Guerre et Paix : les Papes de Léon XIII à Léon XIV

Clément Millon, Le Lys et le lin, 349 pages, 25 €

Dans un monde en guerre, les papes récents n’ont cessé de lancer des appels à la paix universelle. Grâce à un développement chronologique et très construit l’auteur, docteur en histoire du droit et chargé de cours à l’ICES, analyse les positions successives des souverains pontifes, depuis Léon XIII, dans leurs actions au service de la paix dans le monde et dans leurs enseignements à propos de la notion de guerre juste.

 Il est tout d’abord à noter que l’éviction de la papauté des Etats pontificaux, à partir de 1870, place le successeur de Pierre dans une situation nouvelle : n’ayant plus de territoires à défendre, le Saint-Siège n’est plus partie prenante d’aucun conflit potentiel et est, peu à peu, conduit à remettre en cause le concept même de guerre juste. Cependant, tant que reste pendante la question du statut de l’Etat du Vatican, soldée par les accords du Latran en 1922 avec Mussolini, le Saint-Siège est mis à l’écart des institutions dans lesquelles se traitent les questions relatives à la paix ou à la guerre, principalement en Europe. L’Italie redoute par-dessus tout que soit abordée le sujet de l’annexion des Etats pontificaux par ses troupes. Le Vatican sera ainsi absent de la conférence de la Paix en 1899 à La Haye. Les appels à la paix de Benoît XV lors de la première guerre mondiale ne seront guère suivis d’effet, à la différence de plusieurs initiatives humanitaires comme des échanges de blessés.

 Au risque de surprendre, voire choquer certains, il est vain de chercher à montrer l’absence de ruptures et d’évolutions dans les discours et les attitudes des Souverains pontifes successifs, tout au long du siècle passé. Ainsi, Pie XI ne considère pas la cristiada mexicaine (1926-1929) comme une guerre juste alors que, dans une situation analogue, Pie XII, 10 ans plus tard, apporte son soutien immédiat au Mouvement national du général Franco lors de la guerre d’Espagne (1936-1939). De même le leitmotiv de Pie XI est « Pax Christi, in regno Christi », « La paix du christ dans le Royaume du Christ ». Autrement dit : il n’y a de paix possible sur terre que dans la royauté du Christ. Affirmation difficilement conciliable avec la réunion inter religieuse d’Assise, à partir du 27 octobre 1986, qui, à l’appel du pape Jean-Paul II, réunit 150 responsables religieux d’une douzaine de traditions différentes pour prier pour la paix. L’auteur observe d’ailleurs, textes à l’appui, que les clés de la paix sur terre sont passés pour l’Eglise, dans la continuité du Concile Vatican II, du règne du Christ à la fraternité universelle.

Une lecture intellectuellement stimulante et très opportune, très construite avec un plan très clair, mais cependant quelques coquilles, qui « sonnent comme un appel à la clarification sur les thématiques de la guerre et de la paix ».

Jean-Pierre Maugendre