Ils ne savent pas ce qu’ils font – La tradition sans être tradi

Père Henry Haas et Corinne-Maria Ernotte Dumont de la Cruz – Via Romana, 188 pages, novembre 2023 – 18€

Terrifiant tableau de la vie quotidienne contemporaine dans des paroisses, a priori en Belgique, puisque le père Haas, né en 1948, est belge. S’accumulent les anecdotes cocasses ou scandaleuses, comiques ou révoltantes. Ainsi de cette dame qui de retour à sa place après la communion partage son hostie avec son chien parce que : « Dieu est venu aussi pour les animaux et je veux que mon chien vienne avec moi aussi au paradis. Je partage tout avec lui. » Ou cette intervention de la sœur de la mariée lors d’une messe de mariage qui prenant la parole dès le début de l’office exhibe alors un boulet de bagnard avec des chaînes et pérore, sans rire, sur l’image du mariage : Le bagne ! La vie de forçat !

Au-delà des multiplicités des tranches de vie ici rapportées trois éléments de synthèse semblent pouvoir être discernés.

Tout d’abord une méconnaissance complète, par les laïcs et bien des prêtres, de l’enseignement de l’Église sur les données de la foi et les exigences de la morale. Citons l’exemple de cette petite fille qui lors de sa première communion, de retour à sa place, partage l’hostie qu’elle a reçue avec ses copines. Que lui avait-on enseigné au catéchisme ? Ou ce prêtre qui conseille à un confrère, en manque de saintes huiles consacrées par l’évêque lors de la messe chrismale, de simplement prendre de l’huile de cuisine avec une petite bénédiction.

Ensuite le pouvoir aujourd’hui dans les paroisses appartient aux laïcs des différentes équipes pastorales qui préparent la messe, choisissent les lectures, prêchent, voire même pour certains annoncent : « Je suis le curé », alors qu’il s’agit, en réalité, d’une femme investie d’une charge curiale.

Toutes ces dérives ne sont, bien sûr, possibles qu’en raison de la démission voire de la trahison des clercs. Ainsi de cet évêque qui lors de sa première visite pastorale dans une paroisse se voit interdire de prêcher car : « Monseigneur, ici, les prédications sont toujours assurées par une équipe qui prépare les homélies. C’est nous qui prêchons. » Et l’évêque de répondre : « J’avoue quand même que cela m’étonne mais comme l’humilité est une qualité chrétienne (…) je m’effacerai. »

L’auteur déplore tout ces faits mais, en réalité, malgré son évidente bonne volonté pastorale, ne propose aucune solution et participe à la débâcle générale en prônant une sorte de réforme liturgique permanente et en insistant régulièrement, pour ce faire, sur l’importance des liturgies et des initiatives qui doivent être festives, originales et créatrices. L’ambiance au pied de la croix, au sommet du Golgotha, n’était vraisemblablement ni festive ni créatrice ! Le leitmlotiv est de résoudre les difficultés par « l’amour, la tolérance et la compréhension », ce qui est peut-être un peu naïf. Est-ce l’attitude qu’a eu le Christ chassant les marchands du temple ?

À ce tableau déjà fort sombre manquent cependant deux éléments pourtant bien connus. Tout d’abord le nombre non négligeable de « relations inappropriées » entretenues par certains prêtres avec quelques ouailles, féminines dans le cas le plus favorable. Ensuite les difficultés posées par l’insertion en Europe de prêtres d’origine africaine dans un milieu culturel qui leur est étranger.

Il y a quelque chose de pathétique dans cette description d’une Église qui ne peut, sous cette forme, que disparaître. D’ailleurs à quoi sert l’Église lorsque l’auteur, ingénument, rapporte ce « qu’un Monseigneur bien vu à Rome lui glissa un jour dans l’oreille : « Entre ce que l’Église et ta conscience te disent, suis toujours ta conscience… » ? Le témoignage du père Haas suscite tristesse et compassion et confirme, s’il en était besoin, qu’il est bien difficile, voire impossible, de défendre la Tradition sans être tradi.

___________________________________________

Jean-Pierre Maugendre