
Les sonneurs se sont élancés au milieu d’une forêt de Gwenn ha Du avec derrière eux une foule paisible et joyeuse de 350 personnes, dont de nombreux enfants. En ce dimanche 16 juin les fidèles finistériens des paroisses Saint Mathieu, à Quimper, et Sainte Sève, à proximité de Morlaix, relient en un cortège priant la cathédrale Saint Corentin à l’évêché. Ils essayent par ce moyen de fléchir Mgr Dognin, évêque de Quimper et Léon, qui après avoir chanté les louanges de la Fraternité Saint-Pierre au mois de juin 2023 a décidé, six mois plus tard, de mettre fin à la convention qui liait la même Fraternité au diocèse.
Concrètement le lieu de messe sera déplacé à l’extérieur de Quimper, la dernière messe célébrée par un prêtre de la FSSP aura lieu le 25 août. À partir de cette date ne sera plus conservée dans la forme traditionnelle que la messe dominicale célébrée à tour de rôle par une dizaine de prêtres diocésains formés liturgiquement à cet effet. Toutes les autres activités religieuses – catéchismes, baptêmes, confessions, confirmations, etc. – seront assurées dans les paroisses des alentours conformément à la pastorale postconciliaire.
Dans la foule qui chemine, entre deux dizaines de chapelet, dont une en breton, les commentaires vont bon train.
Des réactions diverses
Il y a d’abord les résistants. « On en a vu d’autres ! N’oublions pas que pendant quasiment 40 ans, de 1969 (promulgation du Nouvel ordo de la messe) à 2007 (Motu proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI) la célébration de la messe traditionnelle a été quasiment interdite ! » Delphine témoigne : « Je me suis convertie grâce à cette messe. Je n’irai pas dans les paroisses ». Isabelle confirme : « Je ne retournerai pas dans ma paroisse. Ils m’ont chassée. Je ne veux pas perdre la foi ». Claudine trottine au milieu du cortège. Elle a plus de 80 ans. Tout cela lui rappelle d’autres, mauvais, souvenirs d’abandons, en Afrique sous « le soleil brûlant de l’Algérie ». D’autres dialogues :
– Mon capitaine, tu ne vas pas nous abandonner ?
– Mohamed, j’ai des ordres. Je suis un officier. Je dois obéir
– Ils vont nous tuer
– Je suis désolé ! Rends-moi ton arme et on y va…
Mohamed a mis trois jours à mourir. Ses bourreaux n’étaient pas pressés ! Parfois la nuit le capitaine entend ses cris. Il est devenu général mais il a sangloté quand il a vu Jeannette Bougrab, secrétaire d’État à la Jeunesse et fille de harki, s’agenouiller devant la chaise d’Hélie de Saint Marc lors de sa décoration comme Grand-croix de la Légion d’honneur, le 28 novembre 2011, pour lui baiser la main. « Merci de ne pas avoir abandonné vos soldats, et mon père » lui a-t-elle murmuré, en larmes.

Il y aussi, surtout parmi les nouveaux convertis, des incrédules : « Je ne comprends rien à ce qui se passe. Que faisons-nous de mal en priant comme nos pères ont prié pendant des siècles ? Il n’y a que deux solutions : soit cette religion est la même qu’avant et je ne comprends pas ce rejet. Soit il s’agit d’une autre religion et c’est très embêtant ». Cette incrédulité rejoint celle du maire d’Abilly apprenant que l’archevêque de Tours, Mgr Jordy, chargé des relations avec les traditionalistes, interdisait la célébration de la messe traditionnelle dans l’église du village à l’occasion de l’université d’été de Renaissance catholique. « Je ne comprends rien à vos histoires. La commune finit de payer l’an prochain les travaux pour la restauration de l’église et l’évêque ne veut pas qu’il y ait une messe dans l’église alors que les célébrations y sont rares. Il n’y a pas la messe tous les dimanches. Vous êtes une religion de fous ! »
Enfin certains sont désespérés. « Monsieur il faut faire quelque chose pour nous ! Dans ma famille plus personne ne pratique sauf les traditionalistes. Que vont devenir nos enfants ? Il faut nous aider ! » Mais que peuvent comprendre à ce cri du cœur les idéologues et les fonctionnaires ecclésiastiques qui dirigent l’Église de France ?
