Mgr Athanasius Schneider – Entretien sur le document du cardinal Roche

 

Mgr Schneider

Suite à la déclaration du cardinal Roche, préfet du Dicastère pour le culte divin, à propos de la liturgie traditionnelle, lors du dernier consistoire des cardinaux les 7 et 8 janvier 2026, Mgr Athanasius Schneider nous livre les réflexions suivantes recueillies par Diane Montagna

Excellence, quel est votre avis général sur le document relatif à la liturgie préparé par le cardinal Roche et soumis à l’examen des membres du Sacré Collège lors du consistoire extraordinaire ?

Pour tout observateur honnête et objectif, le document du cardinal Roche donne l’impression d’un préjugé manifeste contre le rite romain traditionnel et son usage actuel. Il semble motivé par une volonté de dénigrer cette forme liturgique et, avec le temps, de l’éliminer de la vie ecclésiale. Le cardinal paraît déterminé à nier au rite traditionnel toute place légitime dans l’Église d’aujourd’hui. L’objectivité et l’impartialité – caractérisées par l’absence de parti pris et un véritable souci de la vérité – font notablement défaut. Au contraire, le document recourt à des raisonnements manipulateurs et va jusqu’à déformer les faits historiques. Il ne respecte pas le principe classique « sine ira et studio », c’est-à-dire une approche « sans ressentiment ni partialité ».

Examinons maintenant quelques passages précis du rapport. Au point n° 1, le cardinal Roche affirme : « On pourrait dire que l’histoire de la liturgie est celle de sa “réforme” continue, dans un processus de développement organique. » Ceci soulève une question fondamentale : réforme et développement sont-ils synonymes ? La réforme semble suggérer une intervention délibérée et positiviste, tandis que le développement implique une croissance organique éprouvée par le temps. Historiquement, est-il exact d’affirmer que la liturgie a nécessité une réforme constante, ou vaut-il mieux la concevoir comme un développement organique, ponctué seulement d’interventions correctives ponctuelles ?

À cet égard, la déclaration du pape Benoît XVI demeure pertinente et incontestable :

« Dans l’histoire de la liturgie, il y a croissance et progrès, mais pas de rupture » (Lettre aux évêques à l’occasion de la publication de la Lettre apostolique Summorum Pontificum, 7 juillet 2007). Il est un fait historique, attesté par d’éminents liturgistes, que depuis le pape Grégoire VII au XIe siècle, soit pendant près d’un millénaire, le rite de l’Église romaine n’a subi aucune réforme significative. Le Novus Ordo de 1970, en revanche, apparaît à tout observateur honnête et objectif comme une rupture avec la tradition millénaire du rite romain.

Cette évaluation est confortée par l’avis de l’archimandrite Boniface Luykx, théologien liturgique, peritus (consultant, expert) du Concile Vatican II et membre de la commission liturgique vaticane (appelé Consilium) présidée par le père Annibale Bugnini. Luykx a mis en évidence les fondements théologiques erronés qui sous-tendaient les travaux de cette commission, écrivant : « Derrière ces exagérations révolutionnaires se cachaient trois principes typiquement occidentaux, mais faux : (1) l’idée (à la Bugnini) de la supériorité et de la valeur normative de l’homme occidental moderne et de sa culture pour toutes les autres cultures ; (2) la loi inévitable et tyrannique du changement constant que certains théologiens appliquaient à la liturgie, à l’enseignement de l’Église, à l’exégèse et à la théologie ; et (3) la primauté de l’horizontalité » (A Wider View of Vatican II, Angelico Press, 2025, p. 131).

Cardinal Roche

La description que fait le cardinal Roche de la bulle Quo primum n° 2 du pape Pie V est-elle exacte ? Le pape saint Pie V n’a-t-il pas autorisé le maintien de tout rite en usage depuis deux siècles ? Et d’autres rites, comme le rite ambrosien ou dominicain, n’ont-ils pas également été autorisés à perdurer et à prospérer ?

