Nous sommes heureux de vous adresser ces réflexions de Mgr Schneider sur la réforme liturgique écrites le 29 juin dernier en la fête de Saint Pierre et saint Paul.

1. La liturgie romaine traditionnelle de la messe était la liturgie de nos ancêtres catholiques. C’était la forme de la messe avec laquelle la plupart des nations européennes (à l’exception de certains pays d’Europe de l’Est et des rites ambrosien et mozarabe), toutes les nations américaines et la plupart des nations africaines, asiatiques et océaniennes ont été évangélisées.
2. « Ce que les générations précédentes considéraient comme sacré reste sacré et grand pour nous aussi » (Pape Benoît XVI).
3. « Le problème avec le nouveau Missel réside dans son abandon d’une histoire toujours continue, avant et après saint Pie V, et dans la création d’un livre entièrement nouveau (quoique compilé à partir de matériel ancien) » (Cardinal Joseph Ratzinger).
4. La publication du nouveau Missel « s’accompagne d’une sorte d’interdiction de tout ce qui l’a précédé, ce qui est sans précédent dans l’histoire du droit ecclésiastique et de la liturgie » (Cardinal Joseph Ratzinger).
5. « Je peux dire avec certitude, sur la base de ma connaissance des débats conciliaires et de ma lecture répétée des discours prononcés par les Pères conciliaires, que cela [c’est-à-dire la réforme telle qu’elle est maintenant dans le nouveau Missel] ne correspond pas aux intentions du Concile Vatican II » (Cardinal Joseph Ratzinger).
6. La liturgie romaine traditionnelle de la messe était la liturgie de tous les saints de rite latin que nous connaissons au moins pendant tout le dernier millénaire ; son âge est donc millénaire. Bien que communément appelée la messe « tridentine », la même forme exacte de la messe était déjà en usage plusieurs siècles avant le Concile de Trente, et ce Concile ne demandait qu’à canoniser cette forme vénérable et doctrinalement sûre de la liturgie de l’Église romaine.
7. La liturgie romaine traditionnelle de la messe est la plus proche des rites orientaux en témoignant le droit liturgique universel et ininterrompu de l’Église : « Dans le Missel romain de saint Pie V, comme dans plusieurs liturgies orientales, il y a de très belles prières par lesquelles le prêtre exprime le sens le plus profond d’humilité et de respect devant les Saints Mystères : elles révèlent la substance même de la Liturgie » (Pape Jean-Paul II).
8. Le Pape et les évêques n’ont donc pas le pouvoir d’interdire ou de limiter une forme aussi vénérable de la sainte messe, qui a été offerte par les Saints pendant plus de mille ans, de la même manière que le Pape ou les évêques n’auraient pas le pouvoir d’interdire ou de réformer de manière significative la forme vénérable du Credo Apostolique ou Nicéno-Constantinopolitain, précisément en raison de son utilisation vénérable, continue et millénaire.
9. Se conformer à l’interdiction abusive de cette forme vénérable de la messe des Saints, prononcée malheureusement par les ecclésiastiques actuels en un temps de crise ecclésiale sans précédent, constituerait une fausse obéissance.
10. La non-conformité avec des interdits de la messe traditionnelle ne rend pas de ce fait schismatique, pourvu qu’on continue à reconnaître le Pape et les évêques et qu’on continue à les respecter et à prier pour eux.
11. En désobéissant formellement à une interdiction aussi inouïe d’un patrimoine inaliénable de l’Église romaine, on obéit en fait à l’Église catholique de tous les temps et à tous les Papes qui ont diligemment célébré et ordonné la conservation de cette forme canonisée et vénérable de la messe.
12. L’interdiction actuelle du rite traditionnel de la messe est un phénomène temporaire et cessera. L’Église romaine connaît aujourd’hui une sorte d’exil liturgique, c’est-à-dire que la messe traditionnelle a été exilée de Rome ; pourtant l’exil prendra certainement fin un jour.
13. La messe traditionnelle étant en usage ininterrompu depuis plus d’un millénaire, sanctifiée par la réception universelle au fil du temps, par les Saints et par les Pontifes Romains, appartient donc au patrimoine inaliénable de l’Église romaine. Par conséquent, à l’avenir, les Pontifes Romains reconnaîtront et rétabliront sans aucun doute l’usage de cette liturgie traditionnelle de la messe.
