La communauté Saint Martin et la réforme liturgique

A l’occasion de l’anniversaire de la promulgation du Motu Proprio Traditionis custodes, le 16 juillet2021, l’hebdomadaire Famille Chrétienne revient sur le fond de la question liturgique en rediffusant un entretien déjà paru le 15 octobre dernier avec un prêtre de la Communauté Saint Martin, Don Thomas Diradourian, professeur de liturgie au séminaire d’Evron. Celui-ci se joint, a priori sans états d’âme, à la curée pontificale et épiscopale contre les fidèles et les prêtres attachés à la célébration de la messe traditionnelle. Outre qu’il n’est guère élégant de tirer sur une ambulance, il est, de plus, parfaitement stupide de croire que l’entreprise, en cours, de rupture avec la Tradition de l’Eglise, accélérée par le pontificat du pape François, se cantonnera aux questions liturgiques. Après le tour des communautés fidèles à la liturgie traditionnelle viendra celui des institutions simplement fidèles à l’enseignement de Saint Thomas d’Aquin. Hodie mihi. Cras tibi. Aujourd’hui c’est moi. Demain ce sera vous. Comme si donner des gages à la Révolution n’avait jamais entravé sa progression !

Le devoir d’adhérer à la messe de Paul VI

Le titre de l’entretien a le mérite de la clarté : « Tout catholique a le devoir d’adhérer à la messe de Paul VI ». On se demande d’abord dans ce contexte ce que signifie le verbe adhérer : « Tenir fortement à une chose » nous dit le Larousse : le papier peint doit bien adhérer au mur… Sont ainsi exclus de la communion catholique, par arrêt martiniste, les cardinaux, les évêques, les prêtres, les fidèles a minima circonspects sur certains aspects de la réforme liturgique et pour cela attachés, à des degrés divers, à la liturgie traditionnelle de l’Eglise. Une telle prétention laisse pantois quand on se remémore la force des propos de Saint Pie V promulguant par la bulle Quo Primum, en 1570, la messe restaurée par le concile de Trente : « Qu’absolument personne, donc, ne puisse déroger à cette page qui exprime Notre permission, Notre décision, Notre commandement, Notre précepte, Notre concession, Notre indult, Notre décret et Notre intervention, ou n’ose aller à l’encontre de ces dispositions. Si, cependant, quelqu’un se permettait une telle altération qu’il sache qu’il encourrait l’indignation de Dieu Tout-Puissant. » Benoît XVI avait pris acte de la puissance de ce texte en affirmant dans le Motu Proprio Summorum Pontificum du 7 juillet 2007 : « Le missel romain promulgué par le bienheureuxJean XXIII en 1962 n’a jamais été abrogé ». Le Motu proprio du pape François Traditionis Custodes du 16 juillet 2021 n’a rien changé à cet état, canonique, de fait. 

Devant la violence de l’injonction « devoir d’adhérer » le lecteur s’attend à une argumentation serrée, taillant en pièce toutes les objections et mettant en valeur les nombreux bienfaits de la réforme liturgique. Las, le seul argument retenu est celui d’autorité : « Refuser son obéissance filiale et docile à la discipline liturgique de l’Eglise n’est-ce pas contester à celle-ci sa qualité de mère et d’éducatrice ? » Nous n’en saurons pas plus. Les objections doctrinales présentées à Paul VI le 3 septembre 1969 et formulées dans le Bref Examen critique du Nouvel Ordo Missae : « Le NOM s’éloigne de manière impressionnante dans l’ensemble comme dans le détail de la théologie catholique de la sainte messe telle qu’elle a été formulée à la XXIIème session du concile de Trente. » ne sont ni réfutées ni même mentionnées. Le lecteur ignorera aussi ce que peut signifier dans « l’obéissance filiale et docile » le fait que l’on en soit, en cinquante années, à la troisième traduction du Notre Père ainsi que les allers et retours sur la traduction de « consustantialem » par de même nature ou consubstantiel. Circulez. Il n’y a rien à voir. Chez ces gens-là, on ne pense pas… Ce refus de tout débat doctrinal est, en soi, terrifiant.