Le cardinal Roche fait une référence sélective à Quo primum, en dénaturant ainsi le sens et en instrumentalisant le document du pape saint Pie V pour étayer une interprétation contraire à la tradition. En réalité, Quo primum autorise explicitement le maintien légitime de toutes les variantes du rite romain en usage continu depuis au moins deux siècles. L’unité ne signifie pas uniformité, comme l’atteste l’histoire de l’Église. Dom Alcuin Reid, liturgiste et spécialiste reconnu du développement organique de la liturgie, décrit ainsi la situation de cette période :

« Il ne faut pas tomber dans l’erreur révisionniste qui consiste à imaginer un « blanchir romain » centraliste et absolue de la liturgie occidentale : la diversité persistait au sein de cette unité. Les Dominicains conservaient leur propre liturgie. D’autres ordres maintenaient également des rites distinctifs. Les Églises locales (Milan, Lyon, Braga, Tolède, etc., ainsi que les principaux centres médiévaux anglais : Salisbury, Hereford, York, Bangor et Lincoln) chérissaient leurs propres liturgies. Pourtant, chacune appartenait à la famille liturgique romaine » (The Organic Development of the Liturgy, Farnborough 2004, p. 20-21).

Cette réalité historique confirme que le pape saint Pie V a bien permis le maintien de rites ayant une histoire continue d’au moins deux siècles, notamment des usages bien établis comme les rites ambrosien et dominicain, qui non seulement furent préservés mais continuèrent de s’épanouir au sein de l’unité de l’Église romaine.

Au point 4 de son article, le cardinal Roche écrit : « Nous pouvons certainement affirmer que la réforme de la liturgie voulue par le concile Vatican II est… en pleine syntonie avec le vrai sens de la Tradition. » Quel est votre avis sur cette affirmation, notamment au regard de l’expérience que la plupart des catholiques ont de la nouvelle messe dans leur paroisse ?

Cette affirmation n’est que partiellement vraie. L’intention des Pères du concile Vatican II était bien une réforme en continuité avec la tradition de l’Église, comme en témoigne cette formulation importante de la Constitution sur la sainte liturgie : « on ne fera des innovations que si l’utilité de l’Église les exige vraiment et certainement, et après s’être bien assuré que les formes nouvelles sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique » (Sacrosanctum Concilium, n. 23). 

Le cardinal Roche commet l’erreur typique de l’idéologue, à savoir un raisonnement circulaire, que l’on peut résumer ainsi : (1) la réforme de la messe de 1970 est en pleine syntonie avec le véritable sens de la Tradition ; (2) l’intention des Pères du concile Vatican II était en pleine syntonie avec le véritable sens de la Tradition ; (3) par conséquent, la messe de 1970 est en pleine syntonie avec le véritable sens de la Tradition.

Cependant, nous disposons d’avis de témoins éminents ayant participé directement aux débats liturgiques du Concile, qui affirment que l’Ordre de la messe de 1970 représente le produit d’une sorte de révolution liturgique, contraire à la véritable intention des Pères conciliaires.

Parmi ces témoins les plus importants figure Joseph Ratzinger. Dans une lettre de 1976 adressée au professeur Wolfgang Waldstein, il écrivait avec une clarté saisissante : « Le problème du nouveau Missel réside dans le fait qu’il rompt avec la continuité historique qui s’est établie avant et après Pie V, et crée un livre entièrement nouveau, dont l’apparition s’accompagne d’une interdiction de ce qui existait auparavant, un type totalement étranger à l’histoire du droit canonique et de la liturgie. De par ma connaissance des débats conciliaires et après avoir relu les discours prononcés par les Pères conciliaires à cette époque, je peux affirmer avec certitude que telle n’était pas l’intention. »

Un autre témoin éminent est l’archimandrite Boniface Luykx, déjà mentionné. Dans son ouvrage récemment paru, « A Wider View of Vatican II. Memories and Analysis of a Council Consultor [Une vision plus large de Vatican II. Mémoires et analyse d’un consulteur du concile] », il déclare avec franchise : « Il y avait une continuité parfaite entre la période préconciliaire et le Concile lui-même, mais après le Concile, cette continuité cruciale a été rompue par les commissions postconciliaires. […] Le Novus Ordo n’est pas fidèle à la CSL [Constitution de la liturgie sacrée], mais va bien au-delà des paramètres qu’elle avait fixés pour la réforme du rite de la messe. […] C’est le rouleau compresseur d’un horizontalisme anthropocentrique (par opposition à un verticalisme divin). » (pp. 80, 98, 104)

Que pensez-vous de l’affirmation du cardinal Roche au n° 9 selon laquelle « le bien premier de l’unité de l’Église ne s’atteint pas en « gelant les divisions, mais en nous trouvant dans le partage de ce qui ne peut qu’être partagé » ?

