettre en cause le dogme selon lequel l’Eglise de Dieu « est » l’Eglise catholique ?), mais un super dogme d’où devaient découler la réinterprétation de la Tradition de l’Eglise à la lumière de Vatican II et l’obéissance aveugle à tous les commandements que la hiérarchie en place édicte en son nom. Christophe Geffroy appartient sans conteste à cette école.
Le problème est que cette stratégie rend difficile toute analyse critique de certains textes du Concile Vatican II et de certaines innovations postconciliaires, comme la réunion d’Assise, la bénédiction des couples homosexuels, l’ouverture progressive au sacerdoce des femmes, l’anarchie doctrinale ou la synodalisation de la liturgie. Elle conduit donc à mettre les questions épineuses sous le tapis, par refus de « dialectiser les échanges », tout débat doctrinal risquant d’être qualifié de « querelle idéologique ». La soumission à la volonté du pape devient pour ses tenants « l’ultima ratio », exercice extrêmement délicat quand les actes du pape ne paraissent pas d’une logique cartésienne implacable, celui-ci, « en même temps », promulguant Traditionis custodes et confortant la Fraternité Saint Pierre et l’Institut du Christ-Roi dans leurs entreprises. D’autres, parmi lesquels se range l’auteur de ces lignes, estiment que l’imbroglio dans lequel se trouve l’Eglise exige une grande prudence et circonspection dans l’acceptation des réformes issues du Concile Vatican II. Cela d’autant plus que l’enseignement post- conciliaire évolue à une vitesse vertigineuse. Nous en sommes ainsi, en moins de cinquante ans, à la troisième version de la traduction du Pater en français et également à la troisième rédaction du paragraphe du Catéchisme de l’Eglise Catholique sur la peine de mort.
La tragédie de l’Eglise
Au fond, le drame de Christophe Geffroy est qu’il arrive trop tard dans un monde trop vieux. Il était fait pour être zouave pontifical, courageux et brave soldat au service de Pie IX, animé par la certitude chevillée au corps que, comme il l’écrit, « l’obéissance dans l’Eglise est toujours porteuse de fruits ». Belle maxime qui claque comme un étendard mais qui fait l’impasse sur le fait que l’obéissance « perinde ac cadaver » est parfois un refuge contre les responsabilités et les décisions personnelles, un oubli qu’elle est une vertu virile associée à la vertu cardinale de justice, et non une servilité.
Il n’est en effet pas certain que Mgr Touvet soit lui-même toujours enthousiasmé par toutes les déclarations du Saint-Père et les directives qui lui sont transmises par Mgr Migliore, nonce à Paris. Son drame est de les appliquer par un sens dévoyé de l’obéissance qui fait du caporalisme une vertu, et néglige le fait que le salut des âmes soit le critère ultime du discernement. Le sort réservé aux Missionnaires de la Miséricorde Divine apparaît, dans ce contexte, comme le révélateur de la tragédie de l’Eglise. Il témoigne d’abord que si idéologie il y a, elle est l’apanage des fonctionnaires ecclésiastiques qui président à ses destinées et qui persistent, contre vents et marées, à appliquer des recettes qui depuis soixante années ont fait la preuve de leur inefficacité alors que chaque jour sont plus évidents les fruits, visibles, de l’utilisation des pédagogies traditionnelles de la foi.
Jean-Pierre Maugendre vient de publier : Quand la mer se retire, La tragédie de l’Eglise au XX éme siècle, Contretemps, 608pages, 24,9 Euros.
Jean-Pierre Maugendre
15 réponses
Ce qui est incroyable est l’aveuglement des catholiques bourgeois conservateurs.
Ils ont attendu l’élection de Bergoglio en 2013 pour ouvrir les yeux et s’apercevoir qu’il y a une révolution dans l’Eglise.
Ils n’ont pas vu que Vatican II est le 1789 de l’Eglise.
Ils n’ont pas vu le culte de l’homme de Paul VI poursuivi par Jean-Paul II qui créait une religion anthropocentrique.
Ils n’ont pas vu que la nouvelle messe était une imitation du culte protestant.
Ils n’ont pas vu Assise.
Ils n’ont pas vu les repentances de Jean -Paul II pape des droits de l’homme.