Don Thomas note, par ailleurs, justement : « Une autre nouveauté qui fit couler beaucoup d’encre consista dans la réécriture de l’offertoire, substituant aux prières héritées du Moyen-Age des bénédictions inspirées de la liturgie juive ». Il s’agissait, nous dit-on, de « simplifier les prières sacerdotales ». Le résultat ne fut pas une simplification mais la disparition complète, dans les prières de l’Offertoire, de toute référence au sacrifice du Christ et à la Sainte Trinité ce qui n’est somme toute pas surprenant dans une bénédiction de repas juif. Notons à ce propos, et notre professeur de liturgie le sait certainement, que l’offertoire dominicain, sensiblement plus bref que l’offertoire romain, fait lui référence au sacrifice du Christ et à la Sainte-Trinité dans l’admirable prière : Suscipe sancta trinitas : Recevez, Sainte Trinité, cette oblation que je vous offre en mémoire de la passion de Notre-Seigneur Jésus-ChristLe débat qui devrait être doctrinal est renvoyé à des considérations historiques : Préférez-vous le Moyen-Age ou la période pré chrétienne ?

Rupture ou continuité ?

Quant à présenter, à la suite du cardinal Frings, archevêque de Cologne, le schéma préparatoire à la constitution sur la liturgie « comme le testament du pape Pie XII », mis en œuvre, « un héritage à consolider » il faut oser. En effet Pie XII écrit, par exemple, dans Mediator Dei, encyclique du 20 novembre 1947, sur la divine liturgie : « Ce serait sortir de la voie droite de vouloir rendre à l’autel sa forme primitive de table, de vouloir supprimer radicalement des couleurs liturgiques le noir, d’exclure des temples les images saintes et les statues ». Sont ainsi dénoncées une partie des mesures que mettra en œuvre la réforme liturgique dans ses injonctions officielles et pas uniquement en raison « du contexte ecclésial troublé, voire anarchique » auquel Don Thomas attribue l’impossibilité d’une « réception apaisée » de la réforme.

Prudemment notre auteur n’aborde pas les conséquences de la réforme liturgique. Il n’est fait nulle mention de l’effondrement de la pratique religieuse : de 25% de la population en 1965, à moins de 2% aujourd’hui. S’agit-il d’une simple concomitance ? Ou Don Thomas est-il adepte de la célèbre formule : « Je préfère faire signe que faire nombre » ? Notre auteur conclut sa condamnation par une conviction : « Je suis convaincu que le Missel de 2022, qui est imparfait comme toute œuvre humaine, contient en lui non seulement les formules les plus sûres de la foi de l’Eglise, mais aussi tous les trésors de la tradition de la liturgie romaine ». Nouvelle attaque cardiaque pour ceux qui sont allés jusqu’au bout de ce texte. Le Missel de 2022, version actualisée de celui de 1969, ne contiendrait pas seulement des « formules sûres de la foi de l’Eglise » mais « les plus sûres ». Comment alors expliquer le constat de Guillaume Cuchet dans son ouvrage : « Le catholicisme a-t-il encore un avenir en France ? » : « Les milieux qui ont joué le plus franchement et avec le plus d’enthousiasme le jeu de l’ouverture sont aussi ceux qui ont connu, paradoxalement, les plus faibles taux de conservation et de transmission de la foi ». Qui croira, là encore, à une simple concomitance alors que la sentence évangélique nous rappelle : « Tout bon arbre donne de bons fruits, tandis que le mauvais arbre donne de mauvais fruits (…) Tout arbre qui ne donne pas de bons fruits est coupé et jeté au feu. C’est donc à leurs fruits que vous les reconnaitrez » (Mat VII, 18-20).

Conclusion

A bien des égards, ce texte de circonstance, au-delà de son caractère injurieux à l’égard des catholiques attachés à la liturgie traditionnelle de l’Eglise, est d’abord profondément affligeant.

  • Affligeant par son refus de tout débat doctrinal de fond.
  • Affligeant par la seule référence, dans le raisonnement, à l’argument d’autorité.
  • Affligeant par le refus de regarder la réalité en face : les fruits désastreux de la réforme liturgique.
  • Affligeant par les tensions qu’il va créer dans les diocèses entre les prêtres de la communauté Saint Martin et ceux des communautés ex-Ecclesia Dei, immergés dans des presbyteriums acquis, en bonne part, aux propositions, parfaitement hétérodoxes, issues des synodes diocésains.
  • Affligeant enfin par la naïveté dont il est l’expression, son auteur espérant, peut-être, se concilier la bienveillance des autorités de l’Eglise par une surenchère légitimiste et la dénonciation à la vindicte ecclésiastique des familles qui sont, aussi, celles de nombreux prêtres et séminaristes de la Communauté Saint Martin. L’institution fondée par Mgr Guérin ne sort guère grandie de ce triste épisode et de ce débat manqué.

