Marcel De Corte, Hora Decima, 536 pages, 25,50 €
Le monde moderne est trop souvent prisonnier de l’immédiateté et de l’émotion. Or ce que nous vivons à un instant donné, plonge toujours ses racines dans un passé plus ou moins récent. C’est l’immense mérite de ce travail- que l’on n’ose qualifier de bénédictin puisqu’il est l’œuvre d’une dominicaine. À la suite du prestigieux philosophe et grand professeur que fut Marcel De Corte (1905-1994), il nous aide à discerner les racines de la terrible crise que vit l’Eglise depuis plusieurs décennies. Préfacé par Mère Marie-Geneviève Rivière, ancienne Prieure générale des dominicaines enseignantes du saint-Nom de Jésus de Fanjeaux, cet ouvrage réunit les nombreux articles écrits par Marcel De Corte dans diverses publications : Itinéraires, Courrier de Rome, Ordre Français, etc. et traitant d’une manière ou d’une autre des « Mutations de l’Église catholique au XX e siècle ». Professeur pendant 30 années à l’université de Liège en Belgique et un des acteurs du renouveau thomiste au début du XXème siècle, Marcel De Corte possède une véritable érudition et un vrai talent pédagogique. Le plan est très clair. On est frappé par la clarté, parfois incisive, de ses analyses. Ainsi, l’Église conciliaire se caractérise par une forme d’humanisme anthropocentré dans lequel le péché originel est marginalisé sinon exclu, en lieu et place d’une religion transcendante et théocentrée. La crise religieuse que nous vivons trouve, bien sûr, ses origines dans des conceptions philosophiques erronées et des évolutions politiques majeures, le progressisme n’étant, en réalité, qu’une tentative d’adaptation de l’Eglise à une victoire du communisme et du marxisme qui apparaissait comme inéluctable à beaucoup dans les années 60/70. On lira avec intérêt les réflexions de l’auteur sur le concile Vatican II, la réforme liturgique, les personnalités et l’œuvre des papes Paul VI et Jean-Paul II.
Cet ensemble constitue à la fois une belle œuvre de piété filiale, en hommage à ceux qui dans la tempête conciliaire et post-conciliaire ont contribué à maintenir la liturgie et la doctrine traditionnelles, mais aussi une analyse de fond qui s’efforce d’aller aux véritables fondements philosophiques et théologiques de la crise qui ravage encore à ce jour notre Mère la Sainte Eglise. Piété, intelligence et foi pourraient être le triptyque sous lequel placer ce précieux travail.
Jean-Pierre Maugendre
