Quand l’ Algérie était française

Valeurs Actuelles Hors-série No 46, 132 pages, 11.90€

À l’encontre de la repentance généralisée et de l’accusation d’Emmanuel Macron qualifiant à Alger, en 2007, la colonisation française de « crime contre l’humanité », Arnaud Folch s’est attaché à un méritoire devoir de mémoire et acte de piété filiale dans ce très riche et documenté Valeurs Actuelles Hors-série sobrement intitulé : Quand l’Algérie était française. Un passionnant entretien avec l’écrivain Boualem Sansal et Suzy Simon-Nicaise, présidente du Cercle algérianiste, ouvre ce précieux travail. Les nombreux contributeurs rappellent, au-delà de la doxa dominante, la réalité des faits :   une population musulmane multipliée par six en l’espace de 132 ans, les investissements colossaux assumés par la métropole en termes d’infrastructures . En 1960, la France consacre 20% de son budget à l’Algérie, ce qui est d’ailleurs la raison majeure de son abandon par le général de Gaulle, celui-ci ayant d’autres priorités. D’ immenses espaces déshérités  sont mis en valeur: « En un siècle, à force de bras, les colons ont d’un marécage infernal, mitonné un paradis lumineux » (Boualem Sansal).

La communauté française d’Algérie, les pieds-noirs, ont donné à la France des personnalités prestigieuses dans des domaines bien différents : Albert Camus et Marcel Cerdan, Jean Brune et Jean-Pax Méfret. Le général de Gaulle mit fin, dans le mensonge et le sang, à « cette aventure dont on ne voulait pas » (Serge Lama). Les pires conséquence en sont encore à venir si l’on en croit la déclaration du maréchal Juin, acteur essentiel de la libération de la France et natif de Bône : « Que les Français en grande majorité aient, par référendum, confirmé, approuvé l’abandon de l’Algérie, ce morceau de la France, trahie et livrée à l’ennemi, qu’ils aient été ainsi complices du pillage, de la ruine et du massacre des Français d’Algérie, de leurs familles, de nos frères musulmans, de nos anciens soldats qui avaient une confiance totale en nous et ont été torturés, égorgés, dans des conditions abominables, sans que rien n’ait été fait pour les protéger : cela je ne le pardonnerai jamais à mes compatriotes : la France est en état de péché mortel. Elle connaîtra un jour le châtiment ».  Puisque seule la vérité nous libérera du péché, rendons hommage au beau travail de rétablissement de la vérité que constitue cet émouvant dossier qui permettra à chacun de mieux comprendre et d’apprécier l’âme d’un peuple viscéralement attaché à un pays qu’il avait bâti.

Jean-Pierre Maugendre