Cette révolution Mgr Lefebvre l’avait vue dès le concile Vatican II et il l’a combattue à la tête du Coetus Internationalis Patrum.
Le 20 décembre 1966 (oui 1966) Mgr Lefebvre -supérieur général des pères du Saint Esprit- écrivait une mettre au cardinal Ottaviani dénonçant les ravages de Vatican II qui détruisaient la foi catholique de fond en comble.
Mgr Dognin a raison de demander aux fidèles de l’Ancien Missel de participer aux célébrations selon le Nouveau Missel; il est important de montrer qu’il y a enrichissement et non rupture entre les deux comme l’a si bien explicité Benoït XVI (qui rappelons-le, n’a jamais célébré en tant que Souverain Pontife, selon l’ancien Missel). Obéissance et unité sont plus que jamais nécessaires sur les questions liturgiques. Une belle messe selon le Nouveau Missel n’a jamais tué personne! Relire également le très beau texte du pape François Desiderio desideravi.
M Equalizer vous n’avez pas la foi catholique.
La nouvelle messe a été inventée par le franc-maçon Bugnini avec l’aide de pasteurs protestants dans le but de séduire les protestants et arriver à célébrer le même culte qu’eux.
Les cardinaux Ottaviani et Bacci ont été les premiers (avant même Mgr Lefebvre) à condamner cette nouvelle messe protestantisée dans leur célèbre examen critique que je vous conseille de lire. Ce nouveau rite, alertent-t-ils en termes forts, « s’éloigne de façon impressionnante, dans l’ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique de la Sainte Messe ».
Si on veut rester catholique on doit refuser d’assister à la nouvelle messe qui a un fort parfum de protestantisme et qui fait perdre la foi.
Monsieur TD, je crains que cela soit vous qui ne soyez plus pleinement en communion avec la Sainte Eglise. Le Concile Vatican II est le plus haut degré du Magistère, et les différents Papes qui ont régné après la promulgation de ses textes, ont donné suffisamment l’exemple pour que nous soyons sans crainte en les observant. Aucun Pape depuis saint Paul VI n’a plus jamais célébré la messe selon l’ancien rite. Relisez le songe des trois blancheurs de saint Jean Bosco et soyez dans l’obéissance au Saint-Père et en communion avec lui. Réfléchissez, discernez, de peur de vous retrouver avec les Pharisiens, toujours actuels, ceux qui savent toujours mieux que le Christ-Jésus et saint Pierre, et qui ont crucifié le premier et ont souhaité la mort du second.
Equalizer Si vous détestez la Tradition que faites- vous sur Renaissance catholique qui est un site traditionaliste ?
Vatican II est un concile pastoral et non dogmatique donc pas infaillible. Ses textes comme Dignitatis Humanae contiennent des hérésies.
Paul VI qui fut le pire destructeur de la foi catholique n’a rien d’un saint, il a été canonisé pour des raisons politiques (par charité je préfère ne pas parler des moeurs de ce pape). Ces canonisations à la chaine des papes conciliaires sont des légions d’honneur données à titre posthume pour services rendus et ont pour but de canoniser Vatican II.
Enfin quand vous parlez d’obéissance au pape c’est indécent.
Bergoglio pape idolâtre adorateur de Pachamama a décidé de donner la communion aux adultères ce qui est un sacrilège et la profanation du Saint Sacrement. Il a aussi décidé de bénir les couples contre nature. Je vous rappelle que le péché impur contre nature est un péché qui crie vengeance devant Dieu.
Obéir à un tel pape qui encourage les péchés les plus abominables est le chemin de l’Enfer.
Sérieusement ? Rassurez moi vous trollez ? Le quoi? Très beau texte du pape François 😩😢
Connaissant bien Monsieur l’Abbé Courtois pour avoir pèleriné , ma femme et moi, avec lui en Terre Sainte, il est surprenant de constater son renvoi du diocèse au prétexte de tensions provoquées par son ministère : en effet cela paraît en total décalage avec sa courtoisie, sa charité envers ceux qui pratiquent différemment et son zèle de vrai pasteur.
