Jean-Yves Le Gallou, éditions Via Romana, 2025, 294 pages, 25€
Bien sûr, on pourrait objecter que Jean-Yves Le Gallou n’est pas vraiment de notre paroisse, il explique d’ailleurs dans son dernier ouvrage qu’il a perdu la foi de son ascendance bretonne. Cependant, il nous a fait à plusieurs reprises le plaisir d’intervenir aux Universités d’été de Renaissance catholique, pour nous faire partager sa grande expérience de la lutte contre la décadence française. Dans Mémoires identitaires, Jean-Yves Le Gallou livre près de soixante ans de souvenirs personnels et de combats pour la France, du lycée de Région parisienne au site de réinformation Polémia ou aux antennes de Radio Courtoisie, des bancs de Sciences po ou de l’ENA au conseil régional d’Ile de France en tant qu’élu FN puis MNR.
1968-2025 : les « dessous du Grand basculement », ainsi que l’auteur qualifie en sous-titre le demi-siècle écoulé, sont une chronique de souvenirs dans lesquels s’enchevêtrent des instants de vie personnelle – souvent émouvants, comme les liens personnels tissés au fil des ans par JY Le Gallou, grand amateur de courses en montagne, avec plusieurs guides de haute montagne – et témoignages de militant politique. Les événements de Mai 68 sont bien analysés comme un point de bascule moral et civilisationnel, qui – à toute chose malheur est bon – a entraîné une prise de conscience de nombreux intellectuels et étudiants qui ont su bâtir un corpus intellectuel impressionnant, même si on est pas tenu d’adhérer à tous ses aspect. Au fil des pages consacrées aux années 70, on retrouve de personnalités bien connues, comme Alain de Benoist, inspirateur de la Nouvelle Droite, Henry de Lesquen ou Yvan Blot, qui fondèrent le Club de l’Horloge. Au sein de cette nébuleuse nationaliste, d’autres « compagnons de route » temporaires sont utilement évoqués, tels qu’Henri Proglio, futur président de Veolia puis d’EDF, Yves-Thibault de Silguy, qui deviendra un des premiers commissaires européens, mais également la grande comédienne Fanny Ardant (on regrettera l’absence d’index en fin d’ouvrage).
Les pages consacrées aux décennies 80 et 90 font revivre l’émergence sur le devant de la scène politique du Front National, sous l’impulsion de son fondateur Jean-Marie Le Pen et du militant infatigable Jean-Pierre Stirbois, à l’origine de la première percée électorale à Dreux en 1983.
Sur l’épisode douloureux de la rupture Le Pen-Mégret en 1998-1999, Jean-Yves Le Gallou, pourtant pleinement engagé auprès de Bruno Mégret au sein du Mouvement national républicain – appellation qu’il eut du mal à accepter – jette un regard lucide et largement dépassionné. L’échec électoral du MNR amènera Le Gallou, assez critique sur la stratégie attrape-tout de Marine Le Pen, à s’éloigner de l’arène politique (dans laquelle il a tout de même bataillé près de 20 ans), pour deux nouveaux engagements : tout d’abord la haute fonction publique – il faut tout de même faire bouillir la marmite quand on a perdu tous ses mandats d’élu – ce qui nous vaut quelques souvenirs tantôt savoureux, tantôt désabusés ; et, depuis le début des années 2000, le combat « métapolitique » mené avec brio au service des idées politiquement incorrectes. A cet égard, il est incontestable que le site Polémia a contribué à la renaissance d’une vraie pensée de droite, identitaire, décomplexée et parfaitement à l’aise dans la maîtrise des réseaux sociaux. On n’oubliera pas non plus les collaborations régulières de Jean-Yves Le Gallou sur Radio Courtoisie ou TV Libertés, véritables incubateurs pour de nouvelles générations de militants des cause souverainiste ou identitaires. En mélangeant avec bonheur souvenirs d’engagements sur le terrain et réflexions personnelles sur nos combats communs, Jean-Yves Le Gallou nous livre un témoignage lucide et courageux, au final plein d’espérance, si tant est que les seules batailles perdues sont celles qui n’ont pas été menées.
________________________________________________
François Vincent