14. Les futurs Papes remercieront tous les prêtres et fidèles qui, dans des moments difficiles, malgré toutes les pressions et les fausses accusations de désobéissance, et qui dans un esprit d’amour sincère pour l’Église et pour l’honneur du Saint-Siège, ont maintenu et transmis le grand trésor liturgique de la messe traditionnelle pour les générations futures.
29 juin 2023 – Solennité des Apôtres Saints Pierre et Paul
+ Athanasius Schneider, évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Sainte Marie à Astana
Le Bref examen critique du nouvel Ordo Missæ et le livre de Mgr Schneider, La Messe catholique, sont disponibles sur la boutique en ligne de Renaissance Catholique.
14 réponses
La réforme liturgique vue par un proche de Benoit XVI
Via le Forum Catholique
Rencontre avec Monseigneur Domenico BARTOLUCCI,
Maître Émérite de la chapelle Sixtine,
grand ami et collaborateur de Benoît XVI.
(Interview Pucci Cipriani, Stefano Carusi – Traduction française Matthieu Raffray)
Né en 1917 à Borgo San Lorenzo (Florence), toscan par sa naissance puis romain par l’appel du Pape, il est nommé en 1952 substitut de la Chapelle Sixtine, aux côtés de Lorenzo Perosi, puis maître de cette chapelle papale à partir de 1956, où il a eu l’honneur de travailler avec cinq papes. Le 24 juin 2006, le Pontife régnant a tenu à organiser une cérémonie spéciale (photo) afin de sceller « à perpétuité » sa proximité et son admiration pour le grand musicien, auquel il adressait les mots suivants : « la polyphonie sacrée, en particulier celle de l’école romaine, est un héritage à conserver avec soin (…) un authentique aggiornamento de la musique sacrée ne peut advenir que sur le socle de la grande tradition héritée du passé, celle du chant grégorien et de la polyphonie sacrée ».
Maître, la publication récente du Motu proprio Summorum Pontificum a apporté un vent d’air frais dans le panorama liturgique désolant qui nous entoure… en avez-vous profité vous-même pour célébrer la « messe de toujours » ?
A vrai dire, j’ai toujours célébré cette messe, de façon ininterrompue depuis mon ordination… En fait j’aurais même des difficultés à célébrer la messe du rite moderne, puisque je ne l’ai jamais dite…
Pour vous, elle n’a donc jamais été abolie ?
Ce sont les paroles mêmes du Saint Père, même si certains font mine de ne pas le comprendre, et même si beaucoup ont soutenu le contraire dans le passé.
Pensez-vous que les fidèles soient moins enthousiasmés par la forme traditionnelle du rite, à cause de son aspect peu « participatif » ?
Allez, il ne faut pas dire de bêtises ! Moi j’ai connu la participation des fidèles autrefois, aussi bien à Rome, dans les basiliques, qu’à travers le Monde, et ici-même dans le « Mugello », dans cette paroisse, dans cette belle campagne autrefois peuplée de gens pleins de foi et de piété. Le dimanche à vêpres, le prêtre aurait pu se contenter d’entonner le « Deus in adjutorium meum intende », et puis se mettre à dormir sur la banquette jusqu’au capitule : les fidèles auraient continué tout seuls et les pères de famille auraient entonné, un par un, les antiennes !
C’est donc pour vous une vaine polémique, par rapport à l’actuel style liturgique ?
Hélas, je ne sais pas si vous avez déjà assisté à des funérailles : Alléluias, applaudissements, des phrases loufoques, au point de se demander si ces gens ont déjà lu l’évangile : Notre-Seigneur lui-même pleure sur Lazare et sur la mort… Avec ce fade sentimentalisme, on ne respecte même pas la douleur d’une mère. J’aurais voulu vous montrer comment autrefois le peuple assistait à une messe des morts, avec quelle componction et quelle dévotion on entonnait le magnifique et terrible Dies Irae !
Mais la réforme n’a-t-elle pas été faite par des gens conscients et bien formés doctrinalement ?
