À propos du Motu Proprio Summorum Pontificum

Une synthèse épiscopale affligeante, partiale, incomplète et menaçante

En avril 2020 la Congrégation pour la doctrine de la foi a adressé à tous les évêques du monde un ensemble de questions à propos de l’application, dans leur diocèse, du Motu Proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI, libérant la célébration de la messe traditionnelle. Il était demandé aux évêques de renvoyer leurs réponses directement à la Congrégation. Pour une raison inconnue, la Conférence des évêques de France vient de publier une « Synthèse » des résultats de cette consultation. Le procédé apparaît, ainsi, pour le moins curieux, certains diocèses ayant envoyé leurs réponses directement à Rome ou n’ayant pas répondu à la CEF.                                         

Ces neuf questions s’efforcent de faire, en dix pages, le point sur l’application du Motu Proprio dans chaque diocèse.

Un texte au français approximatif

Avant d’analyser, sur le fond, ce texte, d’ailleurs anonyme, puisqu’il n’est signé par aucun évêque le lecteur est d’abord stupéfait par la médiocrité de la rédaction et le nombre de fautes d’orthographe et de syntaxe qui le parsèment.                                                                                                                     

L’évêque de Nîmes ne souhaite pas érigée (sic) 

Beaume (sic) pour ceux qui avaient été blessés

Etudes des constitutions dogmatiques et pastorale (sic) de Vatican II, etc.

Il fut un temps où les évêques de France écrivaient et pensaient comme Bossuet. Aujourd’hui on en serait plutôt au niveau du Petit Nicolas !

Une analyse partiale

Toute étude souhaitant être objective et sereine demande de la part de son auteur un minimum d’empathie avec son sujet, voire de bienveillance vis-à-vis de son interlocuteur. Est-ce l’état d’esprit de ce document ? On peut en douter. Ainsi, concernant les souhaits des fidèles à propos de l’assistance à la Forme Extraordinaire du Rite Romain (FERR) il n’est jamais question de « demande » mais toujours de « pression ». La FERR est, quant à elle, qualifiée de « forme scrupuleuse » !                                                  

Les aspects négatifs, extraits des verbatims épiscopaux, l’emportent, largement, sur les aspects positifs. Un certain nombre des aspects négatifs laissent d’ailleurs pantois et s’apparentent plus à des jugements de valeur qu’à des faits précis :

« pauvreté des prédications » – on serait curieux de savoir combien d’évêques ont écouté combien de prédications,

« l’Esprit- Saint est peu mentionné », – quel est le quota à respecter ? –

« accès limité à la parole de Dieu », – merci de nous expliquer –

« faible dimension missionnaire ». Entendre un évêque de France, par sa fonction plus ou moins solidaire d’une pastorale qui, en l’espace de deux générations, a vu la pratique dominicale passer de 25% à moins de 1,8% de la population faire des leçons d’esprit missionnaire est, pour le moins, déconcertant.

Cela alors que « en même temps » la synthèse note la présence aux célébrations selon la FERR de « jeunes familles nombreuses », « d’une jeunesse fragile et identitaire » et un « réel engouement notamment chez les jeunes ».  La synthèse, loin de se réjouir de cet état de fait laisse poindre un zeste de jalousie, voire d’amertume.

Les chiffres avancés par cette synthèse : entre 1100 et 1300 pratiquants pour la FERR à Paris, 5500 dans le diocèse de Versailles, des assemblées moyennes entre 20 et 70 personnes ne peuvent que faire sourire ceux qui connaissent la réalité de la fréquentation de ces lieux de culte.

D’un point de vue doctrinal, certaines affirmations surprennent. Il est plusieurs fois fait mention, avec ou sans guillemets, d’« Eglise conciliaire » ou d’ «enseignement conciliaire ». L’expression, employée en juin 1976, dans un courrier, de Mgr Benelli, substitut de la Secrétairerie d’Etat à Mgr Lefebvre avait suscité l’indignation du fondateur de la Fraternité Saint Pie X qui, quant à lui, ne souhaitait appartenir qu’à l’Eglise catholique. Concernant la FSSPX il est noté que « lorsqu’un lieu tenu par la FSSPX se trouve à proximité, (d’un lieu reconnu pour la célébration de la FERR) il n’y a pas de flux notable de retour à l’Eglise catholique ». Ce qui signifie, en particulier contre toutes les mesures récentes du pape François, que pour cet évêque la FSSPX serait hors de l’Eglise. Mystérieusement là, il n’est plus question de rejoindre l’Eglise conciliaire mais l’Eglise catholique.  Il est également frappant de noter que dans les aspects positifs il y a bien, sans surprise, « évite quelques départs vers la FSSPX » mais pas : « permet le retour à l’église de fidèles qui l’avaient abandonnée en raison des réformes ».

Les « points d’attention », débouchent sur deux consignes très concrètes :    

  • « Être vigilant à ne pas étendre la FERR ».    
  • « Revenir sur l’usage exclusif de la FERR ». Il s’agit là d’interdire que célèbrent la FERR des prêtres qui ne célèbrent pas, également, la messe selon le nouvel ordo.      

Des informations incomplètes 

On se serait attendu dans ce document de synthèse à ce que soient, également, pris en compte deux éléments qui, s’ils dépassent le cadre d’un simple diocèse, n’en sont pas moins constitutifs de l’état de la question du Motu Proprio Summorum Pontificum en France. Tout d’abord, le poids des prêtres français ordonnés selon la FERR par rapport au total des ordinations en France. Les traditionalistes qui représentent, globalement, 6% des catholiques pratiquants en France fournissent environ 15% des ordinations, avec un taux de vocations sensiblement égal à ce qu’il était parmi les pratiquants avant le Concile. Qu’inspire ce fait à nos épiscopes ? D’autre part, le pèlerinage de Pentecôte organisé par l’association Notre-Dame de Chrétienté de Notre-Dame de Paris à Notre-Dame de Chartres est certainement, à ce jour, le pèlerinage le plus nombreux et le plus jeune de France. Or la célébration de la messe y est exclusivement selon la FERR. Quelles réflexions inspire cet autre fait ?