                                                     Jean-Pierre Maugendre

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Je soutiens RC

6 réponses

  1. Il est proprement ahurissant que presque personne ne souligne ce qui suit : pendant que les uns continuent à se focaliser en faveur de la liturgie ante-montinienne, pendant que les autres continuent à se polariser en faveur de la liturgie montinienne, les erreurs du Concile et de l’après-Concile continuent à cheminer à l’intérieur d’un christianisme catholique contemporain qui est de moins en moins doctrinalement et pastoralement catholique et de plus en plus culturellement et sociétalement contemporain, compte tenu de son ralliement ou de sa soumission à bien des idées et à bien des valeurs conquérantes ou dominantes d’aujourd’hui, comme en témoigne l’inclusivisme, périphériste ad extra et synodaliste ad intra.

    En l’occurrence, les erreurs du Concile et de l’après-Concile portent sur la surestimation fallacieuse et tendancieuse du potentiel de conciliation

    – entre la conception catholique et la conception libérale de la liberté religieuse,

    – entre la conception catholique et la conception agnostique des religions non chrétiennes,

    – entre la conception catholique et la conception humaniste ou onusienne des aspirations de l’homme et de l’orientation du monde de ce temps,

    – entre la conception catholique et la conception protestante libérale de la construction de l’unité entre les diverses confessions chrétiennes.

    D’où la question suivante : où en est aujourd’hui la poursuite de la critique catholique traditionnelle

    – des erreurs d’appréciation conciliaires, sur les possibilités de réconciliation de l’Eglise catholique avec les conceptions libérales, agnostiques, onusiennes et protestantes mentionnées ci-dessus,

    et

    – des erreurs d’orientation post-conciliaires, consécutives à ces erreurs d’appréciation conciliaires, mais aussi porteuses de possibilités de développement qui leur sont propres, comme dans le cas des esprits de Casablanca (1985) et d’Assise (1986) dont Jean-Paul II porte la responsabilité, et dans celui des esprits d’Abou Dhabi et d’Amazonie (2019) dont François porte la responsabilité ?

    En d’autres termes, quels théologiens et quels évêques auront le courage et la franchise de dire ouvertement ou de redire publiquement NON à l’idéologie du dialogue ad extra et du renouveau ad intra qui sévit encore plus depuis 2012-2013 que depuis 1962-1963, alors que cette idéologie ne se manifeste pas avant tout ni seulement en matière liturgique, loin de là ?