Je m’excuse, mais la réforme a été faite par des hommes arides, arides, je vous le répète. Moi, je les ai connus. Et quant à la doctrine, je me souviens que le cardinal Ferdinando Antonelli, de vénérable mémoire, disait souvent : « Qu’est-ce que nous pouvons faire de ces liturgistes qui ne connaissent pas la théologie ? »
Nous sommes bien d’accord avec vous, Monseigneur, mais il est vrai aussi qu’autrefois les gens n’y comprenaient rien…
Chers amis, n’avez-vous jamais lu saint Paul : « il n’est pas nécessaire de savoir plus que ce qui est nécessaire » : il faut aimer la connaissance ad sobrietatem. Avec cet état d’esprit, dans quelques années on prétendra comprendre la transsubstantiation comme on explique un théorème de mathématiques… Mais le prêtre lui-même ne peut comprendre entièrement un tel mystère !
Alors comment en est-on parvenu à un tel effondrement de la liturgie ?
Ça a été une mode, tout le monde parlait, tout le monde « rénovait », tout le monde pontifiait, sur la base d’un sentimentalisme qui prétendait tout réformer, et on faisait taire habilement les voix qui s’élevaient en défense de la tradition bimillénaire de l’Église. On a inventé une sorte de « liturgie du peuple »… lorsque j’entendais ces ritournelles, je me souvenais des paroles de l’un de mes professeurs de séminaire, qui nous enseignait que « la liturgie est l’œuvre du clergé, mais elle est pour le peuple ». Il voulait dire par là qu’elle doit descendre de Dieu et non pas monter à partir de la base. Je dois pourtant reconnaître que cet air corrompu s’est maintenant raréfié : les nouvelles générations de prêtres sont peut-être meilleures que celles qui ont précédé ; les jeunes prêtres ne sont plus ces idéologues furieux doublés de modernistes iconoclastes : ils sont plein de bons sentiments, mais ils manquent de formation…
Que voulez-vous dire par « ils manquent de formation » ?
Je veux dire qu’il faut de vrais séminaires ! Je parle de ces structures que la sagesse de l’Église avait finement ciselées à travers les siècles. Vous ne vous rendez pas compte de l’importance d’un séminaire : une liturgie vécue… les différents moments de l’année y sont vécus socialement avec les confrères du séminaire, l’Avent, le Carême, les grandes fêtes de Pâques : tout cela éduque à un point que vous n’imaginez pas. Une rhétorique insensée a fait passer l’image que le séminaire déforme les prêtres, que les séminaristes, éloignés du monde, resteraient fermés sur eux-mêmes et distants du monde. Ce ne sont que des fantaisies pour gaspiller une formation riche de plusieurs siècles d’expérience, et pour ne la remplacer que par du vide.
Pour revenir sur la crise liturgique, vous, Monseigneur, êtes-vous favorable à un retour en arrière ?
Regardez : défendre le rite antique ne consiste pas à être passéiste, mais à être « de toujours ». Par exemple, c’est une erreur d’appeler la messe traditionnelle « messe de saint Pie V » ou « messe Tridentine », comme s’il s’agissait de la messe d’une époque particulière. Notre messe romaine est au contraire universelle, dans le temps et dans le lieu : une unique langue de l’Océanie à l’Arctique. En ce qui concerne la continuité dans le temps, je peux vous raconter un épisode significatif : une fois nous étions en compagnie d’un évêque, dont je ne vous donnerai pas le nom, dans une petite église de la région ; nous apprenons alors subitement le décès d’un ami commun qui nous était cher, et nous décidons alors de célébrer sur le champ la messe pour lui. En cherchant dans la sacristie, on se rend compte qu’il n’y avait là que des missels antiques. Et bien l’évêque a refusé catégoriquement de célébrer. Je ne l’oublierai jamais… et je répète que la continuité de la liturgie implique que, sauf cas particuliers, je puisse célébrer aujourd’hui avec le vieux missel poussiéreux pris sur une étagère, et qui il y a quatre siècles a servi à l’un de mes prédécesseurs dans le sacerdoce.
