François Lecointre, Gallimard, 115 pages, avril 2024 – 17€
La mondialisation heureuse et le doux commerce devaient mettre fin à la guerre. Il n’en a malheureusement rien été. Bien au contraire. La guerre en Ukraine et le conflit à Gaza ont rendu le monde plus dangereux, et plus proche d’une conflagration mondiale qu’il ne l’a été depuis longtemps. La perspective d’une guerre dans laquelle la France serait impliquée sur son sol redevient une perspective réaliste. C’est dire si réfléchir à la guerre, aux conditions de son engagement et à la manière de la mener est un sujet d’une brulante actualité. Le général Lecointre, aujourd’hui Grand chancelier de la Légion d’honneur après avoir été Chef d’Etat-major des Armées et chef du cabinet militaire du Premier ministre a l’expérience du feu : en Irak, en Somalie, au Rwanda, à Sarajevo. Dans un récit, bien mené, à la première personne il évoque son parcours de jeune officier et partage ce qu’il a appris de la réalité de la guerre. Il observe, parfois un peu désabusé, le changement de nature que les autorités politiques ont imposé aux Armées. Il s’agissait naguère d’accepter de faire le sacrifice de sa vie pour défendre l’indépendance et les intérêts de la France. Il s’agit, souvent, aujourd’hui de mener, en réalité, comme « soldat de la paix », sous le nom d’ « intervention humanitaire » des opérations de police internationales aux idéaux affichés toujours élevés mais aux motivations concrètes parfois plus sordides (le pétrole irakien) et aux résultats plus discutables (cf la situation en Lybie). Le soldat d’hier était formé pour gagner la guerre, ce n’est pas toujours l’objectif des engagements contemporains. Le général Lecointre observe également une radicalisation des conflits dans la mesure où la défense des intérêts des puissances a laissé la place à un combat du Bien contre le Mal, des gentils contre les méchants. La réalité est, bien sûr, plus complexe mais souvent difficile à exprimer à l’encontre des médias dominants souvent enfermés dans une vision manichéenne des conflits. Avec beaucoup de pudeur François Lecointre évoque les questions qui hantent, éternellement, le cœur et l’esprit des soldats : le sens de l’engagement, la camaraderie, la peur, la souffrance, la mort… il se fait aussi philosophe et philosophe réaliste : « C’est la conscience de l’estime qu’on nous porte qui nous pousse en avant ». Un précieux témoignage pour les jeunes qui ne rêvent pas de devenir millionnaires mais, plus modestement, de servir, dans l’honneur et la dignité, leur pays, la France. Le général Lecointre rejoint ainsi la longue et prestigieuse cohorte de ceux qui ont fait leur l’exaltant programme de vie ainsi formulé par le général Maxime Weygand : « Je me suis fixé une discipline : servir ».
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Jean-Pierre Maugendre