  2. M. Paulin Jeanin
    Je vous remercie de reconnaître les limites « évidentes » de la réforme liturgique. Les quelques exemples que j’ai donnés sont tirés de la doctrine luthérienne et de la réforme liturgique anglicane qui en dérive. Les pasteurs protestants ne s’y trompent pas lorsqu’ils avouent pouvoir participer à la messe de Paul VI ou pouvoir en utiliser les prières. Ainsi le luthérien Gérard Siegwalt, professeur de dogmatique à la faculté protestante de Strasbourg écrivait en 1969 : « Rien dans la messe maintenant renouvelée ne peut gêner vraiment le chrétien évangélique ».
    De plus, je n’ai jamais lu, venant des autorités romaines, une défense dogmatique de la nouvelle messe. Au contraire, Mgr Bugnini, secrétaire de la commission pour la liturgie confirmait lui-même l’intention œcuménique évidente de la réforme. Il s’agissait d’écarter « toute pierre qui pourrait constituer ne serait-ce que l’ombre d’un risque d’achoppement ou de déplaisir ». Comment dans ces conditions, accepter de participer à une cérémonie aussi affadie ?
    Vous avez raison de souligner les différences considérables dans la manière de célébrer la nouvelle messe. J’ai moi-même participé dans ma jeunesse aux célébrations de l’abbé Guérin, fondateur de la communauté St Martin. La messe était entièrement en latin, chantée en grégorien. Rien à voir évidemment avec les célébrations en langue vernaculaire, accompagnées de guitares, danses et lectures profanes qui ne sont jamais condamnées.
    Mais c’était déjà trop pour l’archevêque de Paris, Mgr Marty. Manifestement, le problème n’était pas une question de rit ou de latin, mais d’esprit. L’abbé Guérin a dû se réfugier à Gênes pour continuer son apostolat. On peut donc, à juste titre, s’inquiéter comme le fait Jean Pierre Maugendre sur ce qui attend la communauté St Martin, lorsque le problème de la messe traditionnelle sera réglé. Chaque chose en son temps : ‘Hodie mihi. Cras tibi ».
    Quant à l’obéissance due aux hommes d’Eglise, problème qui n’est pas simple, je vous l’accorde, elle ne peut être refusée que dans le cas où ce qui est ordonné est en contradiction avec ce qui a toujours été cru par tous et en tout lieu, comme nous le rappelle saint Paul, saint Vincent de Lérins et bien d’autres.
    Le drame de l’Eglise, contaminée par le modernisme, est qu’il n’y a plus de réalité stable, de croyance objective. C’est la « tradition vivante », chère à nos ecclésiastiques, c’est-à-dire que l’interprétation (l’herméneutique) des vérités de foi doit changer en fonction de l’évolution de la mentalité humaine. Il fallait donc que le concile Vatican II soit uniquement pastoral pour que ses décisions puissent être acceptées par le monde moderne. « La vérité est que le concile lui-même n’a défini aucun dogme et a tenu à se situer à un niveau plus modeste, simplement comme un concile pastoral » (cardinal Ratzinger – 1988).
    La liturgie a donc été adaptée en conséquence avec tous les excès que l’on constate depuis cinquante ans. Il est certainement légitime de s’écarter d’un rit où toutes les affirmations proprement catholiques ont été volontairement gommées pour complaire aux disciples de Luther, « un des plus grands génies religieux de toute l’histoire » pour le père Congar (cité par Henri Fesquet dans le Monde du 29 mars 1975).
    Il ne s’agit donc pas de se référer à sa propre autorité comme les protestants, ou de rejeter la hiérarchie comme les sédévacantistes, mais de ne pas errer « à tout vent de doctrine » en s’appuyant sur le sacrifice de la messe traditionnelle restaurée par saint Pie V selon la volonté du concile de Trente ; concile dogmatique, lui.
    Je ne suis pas théologien mais quand je constate la proximité du rit de Paul VI avec la cène anglicane, quand je vois que des convertis de l’anglicanisme dont un pasteur devenu prêtre (que j’ai connu), font la même analyse, alors c’est clair, même si cette messe est valide, pour moi elle ne peut pas objectivement plaire à Dieu. On juge l’arbre à ses fruits.

  3. Je suis étonné d’un tel article de la part de ce prêtre mais pas totalement surpris.
    En effet, j’ai pu constater ces dernières années par deux fois une forme « d’abandon » de la tradition par certains prêtres de la Communauté Saint-Martin.
    Une fois à Paris et une autre fois dans le sud de la France.
    A Paris : pas une trace de latin et pas d’encens durant la Sainte-Messe du Dimanche…
    Dans le sud du pays : pas mieux et surtout voir le curé de la paroisse desservie par la CSM rigoler ouvertement durant la procession d’entrée de la Messe du jeudi Saint, notamment avec son jeune cérémoniaire qui lui raconte visiblement une blague… ça fait mal !
    Où est passée la tradition de la Communauté Saint-Martin ? notamment celle transmise par son père fondateur et les premiers « prêtres-pionniers » ?
    Où sont les magnifiques messes Paul VI en grégorien et l’attachement de cette même communauté à une tradition bien marquée et affirmée ?
    C’est désolant surtout lorsque l’on a déjà pu voir l’auteur de cet article recadrer certains paroissiens après la communion car ils ne se comportaient pas correctement pour recevoir la Sainte-Hostie.
    Qu’il troque sa soutane pour le clergyman, c’est dans l’air du temps et cela lui irait aussi comme un gant…
    Soit la CSM a peur et elle cherche à se démarquer de la tradition afin d’échapper à la « chasse aux tradis » engagée il y a un an par le Saint-siège, soit il résulte une fracture réelle parmi les membres de cette communauté et dans ce cas, bonjour l’ambiance à Evron…
    Ce prêtre devrait vraiment se remettre en question et aussi revoir ses cours car pour un enseignant du séminaire de la communauté, spécialiste de la liturgie, peut mieux faire.
    Merci Monsieur Maugendre d’avoir réagi.

