Malgré une Église en ruine, l’inéluctable Renaissance catholique

Chers amis de l’hygiène de l’âme,

Bien chers universitaires,

Dans cette abbatiale de verdure, ouverte aux quatre vents du réconfort divin, comment ne pas voir une allégorie de l’Eglise elle-même ?

Au milieu de ruines séculaires, en ce petit matin dominical – cet ultime dimanche du mois d’août qui clôt un été ecclésial, pénible et douloureux – voici que des enfants prient, des hommes abîmés par le poids des ans plient leurs genoux sur un sol trop dur, des familles joignent les mains et l’assistance se tait devant un Dieu qui descend sur un autel de fortune.

« Dans le cœur de l’Eglise, ma Mère, je serai l’amour »

Ni révoltés. Ni excités. Ni désabusés. Nous ne sommes pas habités par la conviction trompeuse que nous serions les meilleurs. Mais nous savons, par la Foi, que nous avons reçu le meilleur. Débiteurs insolvables, nous savons la mission qui est la nôtre. Nous savons l’urgence de transmettre le feu reçu et nous prions Dieu ne pas en altérer la flamme.

Avec Paul Valéry, nous avions appris que les civilisations étaient mortelles. Voici désormais qu’avec cette 29ème université d’été, nous découvrons comment une religion nouvelle peut naître : l’écolo-hygiénisme. Rien que son nom donne envie de l’embrasser ! Ce que la chrétienté avait construit de meilleur depuis deux millénaires se trouve sinon balayé au moins remis en cause.

Les chefs d’œuvre et le génie du christianisme ? On les retrouve en tout. En littérature, de la légende arthurienne à l’amour flamboyant, parce qu’oblatif, de Rodrigue pour sa Chimène. En peinture, des Christ grossiers, et pourtant si touchants, que l’on découvre au hasard des retables de chapelles de montagne aux tableaux colorés dont les basiliques romaines sont ivres. En musique, du bouleversant Misere d’Allegri aux complaintes religieuses des marins bretons exilés sur leur terre-neuvas. En convivialité, de la gastronomie au vêtement, du festin de Babeth au casoar du Saint-Cyrien. Dans la façon d’être, de penser, d’organiser la cité, des hôtels-Dieu aux écoles bénédictines en passant par saint Louis rendant la justice sous son chêne. Dans la manière de vivre nos relations, de la place de la femme au rôle de la virilité, des femmes fortes au pied de la Croix à l’amour courtois conjugué à la galanterie française. Dans le rapport enfin à la nature et à la création, du cantique de saint François à la petite Bernadette qui chante ses collines et sa grotte.

Vous pensiez devoir défendre le beau ? Le vrai ? Le bien ? Remisez donc ce triptyque au placard. Avec l’écolo-hygiénisme, finies les permanences éternelles, place désormais au développement durable ! Vous aviez appris l’audace de la charité. Remettez-la au fond de votre poche, elle est priée de s’effacer devant les gestes barrières. Dans cette nouvelle religion, la perpétuation de la civilisation importe peu. C’est la protection de l’environnement qui compte dorénavant. Du reste, sans que l’on perçoive très bien de quel environnement il s’agit. Celui qui saccage la ville lumière ? Celui qui ensauvage les quartiers ou avilit la jeunesse ? Ou celui qui a permis à la France de devenir la mère des armes, des arts ou des lois ?

Révolu aussi le courage d’une vérité qui rend libre et d’une fidélité qui maintient, bienvenue dans le monde du mensonge éhonté et des revirements en tout genre. La santé est leur Dieu et les carabins sont leurs prophètes. Le vaccin, leur baptême : l’unique moyen d’être sauvé. Ecoutez chers amis de l’hygiène de l’âme, écoutez les dix commandements de l’hygiénisme matériel, intégral, terre à terre et sans saveur. Leur décalogue pourrait se décliner ainsi : 1) Ecoutez-nous. 2) Restez chez vous. 3) Protégez-vous. 4) Confinez-vous. 5) Ecrasez-vous. 6) Faîtes gaffe à vous. 7) Vaccinez-vous. 8) Revaccinez-vous. 9) Remerciez-nous. 10) Soyez fiers de vous. Avouons-le, quelle piteuse litanie subissons-nous depuis des mois.