Pour le cardinal Roche, l’existence même du principe et de la réalité du pluralisme liturgique dans la vie de l’Église équivaut apparemment à « geler les divisions ». Une telle affirmation est manipulatrice et malhonnête, car elle contredit non seulement la pratique bimillénaire de l’Église, qui a toujours considéré la diversité des rites reconnus – ou des variantes légitimes au sein d’un rite – non comme une source de division, mais comme un enrichissement de la vie ecclésiale

Seuls des clercs étroits d’esprit, imprégnés d’une mentalité cléricale, ont fait preuve – et continuent encore aujourd’hui à faire preuve – d’intolérance envers la coexistence pacifique des différents rites et pratiques liturgiques. Parmi de nombreux exemples déplorables, citons la coercition des chrétiens de Thomas en Inde au XVIe siècle, qui furent contraints d’abandonner leurs propres rites et d’adopter la liturgie de l’Église latine, sur la base de l’argument selon lequel à une lex credendi doit correspondre une seule lex orandi, c’est-à-dire une seule forme liturgique.

Un autre exemple tragique est la réforme liturgique de l’Église orthodoxe russe au XVIIe siècle, qui interdit l’ancien rite et imposa l’usage exclusif d’un rite nouvellement révisé. Si les autorités ecclésiastiques avaient permis la coexistence de l’ancien et du nouveau rite, elles n’auraient certainement pas gelé la division, mais auraient évité un schisme douloureux – celui des « vieux-ritualistes » ou « vieil-croyants » – qui perdure encore aujourd’hui. Après une longue période, la hiérarchie de l’Église orthodoxe russe reconnut l’erreur pastorale de l’uniformisation liturgique imposée et rétablit le libre usage de l’ancien rite. Malheureusement, seule une minorité de « vieil-croyants » se réconcilia avec la hiérarchie, tandis que la majorité demeura schismatique, les traumatismes étant trop profonds et le climat de méfiance et d’aliénation mutuelles trop longtemps entretenu. Dans ce cas précis, l’intolérance de la hiérarchie envers l’usage légitime de l’ancien rite a littéralement gelé la division : les « vieux-ritualistes » furent exilés par le tsar en Sibérie glacée.

L’attachement à la forme la plus ancienne du rite romain ne « gèle pas la division ». Au contraire, il représente, selon les mots de saint Jean-Paul II, « une juste aspiration à laquelle l’Église garantit le respect » (Lettre apostolique Ecclesia Dei, 2 juillet 1988, n° 5 c). La coexistence pacifique des deux usages du rite romain, égaux en droit et en dignité, témoignerait que l’Église a préservé la tolérance et la continuité dans sa vie liturgique, mettant ainsi en œuvre le conseil du « maître de la maison », loué par le Seigneur, « qui fait sortir de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes (nova et vetera) » (Mt 13, 52). À l’inverse, dans ce document, le cardinal Roche apparaît comme le représentant d’un cléricalisme intolérant et rigide dans le domaine liturgique, qui rejette la possibilité d’un véritable partage réciproque en présence de traditions liturgiques différentes.

Au point 10 de l’article – qui a peut-être suscité la plus grande consternation –, le cardinal Roche déclare : « L’usage des livres liturgiques que le Concile a cherché à réformer était, de saint Jean-Paul II à François, une concession qui n’envisageait nullement leur promotion. » Comment répondriez-vous au cardinal sur ce point, notamment à la lumière de la lettre apostolique Summorum Pontificum du pape Benoît XVI et de sa lettre d’accompagnement à ce motu proprio ?

Je répondrais par cette sage observation de l’archimandrite Boniface Luykx : « J’affirme que la pluriformité – c’est-à-dire la coexistence de différentes formes de célébration liturgique tout en conservant le noyau essentiel – pourrait être d’un grand secours à l’Église d’Occident. […] Le pape Jean-Paul II a d’ailleurs adopté le principe de pluriformité lorsqu’il a rétabli la messe tridentine en 1988. » (p. 113)

Cette observation contredit directement l’affirmation selon laquelle le maintien de l’usage des anciens livres liturgiques n’était qu’une concession tolérée, sans aucune intention d’encouragement ou de promotion. Un enseignement important de saint Jean-Paul II éclaire davantage ce point. Il déclare : « Dans le Missel romain, connu sous le nom de Missel de saint Pie V, comme dans diverses liturgies orientales, il y a de belles prières par lesquelles le prêtre exprime le plus profond sentiment d’humilité et de révérence devant les saints mystères : elles révèlent l’essence même de toute liturgie » (Message aux participants de l’Assemblée plénière de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, 21 septembre 2001).