Des menaces ?

La dernière ligne de cette synthèse observe : « L’application de cette lettre pose ultimement des questions ecclésiologiques plus que liturgiques ». Nous ajouterions volontiers : des questions doctrinales, également. Dans un article remarqué le chroniqueur religieux du Figaro Jean-Marie Guénois notait, à propos des débats sur la communion dans la main, l’existence, dans l’Eglise, « d’une foi catholique théologiquement divergente ». Tout au long de cette synthèse est revenu comme un leitmotiv l’affirmation : « Un monde à part, une église parallèle se dessine ». Ce qui est certain, c’est que les nombreux laïcs, qui ont trouvé dans la FERR la réponse à leurs aspirations surnaturelles et à leur volonté de vivre et de transmettre simplement leur foi catholique, ne peuvent que se sentir incompris et méprisés par la présente synthèse, alors qu’ils ne demandent qu’à, paisiblement, sans aucun esprit de revanche, faire « l’expérience de la Tradition ». Malheureusement certains, dont le bilan apostolique et ecclésial, inciterait à un peu de modestie- alors que 30% des diocèses seraient au bord du dépôt de bilan financier-, semblent, par idéologie, refuser de répondre à cette « attente des fidèles » qu’il ne faudrait pas confondre avec « un besoin pastoral » ! A cet égard, l’insistance à vouloir privilégier pour la célébration de la FERR les prêtres qui célèbrent également selon le nouvel ordo, au détriment des prêtres qui ne célèbrent que selon l’ordo traditionnel, n’est certainement pas anodine.

Il semble que le combat pour la célébration de ce qui fut, en même temps, la messe de la Tradition de l’Eglise et, selon l’expression de Jean Madiran, « La messe interdite », ne soit pas achevé. Peut-être y aurait-il d’ailleurs, pour nos évêques, d’autres priorités, pour assurer le renouveau de l’Eglise de France, que de chercher à limiter, par tous les moyens, le développement de la célébration de la messe selon la FERR ? Chaque époque a les croisades qu’elle mérite. Celle-ci est à la fois pitoyable et vouée à l’échec, comme l’ont démontré toutes les récentes études sur le « catholicisme observant ».

  Jean-Pierre Maugendre 

6 réponses

  1. Salutations dans Le Seigneur !

    L’Église conciliaire issue Vatican II et les puissances occulto-financiers mondiaux ne font plus qu’un pour détruire l’héritage des Apôtres !
    …Quand à l’Église de France, comme en Allemagne notamment mais pas seulement, elle n’est plus qu’une “nouvelle” SECTE, mélange d’ONG, de Protestantisme, de Franc-maçonnerie et de New-Age ! … l’appeller encore l’Église CATHOLIQUE est un blasphème, une insulte et, en un certain sens et même dans un sens certain, un péché contre l’Esprit Saint de la part de ceux qui la soutiennent volontairement et en connaissance de cause !

    Il n’y a qu’à voir la différence des rituels d’ordination des prêtres, des consécrations des évêques, du baptême (quasi sans exorcisme), de la confirmation et de l’extrême-onction, sans parler de la Sainte Messe, entre l’Église d’avant Vatican II et après, pour s’apercevoir que cette “Église” vaticane et aujourd’hui bergolienne n’est plus habité par l’Esprit Saint.. que ses prêtres et ses évêques ne sont que des figures, des corps morts et sans Esprit, les rendant totalement inopérants dans leur mission !
    Pitoyable et triste situation…mais les masques tombent de plus en plus et les fidèles sont de moins en moins dupes de tout ceci !
    Prions pour ces évêques et cette “Église” en faisant tout le contraire de ce qu’elle nous dit et nous serons vraiment sur le chemin de La Vie et de La Vérité du Christ !
    Isaac

  2. Pour ces évêques, le seul intérêt de Summorum Pontificum eût été de marginaliser un peu plus la FSSPX qu’ils considèrent comme en dehors de l’Eglise catholique. Pourtant, Mgr d’Ornellas déplore que son prêtre, désigné pour un mariage FSSPX, ait été éconduit. Faudrait savoir …

  3. Bonjour à tous
    Le document “utile” ne fait que 10 pages
    Le reste, c’est le motu proprio, le questionnaire de Rome, l’annonce de l’enquête et autres documents publics

  4. Vous avez tout à fait raison. J’ai également était très surpris que la pagination annonce un document de 24 pages et que uniquement 10 soient disponibles.

    1. la réponse est pourtant simple, non content de méconnaitre l’orthographe ( un peu de latin leur ferait du bien ), ils ne savent pas non plus compter…
      CQFD

  5. Personne, semble-t-il, n’aura remarqué que ce document non signé de 10 pages (sur 24 apparemment prévues) n’est publié ni sur le site de la CEF, ni sur aucun autre site officiel de l’Église “qui est en France “… N’étant pas non plus dénoncé par les autorités épiscopales comme un faux ou une fuite non autorisée, on se perd en conjectures sur l’objectif visé : une lâche tentative de dénigrement , d’intimidation, voire de manipulation ?
    Une chose est sûre : majoritairement, l’épiscopat français n’en sort pas grandi … et, paradoxalement, nous conforte dans nos convictions “tradies” et notre opposition résolue à leur “liturgie” infantilisante et à leur “pastorale” bureaucratique, mondaine et, en définitive, “déchristianisante” …

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