Père François Potez, Mame, 236 pages – 15.9 €
Issu d’une fratrie de huit enfants, le père François Potez, aujourd’hui curé de St Philippe du Roulle à Paris, accompagne depuis plusieurs décennies des fiancés qui se préparent au mariage ainsi que des ménages déjà mariés. Il a ainsi acquis grâce à ces rencontres et confidences une riche expérience qu’il nous fait partager. Le titre de l’ouvrage : Puisque vous avez décidé de vous aimer est déjà tout un programme à rebours de la doxa dominante. L’amour est aussi un acte de la volonté et pas uniquement une exaltation sentimentale. « Je ne vous épouse pas parce que je vous aime, mais pour vous aimer », écrivait le futur chancelier Bismarck à sa jeune fiancée.
Des développements bienvenus
L’auteur mêle dans un développement agréable à lire, grâce à de nombreuses anecdotes, et sous forme d’échanges avec deux jeunes mariés Jules et Julie, rappels de principes fondateurs et conseils (très) pratiques. Notons ainsi quelques règles essentielles : préférer l’harmonie de la complémentarité à l’égalité destructrice, les fiançailles ne sont pas une période facile, le divorce n’est jamais une solution, la question de fond pour Jules doit être : Julie sera-t-elle une bonne mère pour mes enfants ? et pour Julie : Jules sera-t-il capable de me rendre heureuse ? le culte de l’épanouissement personnel est un piège, etc. Et de manière très pratique : ne jamais dire du mal de son conjoint même pour rire, ne jamais être nu devant ses enfants même très jeunes, l’éducation aux mystères de la vie doit être faite par les parents, la chambre conjugale doit être rangée, savoir refuser certaines mondanités, pas de vacances chacun de son côté, savoir se remercier, pas d’écran dans les chambres, faire un « voyage de noces annuel », etc. Le père Potez n’oublie pas de traiter les épreuves qui peuvent faire partie de la vie d’un couple : l’infertilité, l’adultère d’un des conjoints, la maladie d’un enfant, le célibat géographique, etc. Tout cela sous-tendu par quelques vérités fondamentales sur la nature humaine et la vie chrétienne : « On ne naît pas libre. La liberté s’apprend, elle s’éduque. Elle se gagne », « La sexualité est un domaine où la blessure du péché est profonde, avec potentiellement des conséquences dramatiques chez chacun d’entre nous », « Il n’y a pas d’autre chemin pour la vie que le chemin de la croix », etc. Tout cela constitue un ensemble courageux, très argumenté et susceptible de donner des repères sûrs à une génération qui en manque cruellement.
Une certaine gêne
D’où vient alors cette réserve éprouvée par ceux qui cherchent à vivre leur sacrement de mariage à la lumière de l’enseignement pérenne de l’Eglise formalisé en particulier dans les encycliques de Pie XI Divini illius magistri (31 décembre 1929) sur l’éducation chrétienne des enfants et Casti connubii (31 décembre 1930) sur le mariage chrétien. Ou dans le recueil de textes de Pie XII Le mariage chrétien. Sans oublier la synthèse que constituait la Catéchèse catholique du mariage publiée en 1963 par le père Barbara et ayant alors reçu les félicitations du pape Paul VI par l’intermédiaire du cardinal Cicognani alors Secrétaire d’Etat du Vatican, et de divers prélats dont les cardinaux Ottaviani, Propréfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi et Browne, Maître général des dominicains. Sans surprise l’innovation majeure du travail du père Potez réside dans la mise en avant de ce qu’à la suite de son commentateur et amplificateur quasi officiel en France, Yves Semen, il est convenu d’appeler la théologie du corps. Cette spritualité conjugale, développée dans de multiples discours discours du mercredi par le pape Jean-Paul II, donne à l’union conjugale un caractère central dans l’accomplissement de chaque personne. « Grâce à son épouse, l’homme découvre ce qu’il est ; il découvre qui il est : une force, une puissance de don. Il sera vraiment lui-même quand il se donnera à elle tout entier (…) Là et là seulement est la vraie ressemblance avec Dieu : dans la communion d’amour de l’homme et de la femme (…) C’est l’homme et la femme ensemble qui sont image de Dieu ». Si les mots ont un sens cela signifie clairement que les personnes consacrées, astreintes au célibat, ne savent pas vraiment qui elles sont, pas plus d’ailleurs qu’elles