Un évêque parle – A propos de l’intronisation de Mgr Ulrich.

« A l’entrée d’un ministère qui nous obligera souvent à vous rappeler vos devoirs, souffrez que nous commencions tout d’abord par vous exposer les nôtres (…) « Le Christ a aimé l’Église et il s’est livré pour elle » (Eph V, 26) Voilà l’idéal de l’évêque et l’abrégé de ses devoirs envers cette portion de l’Église universelle dont le gouvernement lui a été confié : il doit l’aimer jusqu’à la fin et se sacrifier sans réserve pour elle (…) L’évêque doit aimer son Église à l’exemple de Jésus-Christ, c’est-à-dire selon la forte expression de saint Paul comme un époux aime son épouse, comme un père aime son enfant (…) Ne vous étonnez pas que le jour de sa consécration il ait été dit à votre évêque : « Reçois cet anneau, signe et gage de ta fidélité ». C’est comme s’il avait entendu la voix du Seigneur lui disant à cet instant solennel : Entre toi et l’Église confiée à ta sollicitude il y aura désormais l’union la plus intime. Je te l’ai confiée, afin que tu veilles avec un soin jaloux à l’honneur de son nom et à l’intégrité de sa foi (…) entre elle et toi, c’est à la vie et à la mort (…) Nos journées ne seront pleines qu’autant que le souci de votre avenir éternel en aura rempli tous les instants ; et nos années ne compteraient pour rien, si du premier jour jusqu’au dernier, votre progrès dans la sainteté ne restait l’objet constant de nos efforts. »

La symbolique de l’anneau épiscopal

Subjugué par la vigueur et la profondeur surnaturelle d’un tel texte le lecteur s’interroge : S’agirait-il là du premier sermon prononcé lors de son intronisation, le 23 mai, en l’église Saint Sulpice, par le nouvel archevêque de Paris, Mgr Laurent Ulrich ? Malheureusement non. Ce sermon est celui du sacre de Mgr Freppel (1827-1891), futur député de Brest et fondateur de ce qui est aujourd’hui l’Université Catholique de l’Ouest, comme évêque d’Angers en 1870. Autres temps ! Autre Eglise ? Le nouvel évêque rappelle que l’anneau qu’il porte est le symbole de l’union, qui ne sera rompue que par la mort, qui le lie à ses diocésains. Aujourd’hui ce symbole séculaire n’a plus de sens. Tout d’abord parce que la limite d’âge fixée à 75 ans pour les évêques diocésains, sauf l’évêque de Rome, entraîne une séparation d’avec leur troupeau qui n’est pas due à la mort. Ensuite parce que ce lien indissoluble entre l’évêque et ses ouailles est aujourd’hui mis à mal par une forme de cursus honorum qui permet à certains évêques de gravir peu à peu les échelons de la hiérarchie épiscopale ; chaque poste apparaissant plus comme une affectation, plus ou moins prestigieuse, dans une carrière ecclésiastique ascendante que comme le don total et sans retour à un troupeau particulier pour le mener au ciel.

Pasteur ou administrateur ?

Ainsi le nouvel archevêque de Paris, Mgr Ulrich, a d’abord été évêque de Chambéry de 2000 à 2008 puis archevêque de Lille de 2008 à 2022. Sauf imprévu il semble certain que l’épiscopat de Mgr Ulrich à Paris sera bref, puisque, né en 1951, le nouvel archevêque est déjà âgé de 71 ans. Voilà une union bien tardive, et a priori bien brève, avec un diocèse encore traumatisé par les conditions du départ de Mgr Aupetit et devant faire face à de nombreux défis : chute de la pratique religieuse, crise des vocations, gestion d’un patrimoine foncier de moins en moins adapté au nombre de pratiquants, restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris et aménagement de son intérieur, mauvais état de nombreuses églises parisiennes dont l’entretien est délaissé par la mairie de Paris, retombées médiatiques et financières du rapport de la CIASE, relations avec des pouvoirs publics dont l’ignorance des questions religieuses ne semble surpassée que par une de moins en moins sourde hostilité, gestion des relations avec les laïcs- et les prêtres- attachés à la messe traditionnelle, etc.

