In memoriam : abbé Michel Simoulin – Fils de saint Dominique, montez au ciel !

Un ami fidèle nous a quittés. Nous nous connaissions depuis 1980, année de son ordination par Mgr Lefebvre, lorsqu’il avait rejoint Saint-Nicolas-du-Chardonnet et y officiait, en particulier pour la messe des étudiants le mercredi soir. A l’abbé la célébration et la prédication, toujours riche, structurée et chaleureuse ; à Eric et Marie-Alix Doutrebente, au chœur Fra Angelico, la chorale ; au MJCF, dont je m’occupais alors, le service de l’autel et, avant les réseaux sociaux, l’agit-prop. Quelques années plus tard monsieur l’abbé Michel Simoulin, puisque c’est de lui qu’il s’agit, nous avait également accompagnés lors de la fondation de Renaissance catholique à l’été 1988. Il attira ainsi notre attention sur le fait que le titre initialement choisi de Nouvelle Chrétienté ne lui paraissait pas judicieux en raison de ses réminiscences maritainiennes. Ce fut donc… Renaissance catholique. A l’automne 1988 il accueillit à Ecône, dont il était devenu le directeur du séminaire, les fondateurs de l’association pour une rencontre avec Mgr Lefebvre. Une photographie, qui ne devait plus jamais quitter son bureau, immortalisa l’événement.

Monsieur l’abbé Simoulin, dont le père était officier, naquit en 1943, dans une belle famille de tradition catholique de 14 enfants. Après une première carrière militaire, lecteur assidu d’Itinéraires et de Jean Madiran, il entra au séminaire d’Ecône en 1976 et fut ensuite, d’abord et avant tout, une attachante et rayonnante figure de prêtre. Exigeant, passionné de la vérité, animé d’un grand zèle pour le salut des âmes, il avait trouvé dans l’œuvre et l’action du père de Chivré (o.p.) un saint religieux dominicain à la mesure de ses, grands, désirs.  Il était d’ailleurs le directeur de la rédaction des Carnets spirituels qui rassemblaient des prédications du « Chouan de Dieu », le numéro 84 sur La foi venant tout juste de paraître en mars 2025. Ses qualités intellectuelles et ses aptitudes au commandement – il était ancien élève de l’ESM de Saint-Cyr – le firent accéder à d’éminentes responsabilités au sein de la Fraternité Saint Pie X, lui permettant d’œuvrer à éclairer de jeunes intelligences et à forger de droites volontés dans le cadre de la direction de l’Institut Universitaire Saint-Pie X (1983-1988) puis du séminaire d’Ecône (1988-1996). Après plusieurs années comme supérieur du district d’Italie il rejoignit en 2004 les Dominicaines enseignantes du Saint Nom de Jésus de Fanjeaux où se trouvaient trois de ses sœurs de sang dont mère Anne-Marie, première supérieure de la nouvelle congrégation. Il vécut ainsi vingt années de vie dominicaine au service de Dieu et des âmes, à l’ombre de saint Dominique, précieux guide pour de nombreuses élèves et religieuses.

Dans la crise terrible que vit l’Eglise catholique il s’efforçait, selon son expression, de « raison garder ». Nous avions ainsi publié (Renaissance catholique N°170 Janv-Fév 2022) des réflexions de lui, sobrement intitulées « Dans la crise de l’Eglise ». L’abbé Simoulin, dans ce texte originellement composé en 2001, invitait ses lecteurs à « conserver le sens de l’Eglise », à « éviter tout manichéisme simplificateur » et à prendre en compte le fait que « L’Eglise n’est pas un être purement spirituel » mais aussi une réalité matérielle incarnée dans une hiérarchie.  Il n’existe pas, disjointes, uneEglise catholique et une Eglise dite conciliaire mais : « deux esprits, deux religions, deux églises… mêlés inextricablement dans l’unique réalité que constitue l’Eglise catholique, ma mère sans laquelle je ne peux vivre et pour laquelle je veux bien souffrir et supporter ce qu’elle souffre et supporte ». Profondément attaché à la Fraternité Saint Pie X et à Mgr Lefebvre, qu’il accompagna dans ses derniers instants, l’abbé Simoulin ne considérait cependant pas la Fraternité Saint Pie X comme l’unique « arche du salut ». Homme de foi et de cœur, il pansait les blessures et séchait les pleurs.

L’abbé Simoulin me faisait l’honneur de commenter certaines émissions de Terres de Mission et l’amitié de toujours répondre à mes demandes d’avis sur tel ou tel point de doctrine ou de conseils, sur telle ou telle attitude à adopter. Jusqu’à tout récemment il avait tenu à témoigner à notre association son amical soutien.
On peut regretter qu’il n’ait pas poursuivi tout au long de sa vie sacerdotale la publication de ses sermons qu’il avait initiée en 1982 : La messe. Dieu vivant. Dieu présent, l’Eglise actuelle et éternelle, Jésus-Christ.  Voilà un beau chantier pour ses fils, et filles, spirituelles ! Ces textes feraient certainement beaucoup de bien.

L’abbé Simoulin fut un vrai centurion du Christ, un père exigeant, un maître enthousiasmant et un ami bienveillant. Nous ne doutons pas que, du haut du ciel, il sera un intercesseur puissant pour nous, pour nos familles, pour nos œuvres, pour l’Eglise, pour la France, sans oublier la communauté des Dominicaines enseignantes du Saint Nom de Jésus de Fanjeaux au service de laquelle il était si heureux d’exercer son sacerdoce !

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2 réponses

  1. Mère Anne-Marie Simoulin fondatrice des dominicaines de Fanjeaux joua un rôle historique dans la Tradition.
    Le 30 mai 1988 Mgr Lefebvre rassembla tous les responsables de la Tradition au Prieuré Notre Dame du Pointet pour exposer la situation.
    Mère Anne -Marie fut la première à soutenir les sacres d’évêques. Dom Gérard Calvet présent à cette réunion agressa avec beaucoup de violence et de méchanceté Mère Anne-Marie pour avoir pris position pour les sacres d’évêques.
    On sait ce qui s’est passé ensuite : le Barroux est tombé peu à peu acceptant la nouvelle messe et les hérésies de Vatican II, les Dominicaines de Fanjeaux (ainsi que celles de St Pré) ont continué de se développer et ont maintenant de nombreuses écoles en France , en Allemagne et aux Etats Unis.
    Mère Anne -Marie Simoulin fut une grande figure de la Tradition catholique.

  2. Une anecdote.
    Dans les débuts de St Nicolas les fidèles disaient ou chantaient le Pater durant la messe avec le célébrant ce qui n’était guère traditionnel mais c’était un désir de Mgr Ducaud-Bourget qui le voulait ainsi. Lorsque l’Abbé Simoulin arriva comme vicaire à St Nicolas du Chardonnet il parvint à convaincre Mgr Ducaud-Bourget d’arrêter cette pratique déplorable.

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