La vocation du prêtre face aux crises. La fidélité créatrice

Fançois Bustillo, Nouvelle Cité, 236 pages, 20 €

François Bustillo, religieux franciscain formé en Italie, est l’homme qui monte dans l’Eglise de France. Depuis la publication de ces instructions de retraites il est devenu évêque d’Ajaccio en 2021, puis cardinal en 2023, à l’âge de 55 ans. Une semaine après la réouverture de la cathédrale Notre-Dame de Paris il accueillait en Corse le pape François, pour une journée, très remarquée, le 15 décembre 2024 sur « La religiosité populaire en Méditerranée« .

Dans ces méditations originellement destinées à des prêtres l’auteur revisite le rite de l’ordination sacerdotale et les prières qui le constituent. Incontestablement François Bustillo a une âme de pasteur, de père et d’apôtre. Il exhorte les prêtres à la « fidélité créatrice » en se mettant à la suite du Christ pour aimer et guider leur troupeau. Il est un homme de foi qui rappelle à juste titre que : « La mission du prêtre est de sanctifier le peuple qui lui a été confié ». Pour cela l’auteur nous rappelle les moyens classiques de sanctification : les sacrements et la prière. Enfin, le cardinal Bustillo est un homme de bon sens rappelant quelques vérités parfois oubliées ou celées : l’analphabétisme religieux, le poids des idéologies, la démission de trop de parents devant leurs enfants, le primat de l’émotion sur la raison, etc…

Tout cela laisse cependant un goût d’inachevé. Mgr Bustillo a fait sien le décret de Vatican II sur le ministère et la vie des prêtres, Presbyterorum ordinis (7 décembre 1965) qui affirme : « Les prêtres (…) ont pour premier devoir d’annoncer l’Evangile à tous les hommes ». Pieuse intention certes, mais qui estompe le rôle, premier, cultuel et sacrificiel du prêtre tel qu’il était, par exemple, rappelé dans le catéchisme de saint Pie X : « L’Ordre est le sacrement qui donne le pouvoir d’exercer les fonctions sacrées qui regardent le culte de Dieu et le salut des âmes ». Le prêtre était d’abord considéré comme l’homme de la messe. Il s’agit aujourd’hui pour le prêtre, selon notre auteur, de s’»offrir à travers l’Eglise au monde ». La perspective est sensiblement différente ! A cet égard le lecteur sera surpris de la faible place tenue dans la vie du prêtre, selon François Bustillo, par la célébration de la messe, la récitation du bréviaire, jamais mentionné, et l’absence de toute référence à la Très Sainte Vierge Marie, mère des prêtres.

Fondamentalement, cependant ce qui choque dans les réflexions du cardinal Bustillo, qui cite souvent, dans de beaux textes, les papes Benoît XVI et François c’est l’absence totale d’enjeux eschatologiques. La question du salut ne semble pas être un sujet. Le Christ est incontestablement « porteur de vie », mais l’expression n’est-elle pas un peu absconse et édulcorée face aux enjeux majeurs que constituent l’existence d’un jugement particulier puis général et la destinée éternelle de chacun en enfer ou au ciel. « Annoncer l’Evangile est passionnant parce qu’il ouvre de nouvelles perspectives » écrit-il. Certes, mais est-ce vraiment le sujet ? De même comment consacrer un chapitre à l’innocence sans même évoquer le fait que par le sacrement de pénitence le pénitent renoue avec l’innocence baptismale ?

En conclusion le nouveau cardinal en appelle à « imaginer des pistes nouvelles pour annoncer et vivre l’Evangile ». Nous nous permettons, respectueusement, de lui en suggérer une qui a fait ses preuves : laisser faire l’expérience de la Tradition.

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Jean-Pierre Maugendre