ne sauraient être à l’image de Dieu. Voilà un enseignement tout à fait novateur, objectivement tout à fait indélicat, a minima, à l’encontre du mariage de la Sainte Vierge et de saint Joseph. Cette centralité de l’union conjugale dans le mariage et la réalisation de la personne, qui est aussi une exaltation contemporaine du corps et de la sexualité, apparaît bien éloignée des propos de St François de Sales traitant De l’honnêteté du lit nuptial, dans son Introduction à la vie dévote. Le saint évêque de Genève semble avoir mieux pris en compte que d’autres le constat ultérieur de GK Chesterton : « L’humanité est déséquilibrée à l’endroit du sexe » (L’Homme éternel) ou : « Dès que le sexe cesse d’être un serviteur, il devient un tyran » (Saint François d’Assise). D’ailleurs le père Potez le constate tristement : « L’immense majorité de ceux qui viennent à nous, prêtres, pour nous demander de les accompagner vers le mariage, ont déjà commencé leur vie sexuelle depuis longtemps ». Il n’est pas interdit de penser qu’une part de ces candidats au mariage est issue de familles catholiques, a été scolarisée dans des établissement catholiques, voire est pratiquante de manière plus ou moins régulière. Ne serait-ce pas l’occasion de s’interroger sur les résultats de la pastorale moderne du mariage ? En exaltant la dimension sponsale du mariage le pape Jean-Paul II ne cherchait-il pas, fondamentalement, à christianiser l’hédonisme ambiant en intégrant la sexualité du couple dans l’économie du salut, en en montrant la valeur positive dans le cadre d’un amour vrai ? Concernant cette pastorale moderne, certainement en partie motivée par la croyance que certaines exigences d’autrefois sont devenues insupportables, le fidèle attaché aux pédagogies et aux croyances traditionnelles de la foi aura d’autres surprises.
Une nouvelle pastorale
Ainsi « Il est aussi légitime de mettre ses enfants dans le public que de choisir une école hors-contrat » (sans doute faut-il lire catholique hors-contrat, l’enseignement catholique sous contrat ne semblant même plus exister). Là-contre Pie XI enseignait : « La fréquentation des écoles non catholiques, ou neutres ou mixtes (…) doit être interdite aux enfants catholiques » (DIM §31). De même la confession est demandée « A Noël, à Pâques, pour les grandes fêtes ». Nous sommes loin de la pastorale traditionnelle qui recommande une confession plus fréquente. Concernant l’obligation dominicale elle est rappelée et présentée non comme une question « d’obligation » mais comme « nécessaire », « essentielle ». Certes, mais la pastorale traditionnelle de la messe était aussi, au-delà de la rencontre amoureuse avec Dieu, qu’il s’agissait d’une question d’obéissance et de justice. Obéir au 4éme commandement de Dieu : Tu sanctifieras le Jour du Seigneur, et au 1er commandement de l’Eglise « Les Dimanches et les autres jours de fêtes de précepte les fidèles sont tenus par l’obligation de participer à la Sainte Messe et de s’abstenir des œuvres serviles ». Simple devoir de reconnaissance et de justice à l’endroit d’un Dieu qui nous a créés, rachetés, qui nous maintient dans l’être et nous accompagne de Sa Providence, ce qui n’exclut pas que fondamentalement il est juste de rendre un culte à Dieu parce qu’il nous aime. De même que Dieu est à la fois justice et miséricorde les deux approches « pastorales » devraient être plus complémentaires qu’antagonistes. Or, le plus souvent, une pastorale de la raison et de l’obligation semble avoir laissé toute la place à une approche, apparemment, plus sentimentale et anthropocentrée. Qu’il soit cependant permis à chacun de juger l’arbre à ses fruits.
Chacun cependant s’accordera certainement sur deux ultimes considérations. L’importance de la récitation du rosaire en famille sous la conduite du père de famille. Pratique dont fut un ardent apôtre le père Patrick Peyton (1909-1992) : « Une famille qui prie reste unie ». (cf le film Le Prêtre du rosaire). La belle coutume croatequi consiste à ce que les mariés échangent leurs consentements la main placée sur un crucifix.
Jules et Julie aimez-vous sous le regard de Dieu et dans l’ordre voulu par Lui, car il est des amours désordonnées qui ne sauvent pas ! Peu importe le reste.
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Jean-Pierre Maugendre
