L’Église doit toujours être réformée -Ecclesia semper reformanda

« L’humanité est déséquilibrée à l’endroit du sexe, et la santé ne lui est permise que dans la sainteté » G.K Chesterton. Constat terrible mais d’une cruelle actualité à la publication, ce mardi 5 octobre, du rapport- de 2500 pages- de la CIASE (Commission Indépendante sur les Abus Sexuels dans l’Eglise). Ce travail de trente-deux mois, mené par vingt-et-un commissaires, demandé et financé (coût : 3 M €) par la Conférence des Evêques de France est un véritable réquisitoire contre l’Eglise, parfaitement mis en scène par la diatribe introductive de François Devaux, une des victimes du père Preynat, interpellant son auditoire composé d’évêques, de prêtres, de religieuses, etc. : « Vous êtes une honte pour notre humanité (…) Vous devez payer pour tous ces crimes (…) Vous taire ».

Les faits

Le rapport présente les faits survenus dans les années 1950-2020. 243 victimes ont été auditionnées, 2 700 témoignages recueillis, 1628 cas concrets analysés, d’où il ressort que 80% des victimes sont des garçons entre 10 et 13 ans. Première surprise, alors qu’à l’échelle de la société les victimes d’agressions sexuelles sont à 80% des filles. Les prédateurs sexuels mis en cause sont, donc, essentiellement des éphébophiles homosexuels. S’appuyant sur des projections de sondages effectués auprès de 28 000 personnes le rapport estime, ensuite, à 216 000 le nombre de mineurs qui auraient été victimes d’agressions sexuelles, à des degrés divers, de la proposition malhonnête au viol, par des clercs ou religieux et à 330 000 celui des victimes au sein d’œuvres d’Eglise. Ce sont les chiffres que les médias ont repris en boucle les présentant comme des faits alors que ce sont des projections. Ces faits concerneraient environ 3 000 prêtres. Le rapport dénonce, ensuite, la responsabilité de l’Eglise, coupable de « défaillances systémiques », ces horreurs ayant eu lieu dans l’indifférence et le silence des autorités ecclésiastiques.

Les causes                                                                                                                                      

Comment expliquer, d’abord, de tels chiffres ? Plusieurs causes semblent pouvoir être identifiées. Tout d’abord l’Eglise en Occident est immergée dans une société qui, déjà avant mai 68, avait fait de la satisfaction des désirs et des pulsions de chacun sa règle fondamentale. Il s’agit de jouir sans entraves en rejetant toutes les normes. Nous vivons dans une société profondément érotisée, les films X de Canal plus n’ayant été que l’aboutissement logique de l’exaltation des sens amorcée au cinéma par des personnalités comme Brigitte Bardot ou Roger Vadim. Si le désir est roi et sa satisfaction la règle suprême, les plus faibles sont condamnés à subir la loi des plus forts, nonobstant les grandes déclarations sur les droits de l’homme. Est-il bien cohérent de laisser libre cours à la pornographie sur les réseaux sociaux, ou ailleurs, et après venir se plaindre que des adultes passent à l’acte ?  Quelle est cette société dans laquelle 10% des personnes majeures affirment avoir été agressées sexuellement avant leurs 18 ans ?

Ensuite, il faut bien observer que l’Eglise a renoncé, depuis cinquante années, à ce qui constituait une part essentielle de son enseignement et de sa pratique : la prédication sur les fins dernières et l’enfer, le péché mortel, la damnation éternelle, etc. Ce silence allant de pair avec un mépris affiché pour les « vertus passives » qu’auraient constitué l’ascèse des sens, en particulier les yeux, la mortification, le respect de mesures prudentielles strictes, etc. En fait l’Eglise enseigne et agit depuis un demi-siècle comme si le péché originel n’existait pas et comme si l’enfer était vide. La Tradition de l’Eglise avait édicté des règles très précises sur le refus de l’accès au sacerdoce des hommes à tendances homosexuelles ou pédophiles. En avril 2019 le pape émérite Benoît XVI a dénoncé le laxisme et l’esprit de « mai 68 » qui, ayant pénétré l’Eglise et les séminaires avaient favorisé la pédocriminalité. Enfin l’observateur ne pourra qu’être interpellé par le fait que tout cela se produit à l’issue d’un Concile dont il avait été annoncé qu’il constituerait une nouvelle Pentecôte pour l’Eglise, celle-ci ayant été régénérée en profondeur par le Saint concile, enfin libérée de la « pastorale de la peur ». Le Concile s’étant engagé à « respecter et honorer » (discours de clôture de Paul VI) le monde contemporain, l’Eglise n’était-elle pas, alors, condamnée à en épouser, tôt ou tard, les valeurs ? Quant au silence des autorités ecclésiastiques sur de tels crimes il est à craindre qu’il ne faille y voir le cocktail mortifère d’un estompement du sens du péché, de l’ignorance de la réalité des souffrances des victimes, d’un souci, incongru en l’occurrence, de préserver l’institution et son propre positionnement dans celle-ci, conjugué à une incontestable lâcheté face à des décisions difficiles à prendre.

