Le retour du roi

David Engels, Les Editions du Verbe Haut, 288 pages, 25 €

Ce récit, dont le titre « Le retour du Roi » est emprunté à l’univers de JRR Tolkien, est celui d’une errance dans une Europe future en pleine décomposition. Le narrateur est un brillant universitaire, spécialiste de l’histoire comparée des civilisations qui, de Varsovie à la Bretagne, en passant par Berlin, Aix-La-Chapelle, Oxford ou Paris, s’efforce d’échapper à la guerre civile qui ravage le continent. En effet, suite à une tentative d’assassinat contre le chancelier allemand, une vaste chasse aux éléments considérés comme « radicaux » ou « conservateurs », en réalité simplement opposés au modèle multiculturel et libertaire alors dominant, a été lancée à l’échelle de l’Europe. À l’occasion de son périple l’auteur multiplie les rencontres et les échanges avec des universitaires désabusés, sectateurs du nouvel ordre européen, militants identitaires enracinés, suprémacistes blancs revendiqués, immigrés africains persuadés de leur domination prochaine sur l’Europe, adeptes du soufisme, etc. Le développement le plus réussi est incontestablement la participation de l’auteur à un colloque à Salò, siège éphémère de la République Sociale Italienne du même nom sous Mussolini.  Il y voit se dérouler devant ses yeux un discours mondialiste et maçonnique auquel il se sent bien étranger avant de comprendre que lui sont promis carrière, honneur et richesse s’il accepte de « nuancer » ses positions et de rejoindre cette organisation discrète…

Toutes ces rencontres donnent l’occasion à l’auteur de nous faire partager sa vision de l’Europe et de l’avenir de notre continent. Pour David Engels, écrivain et historien belge, intervenant à l’ICES, auteur d’ouvrages remarqués : Que faire ? et Défendre l’Europe civilisationnelle : « Toutes les civilisations sont des quêtes grandioses pour transférer dans la réalité un aspect spécifique et unique de la transcendance ; et par rapport à cet objectif suprême, elles doivent être considérées plutôt en complémentarité qu’en hiérarchie » (p 172). Pour les Européens, cette perspective spécifique de la transcendance repose sur la tradition chrétienne à laquelle tout Européen conséquent se doit donc d’adhérer, en acceptant tous les dogmes. Il s’agit d’être chrétien par patriotisme, non par foi. Il est d’ailleurs constamment fait référence à la transcendance et à la divinité, quasiment jamais au Christ. Or le christianisme n’est ni un code moral, ni un socle civilisationnel plus ou moins mythique, il est une rencontre avec une personne, le Christ, vrai Dieu et vrai homme, mort et ressuscité pour le salut de tous les hommes, quelles que soient leur race ou leur culture. En sus, l’affirmation pré citée est la négation de toute réalité morale et métaphysique universelle. Dans cette optique l’excision des petites filles en Afrique noire ou la polygamie en terre d’Islam ne seraient des coutumes condamnables en Occident que parce qu’elles sont étrangères à notre aire civilisationnelle.

Si l’intuition du récit est intéressante en ce qu’elle constitue une résistance méritoire et courageuse à la décadence ambiante, elle pèche cependant par les limites qu’impose la reconnaissance du catholicisme, même dans sa dimension liturgiquement traditionnelle, comme un simple, quoique prestigieux, héritage civilisationnel loin de l’affirmation péremptoire du Christ : « Je suis la voie, la vérité et la vie ». On déplorera enfin que l’éditeur n’ait pas fait son travail en corrigeant les nombreuses coquilles de l’auteur dont le français n’est pas la langue maternelle : une « bague de prière rosaire » s’appelle un dizainier (p. 21), une charade n’est pas une mascarade (p. 82), anonymité est un néologisme inutile quand existe le mot anonymat (p. 89), etc. Un sommaire eût également été le bienvenu.

« Le grand roman de la droite européenne du XXIème siècle » reste donc à écrire. La bonne nouvelle est qu’il nous reste un peu de temps !

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Jean-Pierre Maugendre