Entretien Victoire De Jaeghere et Cyril Farret d’Astiès

‌Victoire De Jaeghere : Pourquoi revenir sur ces cinquante ans qui nous séparent de la promulgation de la nouvelle messe ?

Cyril Farret d’Astiès : La liturgie marque profondément le quotidien de tout le peuple catholique, c’est par le culte public que s’exprime notre piété, la liturgie est la colonne vertébrale de notre vie spirituelle, c’est par elle que nous transmettons la foi à nos enfants (songez au premier dialogue du rituel du baptême dans sa forme traditionnelle !), c’est encore elle qui forge la civilisation. La crise inouïe dans laquelle s’enfonce toujours davantage notre mère l’Église n’aurait-elle pas pour cause, certainement pas unique mais cependant essentielle, cette réforme liturgique voulue et initiée par les pères conciliaires et qui est aujourd’hui l’aspect le plus connu et le plus évident de ces fameux fruits du concile que l’on espérait tant et qui n’ont pas mûri ? Il me semble nécessaire de revenir sur ces cinquante ans d’histoire liturgique afin d’établir un diagnostic fiable et espérer remédier aux maux qui nous rongent.


‌Victoire De Jaeghere : La coexistence liturgique semble aujourd’hui impossible au pape François. Les motu proprio de Jean-Paul II et de Benoît XVI étaient-ils donc illusoires ?

Cyril Farret d’Astiès : Je ne le crois pas. En dépit des réserves que l’on peut formuler par ailleurs, ces deux pontifes avaient compris que l’Église est en crise et que les catholiques de tradition ne sont pas un problème mais plutôt un atout pour répondre à cette crise dans la réalité complexe de notre époque. Le pape François semble pour sa part appuyer sa décision sur une ecclésiologie de rupture dont on nous a pourtant longtemps expliqué qu’elle n’existait pas. Les actes de gouvernement des papes sont évidemment importants ; mais il me semble qu’il faut dépasser ces aspects. Nous ne pouvons pas, en tant que catholiques et sur un sujet aussi central que la liturgie, nous positionner simplement en wojtilien, lefebvriste, ratzingerien… Il nous faut descendre au fond de la liturgie pour la comprendre dans son essence, pour découvrir ce qu’elle recouvre, pour aimer ce qu’elle révèle. Alors les questions s’illuminent de l’intérieur et les aspects contingents ou trop politiques deviennent secondaires. C’est pour cela d’ailleurs que nous ne sommes pas prêts à rendre les armes !

Victoire De Jaeghere  : Mais alors quel avenir pour la liturgie traditionnelle ? Tout semble actuellement bien sombre…


Cyril Farret d’Astiès : Probablement, certainement même. Mais ces difficultés qui semblent insurmontables ne doivent pas trop nous effrayer. Tout d’abord parce que ce trésor que nous chérissons est suffisamment nourrissant pour remplir toute notre vie en dépit des difficultés ; mais aussi et surtout parce que toute cette question nous dépasse, elle est dans les mains du Bon-Dieu depuis plus de cinquante ans. Dans notre défense de la liturgie, souvenons-nous de cette bonne réflexion aux accents très johanniques de sainte Bernadette Soubirous : « Je ne suis pas chargé de vous le faire croire, je suis chargé de vous le dire ! »

Victoire De Jaeghere, professeur de philosophie – Cyril Farret d’Astiès: porte-parole de Saint Germain hors les-murs

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2 réponses

  1. C’est l’amour, l’attention que nous portons à Dieu, à sa sainte Volonté – en esprit et en vérité – et notre persévérance dans la foi, l’espérance et la charité qui permet à nos enfants d’être «  une bonne terre » où la foi – Don de Dieu – (exclusivement de Dieu) s’enracine … porte du fruit .
    Le Pape François nous y invite chaque jour : vivre la vie Évangélique, (non pas comme il y a 50 ans mais comme il y a plus de 2000 ans ) vivre notre propre annonciation prêts à accueillir la Volonté de Dieu par notre Oui….

  2. Les fidéles de la messe selon le rite traditionnel ne s’imaginent pas pratiquer la messe ordinaire qui a perdu toute sa spiritualité et tout recueillement. Donc, le plus de fidéles espéré du côté des partisans du rite ordinaire n’aura pas lieu et ceci quoi qu’il nous en coûte , très mauvais calcul.

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