Arguments non-religieux pour un débat dépassionné
Matthieu Lavagna, Artège, 266 pages – 18,90€
Il y a tout juste 50 années, le 29 novembre 1974, la loi dite Veil dépénalisant l’avortement était adoptée par l’Assemblée nationale. En l’espace d’un demi-siècle, de lents glissements en franches trahisons, on est passé de la dépénalisation et au caractère exceptionnel et dramatique de l’IVG au remboursement à 100% et à la constitutionnalisation de l’avortement. Nul ne saurait aujourd’hui avoir droit à la parole publique et être associé à « l’arc républicain » s’il ne commençait par encenser la loi Veil, demandant, a minima, son application stricte. Seules voix criant dans le désert, à rebours de la doxa contemporaine, les pontifes romains : Jean-Paul II, Benoît XVI et François. Il apparaît donc tentant, pour les chantres de la culture de mort, de chercher à réduire l’opposition à l’avortement à des convictions religieuses par nature irrationnelles et échappant au débat contradictoire.
C’est le piège dans lequel refuse de s’engouffrer Matthieu Lavagna, jeune philosophe et apologète, déjà connu pour ses débats avec Michel Onfray « Non le Christ n’est pas un mythe. Libre réponse à Michel Onfray » et divers ouvrages d’apologétiques « Soyez rationnel, devenez catholique », etc. Le plan de ce travail est d’une simplicité…biblique.
Qu’est-ce que l’avortement ? Données démographiques et médicales.
Qu’est-ce que la science nous dit de ce qu’il y a dans le ventre de la femme à partir de la fécondation ? Comment justifier intellectuellement et philosophiquement l’élimination du bébé présent dans le ventre de la femme . Un carnet de photographies illustrant les différents stades de développement de l’embryon complète très concrètement et factuellement ces exposés discursifs. Tous les arguments pro-vie et pro-choix sont soigneusement répertoriés, documentés et analysés avec une grande rigueur intellectuelle. Citons : « Pas d’utérus, pas d’avis », « Mon corps, mon choix », « Je ne vous oblige pas à avorter. Merci de respecter ma conscience et de ne pas m’interdire de le faire ». Les raisonnements sont implacables, les positions des uns et des autres très argumentées. L’argument religieux n’est pas occulté mais traité bien à part dans un chapitre parfaitement identifié.
Matthieu Lavagna a le courage d’aller au fond des choses et de nous partager la vraie raison de tous ces comportements qui apparaîtront un jour aussi incompréhensibles que l’est pour nous la banalisation de l’esclavage en Occident à partir de la Renaissance. En réalité « Au lieu de partir de l’immoralité de l’avortement et d’en conclure qu’il faut contrôler ses désirs, on part de ses désirs libertaires quitte à sacrifier la raison ». En d’autres termes, au-delà des envolées lyriques sur la liberté des femmes l’heure serait plutôt à « la libération de la braguette » (Bernanos) ou à « l’amour à la portée des caniches ». (Céline)
Un travail d’une rare qualité intellectuelle qui devrait devenir un document de travail indispensable pour tous les défenseurs de la vie humaine innocente.
Jean-Pierre Maugendre
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Jean-Pierre Maugendre