Dans cette pénible affaire, j’ai le sentiment comme trop souvent dans le langage épiscopal, qu’il y a une absence de « parler vrai » , qui masque le véritable « pour quoi « .
Il est bien triste de constater que les fidèles et les prêtres de la Fraternité Saint Pierre ont plus à craindre au sein de l’Eglise qu’à l’extérieur.
Et pourtant sa moisson est bonne.
Mais c’est peut-être pour la vraie cause…
On peut aller à la Chapelle Sainte Anne, de Brest, au Monastère de Traonfeunteniou de Morlaix, à la Chapelle du Mûr de Morlaix, au Monastère des Pètites-Soeurs Franciscaines du Trévoux, au Couvent des Dominicaines de Karnabat…
Le deuxième paragraphe du texte de M. Maugendre est absolument fondamental.
Oui, nous sommes en présence des conséquences de l’apparition d’une véritable « sécession culturelle » supplémentaire, dans l’histoire du christianisme, et cette « sécession culturelle » s’ajoute à celle qui s’est officialisée entre l’Eglise catholique et les communautés chrétiennes orthodoxes, au XIème siècle, et à celle qui s’est officialisée entre l’Eglise catholique et les communautés chrétiennes protestantes, au XVIème siècle.
Cette fois-ci, la « sécession culturelle » a commencé à se produire, au sein de la philosophie d’inspiration chrétienne et de la théologie catholique, à partir de l’entre deux guerres mondiales, et a conduit notamment au détournement de finalité du mouvement liturgique, du mouvement oecuménique, du renouveau biblique et du renouveau patristique, surtout à partir de 1945, donc vingt ans avant la clôture du Concile.
En effet, c’est surtout à partir de 1945 que ces deux mouvements et ces deux renouveaux ont commencé à fonctionner à l’anti-tridentinisme, notamment anti-thomiste, en ce que cet anti-tridentinisme s’est opposé à la conception du thomisme que l’on a eu, globalement, du Concile de Trente à Pie XII. Les conditions propices à l’apparition du christianisme catholique contemporain, en tant que de moins en moins distinctement catholique et de plus en plus consensuellement contemporain, ont donc commencé à se réunir et à constituer un nouveau socle de convictions.
En ce sens et sous cet angle, sous couvert de dialogue, d’inclusion, de créativité et de participation en matière liturgique, de renouveau et d’unité, une nouvelle confession chrétienne est apparue : le cathotestantisme philo-postmoderne, à la fois plus du tout pleinement catholique et pas encore tout à fait protestant (libéral), d’où le culte de l’homme, le culte des autres confessions chrétiennes et des autres religions, et LE CULTE DU DENI.
Ce dernier aspect des choses est probablement le plus important : oui, le nouveau régime ecclésial fonctionne particulièrement sur le registre du déni, en l’occurrence du déni épiscopal, sur l’ampleur et la portée de la double dynamique de contournement des fondamentaux de la foi catholique et de dépassement des enseignements de l’Eglise catholique sur la foi et les moeurs qui caractérise le christianisme cathotestant et postmoderne.
Les notions de réception du contenu de la Tradition, de prise en compte de ce contenu et de transmission du contenu de la Tradition ont-elles du sens, d’un point de vue cathotestant et postmoderne ? Bien sûr que non ou certainement pas, puisque, de ce point de vue, la Tradition catholique n’est pas avant tout porteuse d’un contenu pérenne, à la fois conservé et enrichi au fil des siècle, mais est porteuse d’un contenant, désormais à la fois amputé et déformé au contact du monde, un contenant jugé fécond ou positif quand il est « fraternitaire », et jugé nocif ou négatif quand il est « identitaire ».
A l’intérieur, pour l’appeler par ce nom, du « Cathotestan » postmoderne, quelle est donc l’autorité effective du Catéchisme de l’Eglise catholique de 1992 ? Depuis la publication du document synodal Élargis l’espace de ta tente, seulement trente ans après (!), il faut vraiment être un aveugle volontaire pour refuser de voir que les structures mentales qui sont au pouvoir sous le pape François ne sont vraiment pas les mêmes qu’en 1992, de même que celles qui étaient au pouvoir en 1992 n’étaient vraiment pas les mêmes que celles qui étaient au pouvoir jusqu’en 1962…
D’où cette question, presque lancinante : elle va durer et sévir encore longtemps, cette dynamique d’auto-contournement et d’auto-dépassement, apparemment indéfinie, qui constitue, depuis le milieu de l’entre deux guerres mondiales, donc depuis presque un siècle, l’une des principales marques de fabrique du christianisme catholique contemporain, de moins en moins solidement catholique et de plus « liquidement » contemporain ?
