Mon Dieu et mon tout. Les familles catholiques et l’école

Article de Jean-Pierre Maugendre, paru dans le bulletin de l’école Notre-Dame de Fatima

La fin de l’éducation est que l’enfant en vienne à préférer librement pour toujours le vrai au faux, le bien au mal, le juste à l’injuste, le beau au laid, et Dieu à tout.

Mon Dieu et mon tout !

« Deus meus et omnia. Mon Dieu et mon tout. » La belle devise attribuée à saint François d’Assise est au cœur de toute vie chrétienne authentique. Ce Dieu qui nous a créés et rachetés, qui nous maintient dans l’être et nous accompagne, à chaque instant, de sa Providence est le principe de notre vie qui permettait à saint Paul d’écrire : « Pour moi vivre c’est le Christ » (Ph II, 1), et : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Gal II, 20). Toute vie chrétienne est, au fond, l’apprentissage de la vie dans le Christ, la conformité, qu’il faut espérer sans cesse croissante, du comportement de chacun au Christ qui vit en lui par la grâce et la vie sacramentelle. C’est cette réalité que formule saint François de Sales dans l’Introduction à la vie dévote : « Pourquoi pensez-vous à moi si souvent mon Seigneur, et pourquoi pensé-je si peu à vous ? », reprenant le psaume du roi David : « Je vois mon Dieu toujours devant moi. »

L’éducation chrétienne des enfants

L’éducation chrétienne des enfants revêt ainsi une dimension éminemment surnaturelle. Apprendre à lire, à compter et à raisonner, c’est bien. Accéder aux réalités surnaturelles, c’est mieux. Les enfants dans leur intransigeance sont avides de cohérence. Quelle est la crédibilité d’un discours extra-scolaire affirmant que Dieu est le maître de tout, qu’il veille sur chacun de nos instants, et une école dans laquelle son saint Nom serait banni et ses enseignements occultés, huit heures par jour ? Nulle ! Pie XI a consacré une encyclique à ce sujet : Divini illius magistri, sur l’éducation chrétienne des enfants (31 décembre 1929) ; ce texte reste l’élément de référence de l’éducateur chrétien. Après avoir rappelé que les parents sont les premiers responsables de l’éducation de leurs enfants, Pie XI enseigne que l’école n’est que le prolongement de la famille. L’une et l’autre doivent partager le même idéal. Le souverain pontife dénonce en particulier ce qu’il appelle le « naturalisme pédagogique qui, de quelque façon que ce soit, exclut ou tend à amoindrir l’action surnaturelle du christianisme dans la formation de la jeunesse ». Citant un auteur italien, le pape n’hésite pas à écrire : « L’école, si elle n’est pas un temple, devient une tanière » et ordonne : « La fréquentation des écoles non catholiques ou neutres (…) doit être interdite aux enfants catholiques ». La condamnation portait essentiellement, alors, sur l’école publique, laïque, type école des « hussards noirs » de la IIIe République. Cette condamnation reste, bien sûr, valable et mérite certainement d’être étendue à un grand nombre d’établissements, officiellement catholiques, qui n’ont plus, en fait, de catholique que le nom comme l’avait courageusement observé Mgr Cattenoz, alors archevêque d’Avignon.

Providentiellement, notre réflexion est enrichie par un anniversaire. Celui du cinquantenaire du rappel à Dieu d’André Charlier, le 8 août 1971. Il fut un éducateur hors pair, un maître et un modèle. Auteur des célèbres Lettres aux capitaines et moins célèbres Lettres aux parents. Les éditions Sainte-Madeleine viennent de publier, à l’occasion de cet événement, une passionnante brochure : André Charlier (1895-1971) Mémorial. Les disciples et les amis du directeur de l’école de Maslacq témoignent. Ils nous disent l’essentiel : la réalité d’un monde surnaturel pour lequel nous sommes faits. La fin de l’éducation : forger des âmes. Le secret d’une œuvre éducative accomplie : l’exigence, d’abord vécue par l’éducateur. Comme toujours, Jean Madiran met le doigt sur l’essentiel : « Il n’était pas au pouvoir d’André Charlier de nous ôter notre médiocrité, mais il nous l’a rendue insupportable ; il a fait pour nous tout ce qu’il pouvait, le reste est notre affaire. ». Comment vivons-nous cet appel à la conversio ? Ne sommes-nous pas de ceux qui se contentent d’une éducation « médiocre » pour leurs enfants ? Refusant, pour des raisons mondaines ou de contingences matérielles, réelles, mais, finalement, dérisoires au regard des enjeux de choisir pour leurs enfants des écoles où se vit, avec les imperfections de toute œuvre humaine, la réflexion enthousiasmante de l’abbé Berto, fondateur des dominicaines du Saint-Esprit : « La fin de l’éducation est que l’enfant en vienne à préférer librement pour toujours le vrai au faux, le bien au mal, le juste à l’injuste, le beau au laid, et Dieu à tout. » Comment un catholique responsable pourrait-il accepter de confier ses enfants à une école qui n’aurait pas fait de cette maxime sa règle de vie et la ligne de conduite de l’ensemble de son personnel ?

Observer la réalité

Sans être, déjà, à l’âge où se dressent les bilans d’une vie, qu’il me soit permis d’observer, in fine, comme père de famille, né sous le pontificat de Pie XII, comme fait d’expérience massif et incontournable, que les familles qui transmettent le mieux la foi – qui selon la formule expressive du baptême donne la vie éternelle – à leurs enfants sont celles qui ont fait le choix de la fidélité à la messe traditionnelle de l’Église et ont confié leurs enfants à des écoles dans lesquelles la devise « Messire Dieu, premier servi ! » était une ligne de conduite exigeante et vécue. Au-delà des petits calculs humains, la vraie question est de savoir si nous croyons à la grâce et si l’appel de dom Gérard, fondateur de l’abbaye du Barroux – « Chercher la perfection, exiger beaucoup, sauver l’âme de la France » – est un simple effet de style pour apéros « tradis » ou une réalité vécue.

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