Ensemble, ces témoignages faisant autorité démontrent que la reconnaissance et la restauration des anciens livres liturgiques n’étaient pas perçues comme de simples concessions faites à contrecœur, mais comme l’expression d’une pluralité légitime au sein de la vie liturgique de l’Église – une pluralité capable d’enrichir l’Église d’Occident tout en préservant le noyau essentiel du rite romain.

Il est fort possible que, si ce document avait été examiné lors du consistoire des 7 et 8 janvier, les cardinaux, pris collectivement, n’auraient pas été en mesure de l’appréhender correctement, compte tenu du manque généralisé de formation liturgique au sein de l’Église aujourd’hui, y compris parmi le clergé et la hiérarchie. Combien d’entre eux, par exemple, auraient pu réfuter l’affirmation du cardinal concernant le Quo primum de Pie V ? Lors d’un futur consistoire, il est parfaitement du pouvoir du pape de faire intervenir un expert afin de présenter aux membres du Sacré Collège un document plus approfondi et étayé sur un sujet qu’il souhaite alors examiner. Cette approche pourrait-elle être envisagée lors du consistoire extraordinaire prévu pour la fin juin 2026 ?

Je crois qu’il existe aujourd’hui une ignorance généralisée parmi les évêques et les cardinaux concernant l’histoire de la liturgie, la nature des débats liturgiques durant le Concile, et même le texte même de la Constitution sur la sainte liturgie du Concile Vatican II.

Deux faits très importants sont souvent oubliés.

Premièrement, la véritable réforme de la messe selon le Concile avait déjà été promulguée en 1965, à savoir l’Ordo Missae de 1965, que le Saint-Siège décrivait alors explicitement comme la mise en œuvre des dispositions de la Constitution sur la sainte liturgie. Cet Ordo Missae représentait une réforme très prudente et conservait tous les éléments essentiels de la messe traditionnelle, avec seulement quelques modifications mineures. Celles-ci comprenaient l’omission du psaume 42 au début de la messe – une modification qui n’était pas sans précédent, puisque ce psaume avait toujours été omis lors de la messe de Requiem et pendant le temps de la Passion – ainsi que l’omission de l’Évangile selon saint Jean à la fin de la messe. La véritable innovation résidait dans l’usage de la langue vernaculaire tout au long de la messe, à l’exception du Canon, qui devait encore être récité en silence en latin. Les Pères conciliaires eux-mêmes ont célébré cette messe réformée lors de la dernière session de 1965 et se sont généralement déclarés satisfaits. Même l’archevêque Lefebvre célébrait cette forme de messe et ordonnait qu’elle soit célébrée dans son séminaire d’Écône jusqu’en 1975.

Le second fait est le suivant. Lors du premier synode des évêques après le Concile, en 1967, le père Annibale Bugnini présenta aux Pères synodaux le texte et la célébration d’un Ordo Missae profondément réformé. Il s’agissait essentiellement du même Ordo Missae qui fut promulgué plus tard par le pape Paul VI en 1969 et qui constitue aujourd’hui la forme ordinaire de la liturgie dans l’Église catholique romaine.

Cependant, la majorité des Pères synodaux de 1967 – presque tous également Pères du Concile Vatican II – rejetèrent cet Ordo Missae, c’est-à-dire notre Novus Ordo actuel. Par conséquent, ce que nous célébrons aujourd’hui n’est pas la messe du Concile Vatican II, qui est en réalité l’Ordo Missae de 1965, mais bien la forme de la messe rejetée par les Pères synodaux en 1967, jugée trop révolutionnaire.

Quelles alternatives à l’article du cardinal Roche proposeriez-vous aux cardinaux, si vous ne pouviez leur présenter que quelques arguments ?

Je leur soumettrais plusieurs points fondamentaux. Premièrement, je rappellerais les faits historiques incontestables concernant la véritable messe du concile Vatican II, à savoir l’Ordo Missae de 1965, ainsi que le rejet de base par les Pères synodaux, en 1967, du Novus Ordo qui leur avait été présenté par le père Bugnini.