On parle actuellement d’une « réforme de la réforme », qui devrait limer les irrégularités introduites dans les années 70…
La question est assez complexe… Que le nouveau rite ait des déficiences est désormais une évidence pour tout le monde, et le Pape a dit et il a écrit plusieurs fois que celui-ci devrait « regarder vers l’ancien ». Mais que Dieu nous garde de la tentation des pastiches hybrides. La Liturgie avec un L majuscule est celle qui nous vient des siècles passés : c’est elle qui est la référence. Qu’on ne l’abâtardisse pas avec des compromis « déplaisant à Dieu et à ses ennemis »…
Que voulez-vous dire par là ?
Prenons par exemple les innovations des années 70 : des chansonnettes laides et pourtant tellement en vogue dans les églises en 1968 sont aujourd’hui déjà des pièces de musée. Lorsqu’on renonce à la pérennité de la Tradition pour s’immerger dans le temps, on est aussi condamné à suivre les changements de modes. A propos de la réforme de la semaine sainte dans les années cinquante, je vous raconte une histoire : cette réforme avait été entreprise avec une certaine hâte, sous un Pie XII déjà affaibli et fatigué.
Si bien que quelques années plus tard, sous le pontificat de Jean XXIII – car quoiqu’on en dise, en matière de liturgie il était d’un traditionalisme convaincu et émouvant – m’arrive un coup de fil de Mgr. Dante, le cérémoniaire du Pape, qui me demande de préparer le Vexilla Regis pour l’imminente célébration du Vendredi Saint. Interloqué, je lui réponds : « mais vous l’avez aboli ! ». Alors il m’a dit : « Le Pape le veut » ; et en quelques heures j’ai organisé les répétitions de chant, et nous avons chanté à nouveau, avec une grande joie, ce que l’Église chantait ce jour-là depuis des siècles.
Tout cela pour dire que lorsqu’on a fait des déchirures dans le tissu de la liturgie, ces trous restent difficiles à recoudre, et ils se voient. Face à notre liturgie multiséculaire, nous devons contempler avec vénération, et nous souvenir qu’avec cette manie de toujours vouloir « améliorer », nous risquons de ne faire que des dégâts.
Maître, quel a donc été le rôle de la musique dans ce processus ?
La musique a joué un rôle incroyable pour plusieurs raisons : le « cécilianisme » maniéré – auquel Perosi ne fut pas étranger – avait introduit avec ses mélodies chantantes un sentimentalisme romantique nouveau, qui n’avait rien à voir, par exemple, avec la corpulence éloquente et solide de Palestrina. Certaines extravagances mal placées de Solesmes avaient cultivé un grégorien susurré, fruit lui aussi de cette pseudo restauration médiévalisante qui a eu tant de succès au XIXème siècle. C’était l’idée de l’opportunité d’une récupération archéologique, aussi bien en musique qu’en liturgie, d’un passé lointain dont nous auraient éloigné les « siècles obscurs » du Concile de Trente… De l’archéologisme, en somme, qui n’a rien à voir, absolument rien à voir avec la Tradition, car il veut récupérer ce qui finalement n’a peut-être jamais existé. Un peu comme certaines églises restaurées dans le style « pseudo roman » de Viollet-le-Duc. Ainsi donc, entre un archéologisme qui prétend se rattacher à l’époque apostolique, mais en se séparant des siècles qui nous relient à ce passé, et un romantisme sentimental qui méprise la théologie et la doctrine pour exalter les « états d’âme », s’est préparé le terrain qui a abouti à cette attitude de suffisance vis-à-vis de ce que l’Église et nos Pères nous avaient transmis.
Que voulez-vous dire, Monseigneur, lorsque dans le domaine musical vous attaquez Solesmes ?
Je veux dire que le chant grégorien est modal et non pas tonal. Il est libre, et non pas rythmé. Ce n’est pas « un, deux, un, deux, trois ». Il ne fallait pas dénigrer la façon de chanter dans nos cathédrales pour lui substituer un chuchotement pseudo monastique et affecté. On n’interprète pas le chant du Moyen-âge avec des théories d’aujourd’hui, mais il faut le prendre comme il nous est parvenu. De plus, le grégorien d’autrefois savait être aussi un chant populaire, chanté avec force et vigueur, comme le peuple exprimait sa foi avec force et vigueur. Et c’est cela que Solesmes n’a pas compris. Cela étant dit, il faut bien sûr reconnaître l’immense et savant travail philologique qui y a été fait en ce qui concerne l’étude des manuscrits antiques.