Un dernier mot s’impose ici : apparemment, moins les fondamentaux du catholicisme, ainsi que les enseignements de l’Eglise qui ne sont pas encore imprégnés par l’immanentisme, l’inclusivisme, l’oecuménisme et le périphérisme, font autorité vers l’extérieur de l’Eglise, et plus leur contournement et leur dépassement, qui ne sont pas réductibles à une affaire ou à une question de « style », sont imposés, avec autoritarisme, à l’intérieur de l’Eglise, aux fidèles qui, précisément, veulent être et rester fidèles, le plus pleinement possible, à ces fondamentaux et à ces enseignements ! Il y a là une réalité qui en dit vraiment long sur le caractère « orwellien » du nouveau régime ecclésial, surtout depuis Francois…
Absurde….
« M Maugendre me fait bien rire lorsqu’il invoque Dignitatis Humanae. Ce texte hérétique (contraire au Magistère de l’Eglise) a été fait pour laïciser les Etats catholiques et ne s’applique nullement aux catholiques attachés à la Tradition. »
Ce n’est pas très malin d’invoquer ceci: JP MAUGENDRE ne faisait que reprendre un texte moderniste à son propre piège… Ce qui se voit clairement à son texte.
Pour le reste OUI: la révolution en veut toujours davantage
Pour le coup celui qui tape dans le mille ici c’est bien Mr Maugendre !!!
Si pour vous DH n’a aucune valeur, il en a une pour les Évêques néo modernistes et c’est très intelligent de ce servir d’un des textes majeurs de l’eglise synodalo-conciliaire pour leurs mettrent le nez dans leurs hypocrisies crasse sur le fait que pour les catho-boomers, les hérétiques, les mahometans, les juifs et les païens la liberté religieuse doit être une priorité absolue, mais par contre quand il s’agit de la liberté des véritables catholiques, plus aucune liberté n’est autorisée et bien pire c’est l’obéissance au doigt et à l’œil la seule liberté permise !!!
Merci Jean-Pierre Maugendre pour cette chronique de la Vérité destinée à Mgr Dognin. La position de cet évêque est incompréhensible dans une époque où il ne reste que 2% de catholiques pratiquants. Je ne me reconnais pas dans cette église là même si on doit faire avec. Courage à tous, ne jamais lâcher rien. Union de prière en NSJC.
« Qui dira la vérité à Mgr Dognin ? »
La réponse est évidente et personne, ce jour-là, ne voudra être à sa place…
Prions donc pour lui, pour ce pauvre homme.
La Fraternité St Pierre a été fondée par des prêtres parjures de la Fraternité St Pie X en 1988. Le deal du Vatican moderniste était le suivant : vous condamnez Mgr Lefebvre, vous acceptez le concile Vatican II (ou du moins vous restez silencieux), vous cessez de critiquer la nouvelle messe et en contrepartie on vous accorde l’ancienne messe et les sacrements dans le rite traditionnel.
Malheureusement on peut donner des gages à la révolution, la révolution en veut toujours davantage. Comme disait Clemenceau la révolution est un bloc. Pour Bergoglio aussi la révolution de Vatican II est un bloc : on doit tout accepter y compris la nouvelle messe protestantisée.
M Maugendre me fait bien rire lorsqu’il invoque Dignitatis Humanae. Ce texte hérétique (contraire au Magistère de l’Eglise) a été fait pour laïciser les Etats catholiques et ne s’applique nullement aux catholiques attachés à la Tradition.
Pas de liberté pour les ennemis de la liberté disaient les révolutionnaires.
La Fraternité St Pierre qui depuis 1988 a fait le maximum pour séduire les modernistes -quand on pense que la Fraternité St Pierre a été jusqu’à approuver Assise !!!- commence à l’apprendre à ses dépens.