Deuxièmement, j’attirerais leur attention sur les principes toujours valides qui régissent le culte divin, tels que formulés par le concile Vatican II lui-même : le caractère théocentrique, vertical, sacré, céleste et contemplatif de la liturgie authentique. Comme l’enseigne le Concile : « En elle ce qui est humain est ordonné et soumis au divin ; ce qui est visible à l’invisible ; ce qui relève de l’action à la contemplation ; et ce qui est présent à la cité future que nous recherchons. … Dans la liturgie terrestre, nous participons par un avant-goût à cette liturgie céleste qui se célèbre dans la sainte cité de Jérusalem » (Sacrosanctum Concilium, nn. 2; 8)

Troisièmement, je tiens à souligner le principe selon lequel la diversité liturgique ne nuit pas à l’unité de la foi. Comme l’ont souligné les Pères conciliaires : « Obéissant fidèlement à la Tradition, le saint Concile déclare que la sainte Mère l’Église considère comme égaux en droit et en dignité tous les rites légitimement reconnus, et qu’elle veut, à l’avenir, les conserver et les favoriser de toutes manières » Sacrosanctum Concilium, n. 4)

Enfin, j’en appelle à la conscience des cardinaux en leur rappelant que le Pape a aujourd’hui une occasion unique de rétablir la justice et la paix liturgique au sein de l’Église en accordant à la forme la plus ancienne du rite romain la même dignité et les mêmes droits qu’à la forme liturgique ordinaire, connue sous le nom de Novus Ordo.

Une telle mesure pourrait être prise par une ordonnance pastorale généreuse et définitive. Elle mettrait fin aux querelles nées d’interprétations casuistiques concernant l’usage de l’ancienne forme liturgique. Elle mettrait également fin à l’injustice qui consiste à traiter tant de fils et de filles exemplaires de l’Église – en particulier tant de jeunes et de jeunes familles – comme des catholiques de seconde zone.

Une telle mesure pastorale permettrait de tisser des liens et de témoigner d’une empathie envers les générations passées et envers un groupe qui, bien que minoritaire, demeure aujourd’hui négligé et discriminé au sein de l’Église – à une époque où l’on parle tant d’inclusion, de tolérance envers la diversité et d’écoute synodale des expériences des fidèles.

Excellence, souhaitez-vous ajouter quelque chose ?

Je ne saurais mieux exprimer la crise liturgique actuelle qu’en citant ces paroles lumineuses de l’archimandrite Boniface Luykx – érudit en liturgie, missionnaire zélé en Afrique et homme de Dieu qui célébrait les liturgies latine et byzantine, respirant de cette façon, pour ainsi dire, avec les deux poumons de l’Église :

« Le cardinal Ratzinger a également apporté son soutien, déclarant que la messe traditionnelle est une partie vivante et, de fait, « intégrale » du culte et de la tradition catholiques, et prédisant qu’elle apportera « sa contribution caractéristique au renouveau liturgique appelé par le concile Vatican II » (p. 115).

« Lorsque la révérence disparaît, le culte se réduit à un simple divertissement horizontal, une fête sociale. Là encore, les pauvres, les plus humbles, sont victimes, car la réalité évidente de la vie jaillissant de Dieu dans le culte leur est dérobée par les « experts » et les dissidents » (p. 120).

« Aucun hiérarque, du simple évêque au pape, ne peut rien inventer. Tout hiérarque est un successeur des apôtres, ce qui signifie qu’il est avant tout un gardien et un serviteur de la Sainte Tradition – un garant de la continuité dans l’enseignement, le culte, les sacrements et la prière » (p. 188).

Le document du cardinal Roche évoque la lutte acharnée d’une gérontocratie confrontée à des critiques sérieuses et de plus en plus vives, émanant principalement d’une jeune génération dont elle tente d’étouffer la voix par des arguments manipulateurs et, en fin de compte, en utilisant le pouvoir et l’autorité en guise d’armes.

Pourtant, la fraîcheur et la beauté intemporelles de la liturgie, unies à la foi des saints et de nos ancêtres, triompheront. Le sensus fidei perçoit instinctivement cette réalité, surtout parmi les « petits « de l’Église : enfants innocents, jeunes gens courageux et jeunes familles.

