Frédéric Le Moal, Hora Decima, 65 pages, 10 €
Biberonnés au principe, faux, que les ennemis de nos ennemis sont certainement nos amis certains opposants résolus à la modernité voient dans le fascisme et ses succédanés des alliés objectifs. Un peu comme si, sommairement, la vérité était le contraire de l’erreur. Historien et spécialiste reconnu du fascisme, ayant publié chez Perrin : Histoire du fascisme et Les hommes de Mussolini, Frédéric Le Moal fait litière de ces assertions. Ayant défini le fascisme comme une « idéologie socialiste et nationaliste, anticommuniste et antilibérale, révolutionnaire et totalitaire, aspirant à forger un Italien nouveau, sous la forme d’un guerrier implacable et sans pitié mais aussi un Etat nouveau qui, à l’aide d’un parti unique embrasserait l’ensemble de la société, de la vie de l’individu, en le coupant de ses traditions, notamment religieuses », l’auteur démontre sans peine l’incompatibilité de ces principes avec le catholicisme. Frédéric Le Moal montre de manière convaincante que le projet authentiquement totalitaire du fascisme, reposant sur une forme de statolatrie païenne, n’a pu se déployer en raison des oppositions qu’il rencontrait : le haut patronat du Nord du Pays, le roi Victor-Emmanuel III, l’armée et l’Eglise. Délivré de ces oppositions, le fascisme a ainsi pu déployer son projet authentiquement totalitaire dans l’éphémère république de Salo (septembre 1943- avril 1945). Quant à la permanence du mythe fasciste, certains le vouant aux gémonies, d’autres éprouvant une forme de sympathie romantique pour lui et son esthétique, la raison en est, peut-être, que le fascisme reconnaît, honore et restaure le principe d’autorité aujourd’hui largement remis en cause. Ce qu’observait Jean Madiran dans son ouvrage « Les deux démocraties » notant « la manière inadéquate, incertaine ou erronée » dont ce principe était vécu. Merci à Frédéric Le Moal pour son précieux, dense et synthétique travail qui nous rappelle de manière opportune que la modernité engendre par nature le totalitarisme et que le fascisme n’en fut qu’un des avatars, sans doute moins mortifère que d’autres, mais certainement pas une réaction salutaire aux conséquences délétères de cette même modernité.
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Jean-Pierre Maugendre
