Marion Maréchal, Fayard, 320 pages, 21,50 €
Certains esprits chagrins pourraient s’offusquer de la publication d’un récit autobiographique par un auteur d’à peine 37 ans. Ce serait une erreur fondamentale : à 33 ans, Alexandre le Grand avait conquis le monde et le Christ racheté l’humanité. Certes, le parcours de Marion Maréchal est sensiblement moins prestigieux mais néanmoins digne d’intérêt. On ne peut pas dire que la petite-fille de Jean-Marie Le Pen soit née avec une cuillère d’argent dans la bouche. C’est au contraire sous le signe de l’épreuve qu’elle vient au monde. Sa mère Yann Le Pen est enceinte du journaliste Roger Auque qui refusera de reconnaître sa fille. Pas un instant Jean-Marie Le Pen, informé, ne conseilla l’avortement. Au contraire il prit l’engagement : « Eh bien, écoute, nous l’élèverons ensemble ». L’année suivante le curé de La Trinité-sur-mer refusera de baptiser la petite Marion car elle était : « la petite-fille du diable ». C’est beau l’accueil dans l’Eglise conciliaire ! La petite Marion sera donc élevée par sa mère, ses tantes Marie-Caroline et Marine puis le mari de sa mère Samuel Maréchal, fils d’un pasteur pentecôtiste.
Ayant dû être exfiltrée de l’école publique où elle était persécutée par certains élèves et professeurs, la jeune Marion rejoint l’école Saint-Pie X à Saint-Cloud, tenue par les Dominicaines du Saint-Esprit. Elle y reçoit une bonne formation religieuse qui fait désormais partie de son bagage intellectuel et spirituel. Puis ce seront : l’élection, à 22 ans, comme député du Vaucluse, le départ du Rassemblement National, la fondation de l’Institut de Sciences Sociales, Economiques & Politiques (ISSEP), la campagne européenne de 2024 avec Eric Zemmour puis la rupture avec Reconquête. Député européenne, Marion Maréchal préside à ce jour le parti Identité-Libertés, associé au Rassemblement National, mais portant une sensibilité moins étatiste et plus attachée aux valeurs morales traditionnelles.
Le récit est attachant et nous livre le portrait d’une femme de conviction parfaitement consciente que les vrais enjeux contemporains sont d’abord des enjeux de civilisation. La figure tutélaire du patriarche de Montretout surplombe les heurs et malheurs d’une vie familiale et politique bien animée. Nous dédierons aux jeunes parents adeptes de l’éducation positive cette sentence, venue du fond des âges, rappelée par Jean-Marie Le Pen aux membres de sa famille lorsqu’ils se lamentaient sur leur sort : « Vous pourriez être cul nu dans la neige en temps de guerre ».
Une lecture roborative et porteuse d’espérance.
Jean-Pierre Maugendre