Les recommandations (45) et les orientations (4)

Logiquement un tel constat ne pouvait se conclure sans recommandations, ni orientations. Les membres de la commission, aucun représentant officiel de l’Eglise- clerc ou laïc- n’en faisant partie, ont donc émis des recommandations comme ils l’auraient fait s’agissant d’une entreprise commerciale ou d’une association loi de 1901. Il est ainsi recommandé de lever le secret de la confession, de refondre le droit canon, de réformer la gouvernance de l’Eglise en distinguant chez l’évêque et le prêtre le pouvoir sacramentel d’ordre et celui de gouvernement, de refuser « l’hyperbolisation » du rôle du prêtre, pourtant configuré au Christ, etc. C’est tout simplement la constitution divine de l’Eglise qui est remise en cause. Il ne pouvait en être autrement, la commission ayant été composée de croyants et d’incroyants, d’agnostiques et d’athées ayant des compétences en droit, psychiatrie, psychanalyse, sociologie, histoire, théologie, etc., mais ignorant certainement, pour la plupart la réalité surnaturelle de l’Eglise, corps mystique du Christ, certains y étant même certainement hostiles.

Les conséquences

Même si ne sont mis en cause que 2,5% des prêtres le discrédit de l’institution est considérable et sera certainement durable. Après la révélation d’événements analogues l’Eglise d’Irlande ne s’est pas remise du séisme.  Cet automne les vingt-six diocèses irlandais ont vu se présenter quatre candidats ! La crédibilité de l’Eglise et la simple justice exigent le châtiment des coupables, l’accompagnement et la réparation vis-à-vis des victimes mais aussi la mise en œuvre de décisions courageuses pour que de telles horreurs ne se reproduisent pas.

Cependant, la liberté de l’Eglise va être entravée car la pression médiatique, politique et sociale sera importante pour que soient transcrites dans le droit de l’Eglise les préconisations du rapport Sauvé. L’heure approche où ce sont les pouvoirs publics qui, au nom de la lutte contre les abus sexuels, ou pour d’autres raisons, interviendront directement dans le fonctionnement de l’Eglise. Mgr de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des Evêques de France, a fait part de sa honte, de son effroi, demandé pardon. Il en appelle à une nécessaire purification. En fait, c’est à une véritable réforme intellectuelle et morale, profonde et intégrale, que nous convient ces tragiques événements. Analogue à celle de la Contre-réforme catholique, au lendemain de la crise protestante. Une réforme fondée sur l’exigence, le sacrifice, le sens de Dieu et du péché, la primauté de la contemplation, etc. Une réforme radicale car on ne résout pas les problèmes avec le mode de pensée qui les a engendrés. Or le rapport Sauvé ne fait que des préconisations juridiques et institutionnelles en appelant même à la puissance publique. Les appels à une sensibilisation des séminaristes à ces difficultés risquent de passer à côté de l’essentiel, par manque de connaissances sur l’identité même du prêtre.

Enfin ces drames doivent nous conduire à prier pour les prêtres et les évêques qui portent de bien lourdes croix depuis deux ans : confinement et suspension du culte, oukases épiscopaux pour imposer la communion dans la main, brutalité du motu proprio Traditionis custodes. Et maintenant suspicion généralisée sur l’état clérical, les prêtres portant la soutane étant, bien sûr, en première ligne et ainsi désignés à la vindicte publique. Malgré leurs imperfections nos prêtres portent la lumière du monde et dans leurs mains tremblantes tiennent les instruments du salut. Châtier les coupables est un devoir. Aimer et soutenir ceux qui ont donné leur vie au Christ pour le salut de nos âmes n’est pas moins nécessaire.