Maître, alors où en sommes-nous dans la restauration de la musique sacrée et de la liturgie ?
Je ne nie pas qu’il y ait quelque signes de reprise… mais je vois tout de même persister une sorte d’aveuglement, comme une certaine complaisance pour tout ce qui est vulgaire, grossier, de mauvais goût, et aussi pour ce qui est doctrinalement téméraire… Ne me demandez pas, je vous en prie, mon avis sur les « guitarades » et les chansonnettes qu’ils nous chantent encore pendant l’offertoire. Le problème liturgique est sérieux : il faut cesser d’écouter la voix de ceux qui n’aiment pas l’Église et qui s’opposent au Pape. Si on veut guérir un malade, il faut d’abord se souvenir que « le médecin timoré laisse la plaie s’infecter…
(il medico pietoso fa la piaga purulenta
La liturgie est le Bien Commun des fidèles, un bien sacré. Les nominalistes « créatifs » de la liturgie nouvelle s’en sont emparée comme si c’était leur bien propre qu’on pouvait modeler en fonction des valeurs de spontanéité que l’on prêtait à la génération du milieu du XXe siècle. L’unité historique du culte unissant depuis des siècles les générations en a été brisée.
Et si le latin était une sorte de voile posé sur la Messe pour permettre au Seigneur de se révéler aux âmes sans l’obstacle des intelligences humaines ?…(intelligence humaine cherchant à comprendre plutôt qu’à laisser docilement le Christ écrire notre vie.)
Et si nous intériorisions le débat avec saint Paul (2ème lettre aux corinthiens chapitre 3) plutôt que de suivre Mgr Schneider dans ses considérations régaliennes …
« …cette lettre du Christ, .. écrite .. avec l’Esprit du Dieu vivant, … sur des tables de chair, sur vos cœurs.
Et si nous avons une telle confiance en Dieu par le Christ, ce n’est pas à cause d’une capacité personnelle que nous pourrions nous attribuer : notre capacité vient de Dieu. Lui nous a rendus capables d’être les ministres d’une Alliance nouvelle, fondée non pas sur la lettre mais dans l’Esprit ; car la lettre tue, mais l’Esprit donne la vie .. (3-6)
«… vraiment, ce qui, dans une certaine mesure, a été glorieux ne l’est plus, parce qu’il y a maintenant une gloire incomparable.
Si, en effet, ce qui était passager a connu un moment de gloire, combien plus ce qui demeure restera-t-il dans la gloire ! » (10-11)
« Quand on se convertit au Seigneur, le voile est enlevé. Or, le Seigneur, c’est l’Esprit, et là où l’Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté.
Et nous tous qui n’avons pas de voile sur le visage, nous reflétons la gloire du Seigneur, et nous sommes transformés en son image avec une gloire de plus en plus grande, par l’action du Seigneur qui est Esprit. »(16-18)
Mgr Schneider se perd en mettant au centre la Messe traditionnelle au lieu du Christ, en mettant la prière et la désobéissance comme des moyens d’obtenir ce que l’on veut plutôt que de prêcher la confiance en Dieu à travers Son Église et la soumission docile à l’Esprit Saint afin d’accomplir la Volonté du Père à la suite de Jésus.
On est bien d’accord que La souffrance du Christ et des siens est dans les simulacres de Messe, c’est aujourd’hui notre croix, mais si nous fermons notre cœur nous ne ferons plus partie des siens…. Entrons dans l’espérance et la confiance en Dieu qui sait et qui fait.