Un évêque pragmatique ?

La messe d’intronisation de Mgr Ulrich s’est déroulée en l’église Saint Sulpice ce lundi 23 mai en présence de nombreux évêques- une soixantaine- de prestigieuses autorités civiles- citons monsieur et mesdames Gérald Darmanin, Valérie Pécresse, Anne Hidalgo, etc. – et d’un grand concours de peuple. L’ambiance était festive, la nef régulièrement secouée par de nombreux applaudissements. Les discours furent consensuels célébrant une « Eglise ouverte à tous » et louant les mérites d’un évêque prenant ses « décisions en collégialité » aux dires de madame Mullier, membre du conseil épiscopal du diocèse de Lille. Le spectateur non initié s’interrogera néanmoins sur ce que peuvent être les « confirmations géantes » louées par madame Mullier ainsi que sur la portée de l’événement « Tous en cœur avec Jésus ». Les fidèles et les prêtres attachés à la liturgie traditionnelle espèrent, quant à eux, que le nouvel archevêque saura faire preuve de la même charité et du même pragmatisme à leur endroit que ceux dont il fit preuve à l’égard des catholiques lillois. Ainsi la célébration de la messe traditionnelle ayant été déplacée de l’enclave d’une résidence universitaire à l’église Saint Etienne, située au cœur de la métropole flamande, en moins de cinq années le nombre des fidèles pratiquants dans cette église a été multiplié par quatre par rapport au lieu de culte précédent. Qui demandait : « Laissez-nous faire l’expérience de la Tradition ? » 

                                                                                 Jean-Pierre Maugendre

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Je soutiens RC

2 réponses

  1. En effet Benoit… vivre la fraternité, la vie évangélique, la paix du Christ, c’est déjà accueillir la Parole de Dieu, suivre le Chemin ( de notre annonciation à notre pentecôte)… choisir d’avoir en nous les sentiments du Christ (phil2) dans toutes les circonstances de notre vie, ( de la Samaritaine au larron) … choisir d’aimer l’Église en nous posant sur le cœur de la Vierge (comme à Cana jusqu’à la Croix ) … choisir de prier, d’être là au nom du Christ pour nos frères, choisir de faire silence (st Jean de la croix) d’être à l’Écoute ( 1er mot de la règle de vie de st Benoit) … par l’Eucharistie, devenir en Jésus l’humanité de surcroît ( Élisabeth de la Trinité).. nous ouvrir au Pardon de Jésus ( le Curé d’Ars)… avec Marie apprenons l’obéissance du cœur ( à la suite de Jésus Jean 4,34) … soyons pauvres, Aimons… et disons-le par notre vie (st Augustin) !
    Voilà ce à quoi le Pape François nous invite chaque jour , et ça n’a rien d’artificiel ni de superficiel, mais bien sur-naturel et spirituel.
    Heureux sommes nous si nous le mettons en pratique (Jean 13, 17)…

  2. Encourageons plutôt nos évêques à s’affranchir du consensualisme fraternitaire ou de l’irénisme utopiste qui règne ou sévit, depuis l’intérieur de l’Eglise catholique, depuis le début des années 1960 et du Concile Vatican II, la soumission du christianisme catholique à ce consensualisme ou à cet irénisme, oecuméniste et inclusiviste jusqu’aux confins de l’immanentisme et de l’unanimisme, étant l’une des raisons pour lesquelles le christianisme catholique ressemble de plus en plus à du panchristisme postmoderne (Allô, Abou Dhabi ? C’est la Pachamama !), ainsi que l’une de celles pour lesquelles l’Eglise catholique ressemble de plus en plus à une ONG, officiellement évangélique, mais effectivement humanitaire.

    Oui, vraiment, encourageons nos évêques à se déprendre de tout un concordisme ou de tout un pacifisme d’atmosphère (de même qu’il existe un « modernisme d’atmosphère »), qui conduit certains évêques à approuver ou, en tout cas, à accepter bien des « temps forts » pastoraux, ou pseudo-pastoraux, qui ne sont pas avant tout propices à de l’hétérodoxie, mais qui sont avant tout propices à un sentimentalisme souvent sans lendemains.

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