  4. M. de Lanty

    Je ne discuterai pas avec vous des limites de la réforme liturgique. Premièrement, parce que ce n’était pas le débat posé par l’article visé ; secondement, je vous prie de bien vouloir en prendre acte, parce que je considère moi-même qu’elles sont évidentes pour qui, en particulier, fréquente les deux formes liturgiques. Il me semble qu’après le motu proprio Summorum pontificum, beaucoup de jeunes prêtres diocésains ont pensé de même, et il est probable que cela n’a pas peu pesé dans l’esprit de certains évêques puis finalement du pape François pour mettre un terme au régime en cours.

    Je passe aussi sur le fait que dans votre référence à Luther, vous mélangez ce qui est de lui et ce qui est de la réforme liturgique, sans que l’on sache ce qui est de l’un et de l’autre, peut-être pour asseoir l’idée que c’est la même chose. Sans distinguer non plus, à l’intérieur de la réforme liturgique, ce qui relève de sa promulgation de ce qui relève de sa pratique imposée. La différence est pourtant majeure car il y a très loin, par exemple, d’une messe « nouvelle » dite à Fontgombault et d’une messe de nombre de paroisses. Cet « espace », entre les deux doit bien avoir une cause, qu’il faut pouvoir expliquer.

    Votre affirmation selon laquelle « n’avoir comme seul argument que celui d’autorité n’est pas catholique », est contestable à plusieurs égards. 1° Parce qu’en théologie, l’argument d’autorité est premier ; cela indique, je le concède, que ce n’est pas le seul mais cela souligne tout de même son poids considérable. 2° Parce qu’il y a bien des moments où l’autorité, en tous domaines, doit s’exercer par voie d’autorité, étant l’autorité, et parce que, en particulier, la question liturgique n’est pas une question livrée au débat démocratique permanent. La formule de saint Pie V, dans la Bulle si maladroitement utilisée par M. Maugendre, en est un exemple flagrant en matière liturgique. 3° Parce que l’affirmation selon laquelle « l’autorité est au service de la Vérité et non l’inverse » devient vite une pure formule rhétorique lorsqu’on se soustrait habituellement à l’autorité en matière théologique ou disciplinaire, à la manière du protestantisme que l’on dit rejeter, pour s’en remettre toujours, en définitive, à ses seules lumières. C’est là, de fait, un travers paradoxal dans lequel bien des traditionalistes tombent souvent, sans même s’en rendre compte : le libre-examen.

    Au reste, vous n’échappez pas vous-même à l’argument d’autorité, qui est toujours le même : le Bref Examen Critique, dont on a le sentiment qu’il est devenu une autorité au-dessus de l’autorité vivante, à la manière de la Bible pour les protestants à l’égard de l’autorité pontificale. Il serait intéressant de faire connaître ce que fut l’attitude des cardinaux concernés après la promulgation définitive du texte : ont-ils rejeté la réforme comme non catholique, où l’ont-ils finalement acceptée comme catholique, à la manière de Mgr Lefebvre qui, après avoir discuté fermement certains textes conciliaires les a finalement tous signés de sa main, sans exception, précisément parce qu’ils avaient reçu l’approbation du pape ? La réponse, jamais apportée, ne serait pourtant pas sans intérêt.

    Car la question de fond posée, fut-ce en des termes maladroits par le prêtre de Saint-Martin, est là : doit-on accepter la réforme liturgique comme catholique ou non, en laissant de côté le terme « adhérer », sujet à discussions inutiles ou maladroites. Elle n’appelle pas de réponses alambiquées : c’est oui, ou c’est non. Vous semblez considérer que non. Si c’est le cas, vous ne répondez finalement vous-même à la question de ce prêtre que par un argument d’autorité : la vôtre. Sauf à produire un argument tiré du sédévacantisme, vous n’expliquez pas, théologiquement, comment un catholique peut rejeter comme non-catholique une réforme liturgique promulguée par un pape légitime dans l’exercice de son autorité.