Chère Rebecca, je ne vous réponds que sur quelques points :
– Que la messe traditionnelle soit un véritable trésor spirituel d’une richesse et d’une profondeur inouïe, ce n’est pas une affirmation simplement théorique et encore moins idéologique. C’est une réalité vivante et vécue, j’en témoigne DE TOUT MON COEUR ET DE TOUTE MON AME. Je l’ai découverte à l’âge de vingt ans (j’en ai 50), elle me nourrit tous les jours, elle est un canal qui me permet de rencontrer Jésus, de le connaître et de l’aimer. Sans la messe traditionnelle je mourrais, tout du moins spirituellement mais aussi du coup aussi psychologiquement, je ne pourrais pas vivre sans elle, ni naturellement ni encore moins surnaturellement. La messe réformée par Paul VI ne me convient pas, je n’arrive pas à y prier, j’y suis totalement hermétique, elle me heurte et elle m’agresse dans ma sensibilité personnelle. Je n’y peux rien, c’est comme ça.
– Cela dit, loin de moi toute velléité de vouloir imposer la messe traditionnelle romaine à tous les autres catholiques. Nous voulons simplement que notre souhait LEGITIME de pratiquer dans cette forme liturgique soit respecté. Votre attitude discriminante vis-à-vis de la forme traditionnelle n’est pas charitable.
– Outre cette dimension spirituelle fondamentale, il y a aussi objectivement des problèmes doctrinaux avec le novus ordo (la messe réformée), ils ont été abondamment développés par de nombreux auteurs dont les plus célèbres sont sans doute les cardinaux Ottaviani, Bacci, et dans une moindre mesure Ratzinger; Mgr Lefèbvre et actuellement Mgr Schneider. Ces objections sont sérieuses et ne sont pas à balayer d’un simple revers de manche en insultant à moitié ceux qui les expriment.
– Je vous réponds enfin très précisément en ce qui concerne l’usage du latin dans la liturgie : (i) le latin est « un voile » oui mais dans le bon sens du terme, comme le voile du Temple de Jérusalem (dont nous avons hérité le conopée qui recouvre nos tabernacles) ou le voile qui recouvre le calice, mais pas dans le sens péjoratif vous donnez à ce terme (comme je vais l’argumenter dans les points suivants) ; (ii) des générations et des générations de catholiques ont chanté en latin les hymnes et cantiques traditionnels, de tout leur coeur, et ils comprenaient ce qu’ils chantaient (j’ai eu la chance de connaître mes arrières-grand-mères et grand-mères, simples paysannes et saintes femmes, croyez-moi ce que je dis est vrai); (iii) le latin est l’une des trois langues dans lesquelles le motif de la condamnation de notre Seigneur Jésus-Christ était écrit sur le haut de sa croix, ce qui lui confère une dignité toute particulière ; outre le fait qu’il était la langue de l’Empire Romain, y compris encore lorsque celui-ci s’est converti à la religion catholique ; (iv) avant le concile Vatican II, tout catholique pouvait aller dans n’importe quelle église dans n’importe pays et assister à la messe dans la même langue que chez lui, c’était un bel aspect concret de l’universalité de l’Eglise ; aujourd’hui si vous allez dans un pays dont vous ne connaissez pas la langue vous ne comprenez rien; (v) les fidèles qui assistent à la messe traditionnelle ont un livre qu’on appelle un missel, dans lequel TOUS les textes lus ou chantés en latin au cours de la messe sont traduits, ce n’est donc pas un « voile » d’opacité comme vous l’insinuez (de tels missels pour les fidèles étaient usages depuis très longtemps dans l’Eglise, j’en ai un chez moi qui date du milieu du XVIIème siècle ; naturellement à cette époque seuls les lettrés pouvaient s’en servir, mais aujourd’hui pratiquement tout le monde sait lire) ; (vi) le fait de devoir lire les traduction dans son missel (ou dans le livret imprimé, dans certaines paroisses) demande un effort, chose qui peut avoir une signification spirituelle évidente; (vii) ceux qui veulent vraiment faire des efforts font tout simplement celui d’APPRENDRE LE LATIN, eh oui cela peut paraître complètement barré ce que je dis là, mais les nécessités temporelles (professionnelles etc.) nous en font bien faire, des efforts, n’est-ce pas, comme d’apprendre des langues étrangères, faire des années d’études, trimer comme un malade toute sa vie dans une entreprise avec tous les jours pour objectif