couverture livre Mgr Rey

Mes choix, mes combats, ce que je crois

Evêque émérite de Fréjus-Toulon, Mgr Dominique Rey, est, depuis bien longtemps, une figure, à bien des égards, atypique de l’épiscopat français. Depuis sa naissance, en 1952, dans une famille populaire, profondément chrétienne, de sept enfants jusqu’à sa démission d’évêque du Var, à la demande du pape François, en janvier 2025, Dominique Rey a toujours eu le souci des pauvres et de la mission. Il revient ici sur les événements qui ont marqué sa vie : une enfance marquée par la foi de ses parents – son père était retraitant des CPCR à Chabeuil -, une conversion missionnaire grâce à la Communauté de l’Emmanuel, une ordination en 1984 par le cardinal Lustiger puis une consécration épiscopale en 2000.

Evêque missionnaire, Mgr Rey a fait de son diocèse ce que certains considèrent comme un laboratoire de la nouvelle évangélisation se caractérisant par un accueil très (trop ?) large de nombreuses communautés – de spiritualité charismatique ou de sensibilité traditionaliste – animées du « zèle de la maison du Seigneur ». Le résultat est là : un diocèse florissant de 250 prêtres actifs, Mgr Rey ayant procédé à 164 ordinations comme évêque. Florissant ne signifiant pas sans difficultés, ni erreurs, ce que reconnaît volontiers Mgr Rey rappelant cependant que : « Le seul moyen de ne pas avoir d’accident en voiture, c’est de la laisser au garage ». Homme de foi, très engagé dans la défense de la vie humaine innocente et la promotion d’une école catholique authentiquement catholique, Mgr Rey est aussi un pragmatique. Il observe avec intérêt le succès dans la transmission de la foi de ce qu’il est convenu d’appeler les « catholiques observants » et ne voit pas pourquoi l’Eglise devrait se priver de l’apport de ces familles nombreuses, dynamiques, jeunes et souvent attachées aux pédagogies traditionnelles de la foi.

Il n’est d’ailleurs un secret pour personne que ce qui fut fondamentalement reproché à Mgr Rey, par le Saint-Siège, ce fut son accueil bienveillant des prêtres et des fidèles dits traditionalistes. Alors que de nombreux diocèses sont en état de survie artificielle par acharnement thérapeutique et sollicitation de prêtres étrangers, fragilisés par des décennies de silences épiscopaux sur des abus sexuels perpétrés par des prêtres, au bord du dépôt de bilan financier par diminution du nombre de fidèles, le message envoyé par le pape François est, alors, apparu assez clair : tout cela n’est pas grave, ce qui est grave c’est la complaisance vis-à-vis de la liturgie traditionnelle. Mgr Rey note d’ailleurs avec perspicacité et ironie, qu’après lui avoir reproché son manque de prudence et de discernement dans ses ordinations, son successeur, Mgr François Touvet, a appelé au sacerdoce tous les séminaristes qui avaient été bloqués aux ordres en 2022, 2023 et 2024, un seul candidat ayant été refusé pour cette dernière année. On notera, pour mémoire, que sont toujours bloqués au sacerdoce, six diacres de la société des Missionnaires de la Miséricorde Divine, institut de droit diocésain au diocèse de Fréjus-Toulon, qui prévoit dans ses constitutions la célébration de la messe romaine traditionnelle.

In fine, chaque développement de Mgr Rey est précédé d’une synthèse faite par deux journalistes, Samuel Pruvot de Famille chrétienne et Henrik Lindell de La Vie. On s’interroge sur la valeur ajoutée de ces contributions dont le seul objectif semble être de montrer que Mgr Rey n’est ni un intégriste, ni un évêque d’extrême-droite, termes au demeurant jamais définis. Une contribution bien inutile aussi affligeante intellectuellement – « Ce que le pape veut, Dieu le veut ! » – qu’humainement indélicate.

Mgr Rey use d’une belle expression : « L’Eglise est une communion symphonique ». Merci à lui, qui affirme « la ferme volonté de s’inscrire dans l’esprit du Concile Vatican II », d’avoir laissé la partition traditionnelle s’exprimer dans cette symphonie même si restent entières les questions posées, au regard de la tradition de l’Eglise, par certains textes du concile Vatican II, la réforme liturgique de 1969, l’œcuménisme, la liberté religieuse, etc. Le brûlant témoignage d’un évêque, animé par la conviction que « C’est Jésus-Christ, le seul Sauveur ! », et qui ne s’est pas contenté de gérer son diocèse comme un syndic de faillite.

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Jean-Pierre Maugendre