Philippe de Villiers, Fayard, 382 pages, 21,9€
Tout livre du créateur du Puy du Fou et, désormais, chroniqueur vedette de C News est, en soi un évènement. Cet opus ne déroge pas à la règle. A l’occasion de commentaires sur l’actualité récente (sacrifice d’Arnaud Beltrame, mort de Thomas à Crépol, cérémonie d’ouverture des JO, etc.) Philippe de Villiers dresse le constat glaçant, mais lucide, d’une France en voie, bien avancée, de décivilisation. Ce qui fut une nation unie dans « la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; (et) le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis » (E. Renan) est devenu le champ clos que se disputent trois conceptions irréconciliables de la France. D’abord la France de la créolisation, celle des Robespierre en keffieh. Ensuite la France de l’ubérisation, celle de la « start up nation » et des gagnants de la mondialisation. Enfin la France de la Tradition, celle des rescapés qui honorent le dépôt qu’ils ont reçu.
Notre auteur est un pessimiste actif à la verve communicative et à l’incontestable sens de la formule qui frappe. Jugez-en : à propos du clergé conciliaire : « le nouvel officiant, en tenue de dentiste », « la vraie tragédie de la vie c’est que l’on devient vieux trop tôt et sage trop tard », etc. Les courts chapitre traitant d’un sujet particulier rendent la lecture de l’ensemble très aisée et constituent un grand bol de bon sens incorrect. Plus que dans d’autres ouvrages Philippe de Villiers fait appel à ses souvenirs d’enfance et aux nombreuses et prestigieuses rencontres de sa vie d’homme politique. Il voit se lever une jeunesse ardente et avide de se réapproprier son histoire et ses traditions, prédisant que, démographie oblige « La terre appartient aux vivants », la confrontation finale opposera les tenants de la tradition musulmane et ceux de la tradition chrétienne : « Le wokistan sera emporté par l’hédonisme et mourra de sa stérilité excentrique ». Si le constat posé est sévère il s’apparente plus un appel roboratif à la résistance et au combat qu’à une lamentation stérile sur les malheurs des temps. Puisse ce cri d’amour pour la France susciter les actes et les engagements qui seront les preuves tangibles de cet amour, car nous le savons : « Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour » !
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Jean-Pierre Maugendre