de faire un meilleur chiffre que l’an dernier, etc., et tout cela pour les nécessités naturelles … et alors, on ne peut pas faire l’effort d’apprendre une langue pour Dieu ? Pour ma part j’ai fait cet effort, j’ai bossé pendant 15 ans en lisant du latin tous les jours et maintenant je comprends le latin de la messe, et je prie dans cette langue tous les jours presque comme si c’était ma langue maternelle … alors votre « voile » !!! ; (viii) Le fait d’utiliser une langue spéciale, et une langue qui n’est plus utilisée depuis longtemps dans le monde profane, pour s’adresser à Dieu, a une valeur spirituelle toute particulière. Cela nous met de facto dans une ambiance spirituelle et de sacralité, cela évite la banalisation, on s’adresse à Dieu dans une langue dédiée ; (ix) ces choses ne sont plus compréhensibles par les chrétiens d’aujourd’hui mais elles l’étaient avant que « le sel ne s’affadisse », savez-vous que les chrétiens de Rome pendant les trois premiers siècles célébraient la liturgie en grec ? Alors que leur langue maternelle et quotidienne était … le latin ! Ha ha !! Les modernistes d’aujourd’hui qui ont une vision totalement phantasmée des premiers temps de l’Eglise ne font pas beaucoup de publicité de ce fait historique. A l’époque de Saint Augustin (fin IVème sicèle – début Vème siècle) encore, seule l’Afrique du Nord avait le latin comme langue liturgique (alors que justement les peuples de ces régions ne l’avaient pas pour langue matternelle – re- ha ha !!!). Ce n’est que lorsque le latin classique est tombé en désuétude, et n’était plus parlé dans la vie profane, qu’il s’est imposé comme langue liturgique à Rome. (x) Enfin, le latin est une langue incroyablement belle et qui exprime les choses (les sentiments, le ressenti, aussi bien que les réalités doctrinale) d’une manière immensément plus claire, plus belle et plus concise que le français (et même encore mieux que l’anglais).
Bon voilà pour ma longue réponse, j’espère que vous considèrerez mon point de vue et réaliserez que les choses ne sont pas aussi « noir / blanc » que vous le pensiez. Bien à vous en union de prière.
Michaël, je vous demande de me pardonner si je vous ai offensé,
la suggestion du latin comme un voile n’a rien de péjoratif, je dirais même que s’il a permis au Bon Dieu d’agir à travers la vie des hommes et des femmes depuis des siècles tant mieux ! … car c’est bien cela la priorité : Que le Christ construise son œuvre à travers nos vies.
Oui, Je crois que le Christ continue de diriger son Église encore aujourd’hui et que le pape François est un instrument docile de l’Esprit-Saint.
Autrement dit « hors de la Frat point de salut »…
Au risque de me rendre désagréable je ne cesserai de répéter: nous sommes obligés d’assumer les conséquences d’une erreur fatale des Cardinaux, réunis en Conclave en octobre 1958, avec l’éléction du patriarch Roncalli. C’était surtout les français qui le désiraient voyant en lui le garant de l’accession au Siège de Saint Pierre de l’archevéque de Milan Giovanni Battista Montini. Ce n’est pas moi qui l’affirme, mais le R.P. Bertrand de la Margérie SJ dontle père était l’Ambassadeur de France auprès du Saint Siège à la mort de Pie XII (Archivium Historiae Pontificae no:400/2002, pp. 323-324). Quant à Montini il avait provoqué la colère de Pie XII avec sa lettre pastorale sur l’éducation liturgique à l’occasion du carême 1958. Malheureusement Pie XII étant déjà très malade n’a pas été en mesure de prendre la sanction qu’il fallait à l’égard de Montini en l’éloignant du diocèse de Milan. Une fois élu Montini mît en oeuvre son plan néfaste de réforme liturgique.
Il est proprement stupéfiant que presque personne ne pense à distinguer entre la messe traditionnelle, traditionnelle dans la Foi, et la messe transformatrice, transformatrice de l’Eglise, alors qu’il crève littéralement les yeux que le nouveau régime linguistique et liturgique apparu à la fin des années 1960 est porteur d’une praxis, plus fabricatrice et sentimentale que contemplative et théologale, qui est plus favorable que réfractaire à la transformation de l’Eglise catholique en une ONG humaniste et panchristique, pourvoyeuse de services consensuels dans les domaines de la religiosité et de la solidarité.
