Le chaos ukrainien

Nikola Mirković, Publishroom Factory, 248 pages, avril 2023 – 22€

Rien de tel pour mettre de l’ambiance dans les dîners en ville que de mettre sur le tapis le sujet de la guerre en Ukraine. Aussitôt les jugements péremptoires fusent : les « poutinolâtres », « suppôts du KGB » et « traîtres à nos valeurs » faisant écho aux « valets des États-Unis » et aux « euromaniaques ». En réalité l’erreur initiale de trop de généraux de plateaux de télévision ou d’analystes immergés dans l’actualité immédiate est de croire que la guerre en Ukraine commence le 24 février 2022. Cette invasion, car c’en est une, est à repositionner dans l’histoire longue de l’Ukraine, dont l’origine du mot remonte au XVe siècle, mais aussi dans l’histoire récente de ce que fut l’URSS, en particulier depuis la fin de la guerre froide et la chute du mur de Berlin en novembre 1989.

C’est à ce travail historique très abondamment documenté que s’est livré Nikola Mirković. Certains faits, parfois occultés, apparaissent difficilement contestables. Ainsi :

  • l’Ukraine dans ses frontières de 2022 est une jeune nation sans homogénéité ethnique et culturelle ;
  • l’intangibilité des frontières de l’Europe est un slogan attrayant mais une idée mise à mal par le démantèlement de la Yougoslavie en 1991-1992 et la création du Kosovo en 2008 ;
  • le bombardement de la Serbie par l’OTAN en 1999 s’est fait sans aucun mandat de l’ONU ;
  • les manifestations de l’Euromaïdan de novembre 2013 à février 2014 qui aboutirent à la chute du gouvernement, légalement élu, de Victor Ianoukovitch, furent activement soutenues politiquement, financièrement et médiatiquement par les USA ;
  • les accords de Minsk II en février 2015 n’ont pas été respectés, en particulier par l’Ukraine sous l’œil complaisant de l’Allemagne, de la France et des USA. Etc., etc.

Une des maladies intellectuelles les plus pernicieuses de notre temps est de laisser croire que tout conflit armé est par nature une lutte du Bien contre le Mal. L’adversaire n’est plus alors un ennemi à vaincre aujourd’hui et avec qui il faudra vivre demain mais une incarnation du Mal qu’il faut éradiquer, exterminer et détruire… pour le bien de l’humanité, bien sûr. D’où le caractère inexpiable des guerres modernes.

L’intérêt du travail, très documenté, de Nikola Mirković est de nous rappeler, par la simple mention des faits, que la guerre en Ukraine n’est pas une lutte entre le Bien et le Mal, les bons et les méchants, mais le choc de deux impérialismes, tous les deux parfaitement persuadés de la légitimité de leurs causes respectives. L’Ukraine n’est plus alors qu’un pion sur le grand échiquier mondial dans le maintien de l’hyperpuissance des uns et l’aspiration à un monde multipolaire des autres. Cela pour le plus grand malheur du peuple ukrainien. Ce n’est cependant pas sans une pointe d’amertume que le patriote français observera que le pays qui fut jadis celui de Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord et naguère celui de Dominique de Villepin n’est plus aujourd’hui qu’un acteur de second plan à la liberté d’action bien réduite. Par charité nous n’épiloguerons par sur le semi-analphabétisme de l’homme à qui est échue la responsabilité de la diplomatie française, Stéphane Séjourné. Citons : « C’est pas moi qui décidera« , « Le péril auquel vous avez évoqué« , « Ce sera l’occasion pour nous de voir ce que les Ukrainiens ont besoin« , etc.

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Jean-Pierre Maugendre

Nikola Mirković interviendra à la prochaine université d’été de Renaissance Catholique. Informations et inscriptions ici.