    PJ

  5. Monsieur,

    Pour prévenir toute objection sur ce point, je n’ai aucun lien avec Saint-Martin. Je suis de ceux, nombreux, qui vont ici là et j’observe que l’Église ne peut pas sortir de cette crise sans justice et charité. Une justice et une charité, par hypothèse, pratiquées des deux côtés. Votre texte, qui s’indigne avec violence d’une violence subie ; qui injurie au motif d’une injure reçue ; qui fustige un refus de débat doctrinal là où il n’apporte rien au fond et énonce même des contre-vérités, c’est-à-dire qui critique en définitive ce qu’il fait lui-même, n’y tend pas.

    Vous critiquez d’emblée l’affirmation selon laquelle « tout catholique a le devoir d’adhérer à la messe de Paul VI ». On peut gloser sur le terme adhérer. Benoît XVI l’a utilisé également pour la forme extraordinaire. L’essentiel est ceci, et c’est ce que veut dire l’auteur : tout catholique doit tenir « la messe de Paul VI » pour un rite catholique. Vous ne vous posez apparemment pas la question, pourtant fondamentale, de savoir si et pourquoi cette affirmation pourrait être vraie. Vous faites l’économie de la nature disciplinaire d’un rite liturgique et de son lien avec l’autorité du pontife qui l’a promulgué, et de son enjeu pour un catholique. Pour vous, ce n’est qu’une « prétention qui laisse pantois ». Cela, c’est de la passion pure, ce n’est pas du « débat doctrinal » ; c’est même l’évacuation passionnelle de toute doctrine.

    La conséquence que vous en tirez est du même ordre. Selon vous, ce principe conduit à « exclure » toute personne attachée d’une manière ou d’une autre à la liturgie traditionnelle. Cette conséquence est fausse. Pour le montrer, il suffit de rappeler deux faits : 1° Mgr Lefebvre a admis ce principe, il a d’ailleurs célébré la messe selon le nouveau rite, ce qui ne l’a évidemment pas conduit à tirer la conséquence que vous affirmez. 2° Benoît XVI a rappelé la nécessité de ce principe dans sa lettre d’accompagnement au motu proprio « Summorum pontificum », tout en reconnaissant le droit que vous savez à la forme extraordinaire.

    Comme de nombreuses personnes, depuis de nombreuses années, vous répétez les termes de la Bulle Quo primum, dont vous dénaturez tout aussi inlassablement le sens, en faisant croire qu’elle interdirait à un pontife ultérieur de réformer le rite promulgué. C’est une erreur grave. La formule citée, qui s’adresse aux destinataires de l’acte et non pas aux pontifes ultérieurs, auxquels s’applique en matière disciplinaire le principe traditionnel « ce que le pape a fait, le pape peut le défaire », est présente dans un très grand nombre de textes pontificaux, où elle a toujours le même sens. En particulier, elle se trouve, identiquement, dans la bulle Quod a nobis du même saint Pie V promulguant le bréviaire romain. S’il fallait suivre votre interprétation, il faudrait condamner saint Pie X pour avoir outrepassé l’interdit de toute modification qui y était formulé en réformant lui-même en 1911 ce bréviaire, y ajoutant d’ailleurs à l’occasion la même formule, ce qui conduirait Pie XII encore à la réprobation pour les réformes qu’il a lui-même introduites. Il faut arrêter avec cet argument qui ridiculise la défense des traditionalistes.

    Enfin, vous invoquez vous-même, comme beaucoup, Benoît XVI. Mais vous faites silence sur le fait que dans sa Lettre susvisée d’accompagnement à « Summorum Pontificum », il a explicitement écrit : « Il n’y a AUCUNE CONTRADICTION entre l’une et l’autre édition du Missale Romanum ». C’était là le principe de l’articulation qu’il a inventée, entre la forme ordinaire et la forme extraordinaire d’un MÊME RITE. Il en a tiré cette conséquence que tout prêtre pouvait librement célébrer la messe selon la forme extraordinaire ; mais aussi, à l’inverse, et pour la même raison, qu’aucun prêtre « adhérant » à la forme extraordinaire ne pouvait refuser, par principe, de la célébrer selon la forme ordinaire. Son expression est très forte : « EVIDEMMENT, pour vivre la pleine communion, les prêtres des communautés qui adhèrent à l’usage ancien NE PEUVENT PAS NON PLUS, par principe, exclure LA CÉLÉBRATION selon les nouveaux livres. L’exclusion totale du nouveau rite ne serait pas cohérente avec la RECONNAISSANCE DE SA VALEUR ET DE SA SAINTETÉ ».