Jean-Pierre Maugendre

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5 réponses

  1. Réponse à Marek
    Vous n’avez pas honte de dire ce que vous dites a propos des victimes de cet assassin pédophile Preynat ? Voyez vous des enfant à cette date dire non à un prêtre ? Honte à vous. Je le jure devant Dieu mon témoignage. Étant orpheline j’ai été en pension. Durant 6 ans, entre 11 et 17 ans j’ai été battue chaque jour par une religieuse. Elle me donnait des coup avec le noeud de ses mains sur la tête m’insultant publiquement de pute, de sépulcre blanchi etc. Durant 6 ans j’ai subi ce calvaire. Elle me battait dans une salle d’étude sans mes camarades. Deux jeunes religieuses ont assisté plusieurs fois et ne lui disaient rien partant lâchement et sans rendre compte à leur supérieure. Croyez-vous que je cherchais cela ? J’ai été embrasse de force par un prêtre de l’opus dei. L’évêque l’a déplacé et silence. Abus de pouvoir des plelats. D’une Cte religieuse Parisienne dont les évêques sont à leurs bottes. Des centaines de sœurs sorties car bourrage de crâne. Elles sont devenues blanches comme la neige et Mgr Aupetit les estime. Et j’arrête là liste. Oui, les eclesiasthiques sont complices des crimes par leur silence. Lorsque on se confese ils détournent la conversation. « on est tous de pêcheurs » Dans certaines paroisses don la mienne actuellement la messe est un karaoké et le Christ est peu honnoré dans son sacrament. Des laïcs donnant la comunión en Bermuda… Lirturgie a leur guise. Pas de commentaire dans l’homelie sur la parole de Dieu. Rien sur le pêché, rien sur la confesión dont le curé donne 1h le samedi et il faut demander rendez-vous. Homélies psychologie et la dernière le prêtre a signalé le dogme… presque avec meprit. J’ai écrit au curé trois fois. AUCUNE RÉPONSE. A l’évêque, AUCUNE réponse. Alors Monsieur a la place de défendre le clergé qui est coupable et pas L’Eglise du Chris. Vous feriez bien de rien dire. Et vous voyez que je vais a la messe mais souffre de voir comme le Christ est maltraité et l’on se sers de lui pour soutirer des sous pour faire une cafetería, pour sortir a KTO et faire des moments de prière pleine des chants et de la musique langoureuse pour attirer les jeunes à leur groupe.

  2. A propos des victimes du père Preynat, il faut noter que celles-ci ne se faisaient pas prier pour pénétrer dans sa tente . Parvenus à l’âge adulte, ces bons jeunes gens, pas rancuniers, ont invité le prêtre a leur mariage. Un mariage hétéro, je précise, c’était avant la loi Taubira. J’ai échangé trois mots avec ce prêtre en gare de Lourdes, petit bonhomme chétif Incapable d’agresser physiquement des ados vigoureux.

  3. Un grand merci, Monsieur, pour ces vérités énoncées de façon concise et percutante.
    Nous vivons une époque où tout se vaut où tout est édulcoré et où il devient difficile pour certains de discerner le mal du bien…
    Cette mise au point est nécessaire et roborative.

  4. Un commentaire anonyme
    Ce texte remet un peu les choses à l’endroit.
    Comme je l’ai écrit ailleurs, la prétention qu’ont certains, y compris prétendument catholiques (!?!?), à remettre en cause le caractère de secret absolu, inconditionnel et inviolable de la confession est hallucinante, à la fois monstrueuse et d’une idiotie totale.
    * Monstruosité de vouloir violer la conscience du prêtre administrant le sacrement en le soumettant à un choix dramatique (respecter les lois d’un pouvoir impie, par ailleurs et de plus en plus dénué de toute morale et de toute éthique ou obéir au devoir sacré qui lui incombe et qu’il a juré d’accomplir sans faillir) ;
    * Idiotie absolue d’imaginer que des fidèles vont se confesser à un indicateur de police. Et pourquoi ne pas directement ordonner prêtre un commissaire de police ou un juge d’instruction ? Et pourquoi limiter cetted énonciation aux seuls crimes sexuels ? Tant qu’on y est ordonnons prêtres aussi l’inspecteur URSSAF, l’inspecteur des impôts ou le député LREM.
    Bref, espérons que pour une fois, l’épiscopat de France ne « baissera pas le froc » devant ces ingérences intolérables qui n’ont d’autre fin que de vouloir abattre notre sainte Eglise, l’Eglise du Christ !

  5. manque toujours dans vos publications une icône permettant de la sauvegarder en pdf dans nos archives

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