C’est pourquoi je conseillerais vivement au cardinal Roche et à nombre d’autres membres du clergé, plus âgés et parfois rigides, de reconnaître les signes des temps ou, métaphoriquement parlant, de sauter dans le chaudron pour ne pas être laissés pour compte. Car ils sont appelés à reconnaître les signes des temps que Dieu lui-même donne par l’intermédiaire des « petits » de l’Église, qui ont faim du pain pur de la doctrine catholique et de la beauté pérenne de la liturgie traditionnelle.

Ouvrages de Mgr Schneider

 

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9 réponses

  1. Ne confondez le concile de Trente qui fut un concile dogmatique qui dressa un rempart contre les hérésies du protestantisme avec Vatican II qui fut in concile non dogmatique et révolutionnaire qui fit rentrer le modernisme dans l’Eglise. Quant à la constitution conciliaires sur la liturgie elle contenait en germe la destruction de la messe qui allait venir quelques années plus tard Le franc maçon Bugnini était bien dans la continuité de Vatican II et eut tout le soutien de Paul VI jusqu’en 1975 ou il fut envoyé en exil en Iran.

  2. A cette excellente argumentation j’ose apporter une précision. Il convient de distinguer – la diversité des Eglises (Lyon, Milan, Eglises religieuses ou monastiques, etc.), ayant pour conséquence la diversité des rites et des coutumes – la diversité de rite dans une même Eglise. La première est traditionnelle, la seconde est révolutionnaire.

  3. Depuis le début de toute cette affaire, on parle fréquemment et volontiers de la liturgie traditionnelle, pour désigner la liturgie traditionnelle dans la Foi, mais on parle beaucoup moins souvent et avec bien plus de réticences de la liturgie transformatrice, pour désigner la liturgie transformatrice de l’Eglise, alors qu’il est singulier que la liturgie traditionnelle donne lieu à une qualification explicite et que la liturgie transformatrice n’en bénéficie pas, puisque que chacune de ces deux liturgies se prête à une explicitation de ce qui, respectivement, les caractérise d’une manière fondamentale.

    Or, non seulement la liturgie transformatrice est transformatrice de l’Eglise, en ce qu’elle a été imposée à l’Eglise et aux fidèles au moyen de toute une praxis liturgique qui a été placée, par ses artisans et par ses partisans, sous le signe de la transformation des structures mentales des laïcs et des prêtres, la mise en oeuvre de cette praxis ayant donné lieu à des expérimentations valorisant la créativité et la sensibilité, au moins à partir de 1945, mais en outre la liturgie transformatrice est présente devant la toile de fond constituée par la dynamique officielle d’auto-déconstruction et d’auto-dépassement d’une assez grande partie de ce qu’il y a de réfractaire ad extra et de spécifique ad intra dans le catholicisme contemporain.

    C’est probablement la raison pour laquelle l’attitude de ceux qui sont à la fois opposés à la liturgie traditionnelle dans la Foi et partisans de la liturgie transformatrice de l’Eglise, d’une manière rigide et sectaire, comme aurait dit le pape François, n’est pas incohérente ni inconséquente, car ces pérennisateurs de la grande transformation des années 1960-1970 ont bien conscience du fait que tout n’est pas compatible avec tout, et ont bien conscience du fait que si la liturgie traditionnelle montait en puissance, au sein de l’Eglise catholique, conciliaire et assisienne, cette montée en puissance pourrait finir par menacer, précisément, la pérennisation de cette grande transformation, qui n’a pas été avant tout ni seulement liturgique.

    Enfin, il convient de rappeler que la grande majorité des experts, les papes et la grande majorité des pères du Concile se sont comportés, au moment et au moyen de Vatican II, comme des clercs qui se seraient engagés, urbi et orbi, à faire en sorte que les catholiques ne le soient plus jamais en plénitude, donc d’une manière contrariante ou dissonante, à chaque fois que c’est nécessaire, en direction de l’extérieur de l’Eglise.

    D’une certaine manière, la fidélité à la liturgie transformatrice de l’Eglise constitue l’une des composantes de la fidélité à cet engagement, en ce que cela ferait vraiment désordre, si les cardinaux et les évêques qui continuent à souscrire à la phraséologie de l’avenir, du dialogue, de l’inclusion, du renouveau et de l’unité, laissait la montée en puissance de la liturgie traditionnelle évoquée ci-dessus prendre de l’ampleur, alors que cette phraséologie, d’une part, et cette montée en puissance, d’autre part, ne découlent pas du tout de la même conception de l’Eglise, voire de la même conception de l’Eglise et de la Foi, c’est le moins que l’on puisse dire… comme on l’entend au contact d’une homélie vraiment pleinement traditionnelle.

