C. F. Ramuz, La guêpine, 153 pages – 20€
La citation de Michel Audiard est bien connue et n’a rien perdu de son actualité : « On est gouvernés par des lascars qui fixent le prix de la betterave et qui ne sauraient pas faire pousser des radis ». En d’autres termes, les réflexions sur la nature et une partie des préoccupations écologiques sont en réalité portées par des populations urbaines qui vivent sur le schéma d’une nature fantasmée, ce dont l’actualité se fait régulièrement l’écho narrant les difficultés des néo ruraux découvrant qu’à la campagne les coqs chantent au lever du soleil et que les porcs produisent du lisier malodorant.
Ce reproche ne saurait être fait à Charles Ferdinand Ramuz (1878-1947). Ses « Ecrits sur la nature » sont le fruit d’une réflexion, voire d’une contemplation, longuement mûrie sur les rives du lac Léman dont il ne s’éloigna guère. Ce florilège de textes (journal, articles, essais, poésies, récits) écrits entre 1897 et 1943 manifeste le véritable culte que notre auteur, et les populations paysannes du pays de Vaud, semblent vouer à la nature. Il parle à cet égard de « naturisme », ce qui n’est pas ce qu’un vain peuple croit trop souvent. La nature selon Ramuz : « ce qui existe indépendamment de l’homme, tout ce qui dans l’univers subsiste sans son concours et l’ignore ou qu’il ignore » est résolument anti moderne. En effet la nature impose à l’homme traditionnel la connaissance de ses limites et une forme de résignation alors que l’homme moderne refuse tout frein à ses désirs et s’avère néanmoins un éternel insatisfait alors que ses besoins, essentiellement matériels, n’ont jamais été autant assouvis. Dès 1933 Ramuz dénonce ceux qui ne voient dans la nature qu’un réservoir de matières premières et annonce, en 1935, un « terrible retour de manivelle ». Enfin aux doux rêveurs, héritiers de woodstock et nostalgiques du paradis perdu d’avant la venue de l’homme sur terre, notre auteur rappelle qu’ « il n’y a de paix nulle part. Voilà que le milan s’abat comme la pierre sur sa proie ; on entend le cri d’un petit oiseau qui est poursuivi par le geai. L’araignée, ici comme ailleurs tend sa toile au moucheron, à mes pieds, entre les brins d’herbe, tout est tuerie et pillage. Quant à l’homme, on ne le voit pas ». Une salutaire cure d’oxygénation et de désintoxication, dans une langue merveilleuse et parfois délicatement surannée, loin des délires de Sandrine Rousseau et autres écologistes de salon.
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Jean-Pierre Maugendre