Dans cet ordre d’idées, il n’est pas anodin ni innocent que des évêques, qui ne peuvent pas ignorer le désastre doctrinal, liturgique, pastoral et spirituel consécutif au Concile Vatican II, continuent à s’en remettre, aujourd’hui encore, à une liturgie postmodernisante et protestantisante qui est bien plus propice à la mutation de l’Eglise et des fidèles qu’à la fécondité dans la Foi, à la fidélité à la Foi, et à la réception puis à la transmission du contenu de la Foi.
Et dans le même ordre d’idées, si le processus synodal actuel va jusqu’à son terme, moderniste, le plus prévisible, il sera particulièrement intéressant de savoir s’il se trouve ne serait-ce qu’un évêque qui osera dire non à la mise en oeuvre des conclusions du processus synodal, dans le diocèse dont il a la charge, en expliquant, par exemple, que la mise en oeuvre des conclusions du processus synodal est illégitime, car porteuse d’une transformation de l’Eglise qui va beaucoup trop loin, puisqu’elle va encore plus loin que la transformation de l’Eglise réalisée par le Novus Ordo Missae…
Mais de toute façon la messe, c’est « has been » pour les modernistes, lisez l’instumentum laboris du « synode sur la synodalité », maintenant il faut faire des « conversations dans l’Esprit » (il y a même le mode d’emploi détaillé et illustré). Je me demande s’ils ne pensent pas à rebaptiser l’Eglise catholique en « Eglise synodale » (qui pourra sans problème adhérer à la confédération des églises protestantes). Prions comme le demande Mgr Schneider pour une intervention divine et restons fermes, fidèles, confiants et joyeux dans la certitude de la victoire du Christ.
Oui mais Mgr Schneider cite uniquement Benoit XVI Jean Paul II et Vatican II.
Or c’est bien Vatican II qui est à l’origine de la nouvelle messe protestantisée.
Jean-Paul II pape d’Assise et de l’aplication de Vatican II (pour lui Vatican II était le 5ème évangile) était hostile à la messe de toujours.
Benoit XVI (auquel il participa en tant que théologien progressiste) soutenait aussi Vatican II.
Mgr Schneider aurait mieux fait de se référer aux vrais défenseurs de la messe traditionnelle : les cardinaux Ottaviani et Bacci, Mgr Lefebvre, Mgr de Castro Mayer.
Est-ce vraiment des textes de Vatican II que provient le nouvel ordo ? En tout cas, c’est au nom de « l’esprit du concile » qu’on nous l’a imposé…
Il a cité les deux derniers en leur rendant hommage et nul doute qu’il connaît et adhère totalement au contenu du « Bref examen critique ».
Arrêtez de critiquer le seul évêque qui ose se lever contre les modernistes aujourd’hui !
Je suis d’accord avec le respect de la messe si belle que j’entendais dans mon enfance . Tout le monde chantait en latin , que ce soit en ville ou au fin fond de la Corrèze , lieu de mes vacances d’été .
Je dois dire que cette liturgie , avec les paroles en latin , que je ne comprenais pas dans le détail , m’ émouvait au plus profond ! J’associais la beauté de la liturgie au message de Dieu !
Ce message reflétait pour moi , forcément la Vérité ! Les chants remplissaient mon esprit et mon âme de beauté !
Et moi, au fin fond du Lot, pendant les vacances aussi, dans mon enfance, j’assistais à la messe traditionnelle en latin : les hommes et les femmes chantaient en alternance, tous les dimanches de l’année la « Messe des Anges ». Avant la communion, les enfants de chœur rabattait un linge blanc sur la balustrade de pierres devant laquelle les fidèles s’agenouillaient pour recevoir la communion. Et tout le monde était content. Personne ne réclamait une autre messe ! A la fin de la messe, les enfants de chœur s’en allaient au fond de l’église pour sonner les cloches, et les plus légers étaient souvent soulevés par la corde de la cloche. C’était la joie !