  4.  » « Amen, amen, je vous le dis : ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain venu du ciel ; c’est mon Père qui vous donne le vrai pain venu du ciel.
    Car le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. »
    Ils lui dirent alors : « Seigneur, donne-nous toujours de ce pain-là. »
    Jésus leur répondit : « Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura jamais soif.
    Mais je vous l’ai déjà dit : vous avez vu, et pourtant vous ne croyez pas…. » » (Jean 6, 32-36)

    Le seul « pain pur » est Jésus Lui-même, l’Eucharistie, la Vie de notre vie !
    ( la doctrine n’est pas -le pain- )

  5. Monseigneur,

    Vous reprochez au Missel de 1970 une prétendue « rupture » avec le rite millénaire, en amalgamant la réforme voulue par Sacrosanctum Concilium aux dérives postconciliaires. Une telle lecture refuse de distinguer la véritable « messe du Concile » – l’Ordo Missae de 1965, célébrée par les Pères conciliaires eux-mêmes, y compris Mgr Lefebvre jusqu’en 1975 – du projet Bugnini, pourtant rejeté par le Synode de 1967.

    Paul VI promulgua un Missel conforme à Sacrosanctum Concilium : Canon romain maintenu en latin, centralité du sacrifice propitiatoire clairement affirmée (Mysterium fidei, 1965), et réponse mesurée à des pratiques antérieures au Concile, telles que les messes françaises improvisées dès les années 1950 (chanoine Catta ; cf. Jean de Viguerie, Un historien face à l’Église).

    Vous semblez idéaliser un « gel millénaire » du rite romain qui n’a jamais existé. Saint Pie V lui-même engagea une réforme substantielle, supprimant des usages récents postérieurs au XIIIᵉ siècle, à l’instar de ce qu’avait déjà entrepris saint Grégoire VII. Sacrosanctum Concilium demande explicitement un « développement organique » (§23), non une invention ex nihilo.

    Si le cardinal Ratzinger exprima des critiques sévères en privé dès 1976, le pape Benoît XVI affirma clairement en 2007 qu’il existe « deux formes d’un seul et même rite ». Quant aux abus horizontaux et désacralisants, ils furent explicitement condamnés par Redemptionis sacramentum (2004) : ils ne constituent pas la réforme, mais son détournement.

    Comme je le développe dans « Redécouvrir la messe ; tradition, réforme et mystère» (Éditions Saint-Léger), le Concile de Trente a unifié le rite romain normatif tout en préservant les rites stables de plus de deux siècles. Le concile Vatican II s’inscrit dans cette même dynamique de continuité vivante, développant la lex orandi de l’Église autour du cœur immuable qu’est le sacrifice de la Croix.

    Il est grand temps de dépasser les préjugés idéologiques pour relire Sacrosanctum Concilium dans sa pureté originelle, non à la lumière des dérives qui l’ont trahie, et de retrouver ainsi une paix liturgique authentique, en pleine communion avec le magistère vivant de l’Église.

    Dans la paix du Christ,

    Christophe Ksiazkiewicz

  6. « Summorum pontificum » qui mettait à égalité le rite catholique de la messe et le rite protestantisé a montré ses limites puisque François l’a abrogé purement et simplement.
    Le rite de la messe n’est pas une question de sensibilité ou de préférence mais une question doctrinale. (bref examen critique des cardinaux Ottaviani et Bacci). Le Missel de Paul VI n’est pas une réforme homogène, mais une rupture grave, marquée par une protestantisation de la lex orandi, en contradiction avec la définition dogmatique du sacrifice de la messe au concile de Trente.
    Le cardinal Roche qui est un révolutionnaire qui considère que Vatican II est un bloc l’a très bien compris et c’est pourquoi il veut supprimer définitivement la messe de toujours.
    Léon XIV voit Vatican II comme « le Magistère qui constitue encore aujourd’hui l’étoile polaire du cheminement de l’Église ».
    Ne vous faites donc pas trop d’illusions sur la volonté de Léon XIV à revenir sur Traditionis Custodes.