Une résistance légitime
Les raisons du revirement de Mgr Dognin sont désormais bien connues. Il n’a pas eu le courage et la force de résister aux pressions du clergé breton, un des plus progressistes de France, qui il y a déjà quelques années avait « eu la peau » d’un de ses prédécesseurs issu de la communauté Saint Martin, Mgr Jean-Marie Levert. Le bilan des années postconciliaires dans le diocèse de Quimper et Léon est sans appel. Il était de bon ton dans les cures du Finistère de commenter, lors du Concile, le fait que le diocèse comptait 1 000 prêtres sur place et 1 000 autres en mission à l’étranger ou dans un autre diocèse. Aujourd’hui, le diocèse compte 80 prêtres actifs dont de nombreux africains. Quant aux tenants de la tradition catholique, les 30/40 paroissiens de la chapelle Sainte Anne du Portzic, au nord de Brest sur la route du Conquet, en 1974, sont devenus 1 500 (diocèse – Saint Michel à Brest –, Fraternité Saint-Pierre – Sainte Sève, Saint Mathieu –, Fraternité Saint Pie X -Brest, Morlaix, Lanedern), sans oublier deux communautés religieuses de franciscaines (Lanorgard et Traonfeunteuniou – 42 sœurs –, deux écoles dont une avec six sœurs enseignantes).
Les faits parlent d’eux-mêmes : chaque fidèle a le droit de rester fidèle aux pédagogies traditionnelles de la foi qui ont sanctifié ses anciens. L’autorité ecclésiastique est au service de la transmission de la foi. L’obéissance est un moyen et non une finalité. Elle est ordonnée au bien commun, et en l’occurrence dans l’Église au salut des âmes. « Si jamais quelqu’un fût-ce nous-même, fût-ce un ange venu du ciel vous prêchait un Evangile autre que celui que nous avons prêché qu’il soit anathème. » (Gal I,8)
Quel avenir ?
Notons d’abord qu’à l’heure de l’Église ouverte à tous (Todos ! Todos !) et du dialogue tous azimuts il s’avère impossible pour les fidèles exclus de rencontrer Mgr Dognin.
Ensuite c’est une illusion de croire que les fidèles de la Fraternité Saint-Pierre vont paisiblement intégrer la pastorale diocésaine et s’y fondre, voire s’y dissoudre. La résistance à cet abus de pouvoir clérical va donc persister et, sans doute, prendre de nouvelles formes.
Cependant, à ce stade, différents scénarios paraissent possibles :
- Mgr Dognin revient sur sa décision, arguant du document à venir dont on parle beaucoup qui interdirait la célébration de la messe traditionnelle par les prêtres diocésains mais la tolèrerait pour les communautés autorisées. Notons que dans de nombreux diocèses la messe traditionnelle étant célébrée dans les paroisses par des prêtres diocésains, si cette décision était promulguée de nouvelles difficultés apparaîtraient.
- Mgr Dognin fait appel à une autre communauté mettant en œuvre les pédagogies traditionnelles de la foi. Sur le papier la solution est attrayante mais elle se heurte à un non-dit réel : l’évêque qui fait appel à une communauté extérieure perd une partie de son autorité car il doit respecter les constitutions de ladite communauté. Cléricalisme quand tu nous tiens !
- Mgr Dognin reste sur sa position et les fidèles feront alors certainement appel à la Fraternité Saint Pie X dont le charisme, depuis sa fondation en 1969 par Mgr Lefebvre, est justement de répondre aux demandes des groupes de fidèles souhaitant vivre leur foi au rythme de la liturgie romaine traditionnelle.