On l’aura compris, leur religion est inverse. Elle culpabilise, divise et centre sur soi. Au lieu d’intégrer, elle sépare. Au lieu d’élever, elle somme de ne point trop réfléchir. Au lieu de faire montre d’une certaine cohérence, elle oblige à une confiance aveugle. Elle cherche à faire des désirs de notre pauvre chair blessée, si bien décrite par saint Paul dans son épître, l’alpha et l’oméga. Or, dans l’évangile de ce 14ème dimanche après la Pentecôte, que nous répondent les paroles du Christ, unique rédempteur des hommes ? « Ne vous inquiétez pas de votre vie », « La vie n’est-elle pas plus que la nourriture », l’argent ou… la santé ? « Que sert à l’homme de gagner l’univers s’il vient à perdre son âme ? » Oui, très chers fidèles de l’Eglise : que sert à l’âme de s’empêcher, de s’enfermer, quand le Christ nous invite à aller au large, à avancer en eaux profondes !

Et maintenant ? Applaudir des conférences de qualité parce qu’elles exposent, de façon pédagogique et construite, la complexité du monde qui nous entoure, n’est pas suffisant. Elles ont certes l’agréable mérite de nous faire sentir intelligents, mais est-ce vraiment le sujet ?

L’adhésion au Christ et à son Eglise – la sequela Christi si chère aux auteurs spirituels – nous presse de rendre à Dieu ce qui lui est dû. Cette vertu porte le joli nom de “vertu de religion”. Rendre à Dieu ce qui lui est dû consiste d’abord à faire œuvre d’une bonne hygiène intérieure en correspondant au dessein qu’Il a sur nous. Pourquoi Dieu nous a-t-il créés ? Tous, vous connaissez la réponse – limpide, synthétique, ramassée et sublime – du catéchisme : « Dieu nous a créés pour que nous puissions Le connaître, L’aimer et Le servir ».

Le connaître. Un travail qui met en branle nos deux grandes facultés humaines : l’intelligence et la volonté. L’intelligence pour saisir. La volonté pour rester attaché. En fréquentant assidument les grandes vérités de la Foi, la connaissance progressive de Dieu, illuminée par sa grâce, affermit notre âme. Pour avancer sûrement dans cette connaissance, encore faut-il mettre chaque pas, chaque avancée, chaque développement en perspective et en relation avec la grande Tradition de l’Eglise et son enseignement constant. Cette quille indispensable garantira seule l’équilibre de notre croisière spirituelle et de notre croissance intérieure. Elle évitera les éventuels coups de barre qui font chavirer sans prévenir.

L’aimer. L’aimer parce qu’Il est infiniment aimable. Parce qu’Il s’est incarné, qu’Il s’est consumé et qu’Il s’est sacrifié pour que nous ayons la vie. Et même plus : pour que nous l’ayons en abondance. Car lorsque Dieu se communique, Il ne tient pas de comptes d’apothicaire. L’aimer, oui. Mais l’aimer jusqu’au bout. Dans les joies et les peines, les soucis comme les défis.

Si la connaissance précède l’amour, l’amour quant à lui réclame toujours des preuves d’amour. Connaître et aimer Dieu, irrésistiblement, nous conduit à le servir. Le servir en défendant le bon sens évangélique contre les aveuglements du progressisme. Le servir en contribuant à bâtir des espaces de paix et de sociabilité impérés par l’évangile plutôt que de jouer aux apôtres d’un vivre-ensemble illusoire dicté par une idéologie hors-sol.

Méfions-nous cependant d’une certaine passion eschatologique, celle de l’ultime combat, du choc des titans dont nous serions, bien évidemment, les acteurs intrépides et solides… Derrière la tentation du panache peut se cacher une pointe d’orgueil qui, à lui seul, est en mesure de pourrir le fruit tout entier. On se méprendrait en prenant le moyen pour la fin. Affirmer que notre but présent, notre objectif premier, consiste à défendre une civilisation chrétienne mutilée reste une vérité incomplète. Ce qui importe n’est pas tant de défendre une civilisation en soi, que de la protéger et la nourrir parce qu’elle représente justement l’un des grands moyens propres à nous faire atteindre notre fin : retrouver Dieu dans l’éternité bienheureuse du Ciel.

Tout à l’heure dans son Évangile, Saint Jean nous prévenait : « Soyez sans inquiétude ! » Alors, chers amis universitaires, faisons confiance à son regard d’aigle : oui, « Cherchons d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste nous sera donné par surcroît ! ». Et pas n’importe quel reste ! Un reste qui n’a rien d’accessoire : la victoire du Christ sur les ténèbres de notre temps.

Ainsi soit-il !

Sermon du dimanche, 29ème Université d’été

 

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