    1. Merci beaucoup de rappeler l’essentiel, ce que vous faites particulièrement dans chacune des trois premières phrases de votre texte.
      Si le cardinal Roche, qu’il soit révolutionnaire ou non, considère que le Concile Vatican II constitue « un bloc », il est intéressant de savoir à quel autre « bloc », à quel autre ensemble doctrinal structurant, important et influent, s’oppose le Concile, ou à quel autre « bloc » magistériel succède Vatican II.

      Cet aspect des choses est de plus en plus souvent perdu de vue, depuis que Benoît XVI a contribué à faire en sorte que bien des catholiques traditionnels perdent leurs points de repères intellectuels, au moyen de sa distinction entre l’herméneutique du renouveau dans la continuité et l’herméneutique de la rupture (sans la continuité), alors que cette distinction est spécieuse et fait passer à côté d’une herméneutique du renouveau ecclésial ad intra, dans la contiguïté culturelle ad extra, qui permet de mieux comprendre ce qui arrive à l’Eglise catholique depuis Jean XXIII.

      Il suffit pourtant de lire telle ou telle histoire du Concile pour se rendre compte du fait que les experts, les papes et les pères du Concile ont particulièrement oeuvré, pendant quatre ans, et surtout pendant les deux premières sessions, pour que la composante tridentine de la Tradition ne puisse pas conserver son influence, en aval de Vatican II.

      Ainsi, bon nombre d’experts et de pères, dont ceux qui pensaient que Pie XII avait fait fausse route, au moins depuis la publication de l’encyclique Humani generis, en 1950, savaient ce qu’ils défaisaient, même s’ils ne savaient pas avec quelle ampleur et quelle portée ils le défaisaient.

      Quant à Léon XIV, ce n’est évidemment pas de sa faute ni de la faute des autres clercs qui ont commencé leurs années de formation, en tant que futurs clercs, en aval de la fin des années 1950 ou du début des années 1960, mais il se trouve qu’il fait partie de ces clercs qui n’ont jamais connu concrètement autre chose que l’Eglise du Concile.

      Or, on ne comprend pleinement une assez grande partie du problème posé par le néo-catholicisme post-conciliaire qu’en le comparant au catholicisme ante-conciliaire, en l’occurrence pas avant tout ni seulement dans le domaine de la liturgie et dans celui des sacrements.

      L’analyse est une chose, la diabolisation en est une autre, et c’est donc au moyen d’un esprit d’analyse sans diabolisation de l’objet de cette analyse que l’on se doit de faire remarquer que le Concile Vatican II est fondamentalement daté, en tant que Concile continuateur des « Trente glorieuses » de la philosophie et de la théologie porteuses de néo-modernisme ou propices au néo-modernisme qui se sont déployées, de 1929 à 1962, et en tant que Concile contemporain du beau milieu des Trente glorieuses, c’est-à-dire d’une décennie particulière, au sein d’une période particulière.

      Les responsables politiques qui font ou laissent entendre que la poursuite de la construction de l’Europe de Maastricht est à la fois incritiquable et indispensable, et les responsables religieux qui font ou laissent entendre que la poursuite du déploiement de l’Eglise du Concile est tout aussi incritiquable et indispensable, voudraient INTERDIRE, d’une part aux citoyens, d’autre part aux fidèles, de contribuer à réformer ce qui peut l’être et à supprimer ce qui doit l’être, au sein de chacun de ces deux ensembles, qu’ils ne s’y prendraient pas autrement, ce qui devrait faire réfléchir…

      1. « Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait. » (Romains 12, 2)

        Apprendre d’abord le langage de Dieu et constater, sans aucun doute avec stupéfaction, que le Le Christ-Jésus est bien la tête de l’Église …vivante … constater que le Seigneur agit aujourd’hui :
        « ce trésor, nous le portons comme dans des vases d’argile ;
        ainsi, on voit bien que cette puissance extraordinaire appartient à Dieu et ne vient pas de nous.
        En toute circonstance, nous sommes dans la détresse, mais sans être angoissés ;
        nous sommes déconcertés, mais non désemparés ;
        nous sommes pourchassés, mais non pas abandonnés ;
        terrassés, mais non pas anéantis.
        Toujours nous portons, dans notre corps, la mort de Jésus, afin que la vie de Jésus, elle aussi, soit manifestée dans notre corps. »
        (2Corinthiens 4, 7-10)

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