C’est dire si la situation de Quimper et ses développements vont bien au-delà d’un simple enjeu local. C’est une partie de l’avenir de la liturgie romaine traditionnelle en France et ses nouveaux contours qui se jouent, aujourd’hui, dans l’évêché de saint Corentin.
Jean-Pierre Maugendre
9 réponses
Si les cadres dirigeants du Parti iréniste et utopiste, ou inclusiviste et oecuméniste, qui a conquis le pouvoir dans l’Eglise catholique au moment et au moyen du Concile, et qui le garde depuis, se comportent comme ils le font, ce n’est pas parce qu’ils n’ont pas compris, mais c’est, au contraire, parce qu’ils ont très bien compris qu’il est anti-conciliaire de laisser rentrer par la fenêtre la conception du catholicisme que les clercs des années 1960 ont fait sortir par la porte.
Or la mentalité conciliaire, bien plus que le Magistère conciliaire en ce qu’il a d’officiellement dogmatique, constitue leur référentiel fondamental.
Et au contraire de Benoît XVI, ou, au contraire des partisans du « continuisme », ces évêques savent bien, EUX, que le catholicisme traditionnel dans la foi et le catholicisme rénovateur de l’Eglise ne découlent pas d’inspirations doctrinales et liturgiques compatibles et ne débouchent pas sur des orientations pastorales et spirituelles conciliables !
Donc, ce n’est pas parce qu’ils ne comprennent pas la légitimité du catholicisme traditionnel, mais c’est parce qu’ils comprennent très bien la dangerosité de sa résilience ou de sa résistance qu’ils se comportent comme ils le font. Tout retour à l’essentiel serait jugé comme une régression.
« le Seigneur, après sa résurrection, confia à Pierre en personne la charge de – faire paître ses brebis. … » (saint Augustin)
Voilà la mission du Pape et c’est ce qu’il fait quotidiennement.
Les papes se succèdent comme tous les humains, sur cette terre.
Je suis très fervent de Benoit XVI. Aujourd’hui c’est le Pape François…
Son encyclique sur le Cœur de Jésus, montre un autre aspect de son enseignement, et de sa vie spirituelle.
Redonner espérance aux évêques de France, par notre foi constante, humble et fidèle.
Vivre au jour le jour, dans la grande Tradition de l’Église.
Prier, adorer le Seigneur, au Saint Sacrement de l’autel.
Il va falloir un jour ouvrir les yeux sur ce pape adorateur de Pachamama et Luther, pape qui profane le St Sacrement en autorisant les adultères à communier, qui prêche une religion maçonnique (fratelli tutti), qui encourage l’islam, qui bénit le péché impur contre nature, qui collabore avec le régime communiste chinois mais qui dans le même temps voue une haine viscérale à la messe de toujours. Il est de plus en plus évident que ce pape oeuvre pour la destruction totale de la foi catholique déjà bien commencée par les papes modernistes depuis Jean XXIII.
Quant à ces malheureux fidèles de Quimper qui se sont laissé abuser par l’évêque de Quimper la seule solution pour eux est de rejoindre la Fraternité St Pie X comme le dit très justement Monsieur Maugendre.
Si la Fraternité St Pie X n’existait pas la Tradition aurait disparu depuis longtemps.
Merci Mgr Lefebvre d’avoir sauvé la foi catholique.
Ce n’est pas parce que certains d’entre nous ont jusqu’à présent renoncé voire se sont opposés (francs-maçons…) à l’Église de Dieu, à la vie spirituelle à la suite de Jésus, qu’ils ne sont pas aimés du Père… Croyez vous vraiment qu’un texte puisse empêcher le Père d’exercer sa miséricorde et de construire son Église ? … C’est le cœur de l’Homme que Dieu a choisi de mettre à contribution, c’est de l’amour du Fils passant par notre propre vie qu’Il a souhaité avoir besoin.
Je lis les tweet du Pape François tous les jours et… pas un seul soupçon de haine ! … j’y découvre même de la similitude avec le comportement de notre Seigneur Jésus rapporté dans les écritures, saintes. J’y découvre un encouragement spirituel permanent : à rejoindre l’humanité de tous les temps qui cherche Dieu en psalmodiant … à vivre de la vie même du Christ… avec les sentiments du Christ… à vivre la vie Évangélique en esprit et en vérité … à demeurer dans la foi, l’espérance et la charité…à prier même pour nos persécuteurs…. à signer ( bénir) de la croix de notre Sauveur tous ceux que nous sommes amenés à rencontrer (sans choisir), à permettre à Dieu de les aimer à travers notre propre cœur ! … à aimer et le dire par notre vie ( saint Augustin IV siècle).
De la haine ? Non.
« j’y découvre même de la similitude avec le comportement de notre Seigneur Jésus rapporté dans les écritures »dites vous.
Bergoglio bénit le péché (adultère , vice contre nature). Notre Seigneur n’a jamais béni le péché. Au contraire le Seigneur a combattu le péché.
Quant à l’attitude de ce pape contre la vraie messe c’est bien de la haine.
Le premier devoir du successeur de Pierre est d’être le gardien et le défenseur de la foi catholique pas de la détruire comme le font les papes depuis Vatican II.
TD… ? Il bénit les pécheurs (pour que Jésus prenne enfin sa place dans notre cœur…dans notre vie) il ne bénit pas les péchés !
Au pire c’est une erreur de jugement mais assurément pas de la haine, ce qui est attristant ce sont ces familles qui cherchent désespérément le secours du Seigneur et qui constatent qu’elles ne peuvent compter sur les autorités locales … – c’est l’histoire de notre vie- « 08 Mieux vaut s’appuyer sur le Seigneur que de compter sur les hommes ; 09 mieux vaut s’appuyer sur le Seigneur que de compter sur les puissants » (psaume 117). Par leur persévérance dans la foi, l’espérance et la charité, par leur confiance en Dieu, leu prière, « leur cœur brisé et leur esprit humilié » comme à d’autres endroits en France, ces familles pourraient bien renforcer leur cœur à cœur avec le Christ donc inspirer la fille aînée de l’Église !
« 16 Le Seigneur regarde les justes, il écoute, attentif à leurs cris.
17 Le Seigneur affronte les méchants pour effacer de la terre leur mémoire.
18 Le Seigneur entend ceux qui l’appellent : de toutes leurs angoisses, il les délivre.
19 Il est proche du coeur brisé, il sauve l’esprit abattu.
20 Malheur sur malheur pour le juste, mais le Seigneur chaque fois le délivre.
21 Il veille sur chacun de ses os : pas un ne sera brisé. » (psaume 33)
Pour ce qui est du pape François, s’il choisit de vivre en premier la charité c’est que nécessairement il est imprégné de la foi et l’espérance qui est en Dieu !
« La charité, reflet de Dieu le plus parfait en nous »
Ces trois vertus théologales se nourrissent les unes les autres sous l’action de l’Esprit Saint. Il s’agit de pouvoir mettre des mots sur la vie de communion à laquelle nous sommes appelés par Dieu.
Saint Paul mentionne ces vertus : « Ce qui demeure aujourd’hui, c’est la foi, l’espérance et la charité ; mais la plus grande des trois, c’est la charité. » (1 Co 13, 13). »
Vous cherchez toujours sans y parvenir à justifier toutes les abominations des modernistes. Si Bergoglio bénit bien le péché et profane le St Sacrement en autorisant les adultères à communier
Renaissance catholique est un site de catholiques attachés à la Tradition.
Vous feriez mieux d’aller sur Golias. Vous y seriez plus à votre place.
C’est pour éviter ce genre de situation que Mgr Lefèvre avait refus tout compromis sur la célébration de la messe traditionnelle et sur le statut de la FSSPX. Ce qu’il craignait arrive.