    Ce sont, me semble-t-il – sauf à être sédévacantiste – des propos qui méritent réflexion, surtout si l’on est attaché à la vérité et à la justice. Ce qui ne plaît n’est pas nécessairement erroné ; et ce qui passionne n’est pas nécessairement vrai.

    PJ

  6. N’avoir comme seul argument que celui d’autorité n’est pas catholique. L’autorité est au service de la Vérité et non l’inverse !
    De plus, laisser croire que toute opposition au missel réformé postconciliaire n’est qu’une question de préférence personnelle, d’esthétique, d’amour du latin, de goût pour les choses anciennes, serait commettre une erreur majeure.
    Ceux qui resteraient attachés à la messe traditionnelle uniquement pour ce motif n’auraient aucune raison sérieuse de s’opposer aux décisions romaines.
    Non, c’est beaucoup plus grave, et les cardinaux Ottaviani et Bacci l’avaient signalé au pape Paul VI dès 1969 : « Le nouvel Ordo Missae […] s’éloigne de façon impressionnante, dans l’ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique de la Sainte Messe, telle qu’elle a été formulée à la XXIIe session du Concile de Trente ».
    C’est donc une question de fond qui remonte à loin.
    La messe de l’Eglise « conciliaire » (expression du cardinal Benelli) est très proche du rit imposé par les réformateurs anglais du XVIe siècle.
    Si l’on prend la peine d’étudier la doctrine luthérienne, et plus précisément la liturgie anglicane que de nombreux catholiques ont refusé d’accepter avec héroïsme au temps de la reine d’Angleterre Elizabeth 1ère, on est frappé par un grand nombre de similitudes qui ne sont pas dues au hasard :

    – Dans sa nouvelle forme, la messe est d’abord le mémorial du dernier repas du Seigneur. L’autel est donc remplacé par une table.
    – Le prêtre est avant tout un prédicateur. Etant président de l’assemblée, il doit se tourner face aux fidèles. Le caractère sacrificiel de la messe est ainsi fortement diminué, la prière personnelle plus difficile, l’assemblée n’étant plus orientée vers le Seigneur, mais vers celui qui s’exprime au nom de tous.
    – Pour Luther, la foi vient de la parole. La prédication est au-dessus des sacrements. La cène (terme protestant) doit donc être célébrée dans la langue vulgaire et le latin disparaître.
    – L’offertoire particulièrement attaqué par Luther, parce qu’exprimant clairement que la messe est un sacrifice pour la rémission des péchés, est supprimé. Il est remplacé par une préparation des offrandes tirée d’une prière juive pour la bénédiction de la table.
    – La génuflexion du prêtre entre la consécration et l’élévation disparaît. Seule est maintenue la génuflexion après l’élévation afin d’être en accord avec les protestants qui affirment que c’est la foi des fidèles qui est cause de la présence réelle et spirituelle.
    – Les trois nouvelles prières eucharistiques sont surtout remarquables par les omissions qui permettent de faire disparaître les affirmations typiquement catholiques. La Vierge Marie n’est jamais dite toujours vierge ; les mérites des saints sont ignorés ; l’enfer est entièrement passé sous silence, etc.
    – L’adoration, et même le respect dus à Dieu ne sont plus de mise. Ces comportements sont contraires à la dignité de l’homme ; encore moins prier avec humilité comme le publicain de la parabole. La communion doit être reçue debout, attitude du pharisien dans le même passage. C’est celle voulue par John Knox en Angleterre, afin d’éviter toute marque d’adoration au pain et au vin. Pour la même raison, le chrétien ne s’agenouille plus pendant la consécration, et l’action de grâce se fait en position assise. Il faut oublier que le Seigneur justifie celui qui s’humilie, se frappe la poitrine et n’ose pas lever les yeux au ciel, et que Dieu se détourne de l’homme imbu de lui-même, car « quiconque s’élève sera abaissé, et quiconque s’abaisse sera élevé » [Lc XVIII, 9 14].
    – Dans le même ordre d’idée, en français, pour traiter d’égal à égal avec Dieu, le tutoiement s’impose dans les prières qui Lui sont adressées (en anglais, le tutoiement – « thou » – est réservé à Dieu)
    – Beaucoup de formules sont ambiguës. Ainsi l’acclamation de l’assistance après la consécration : « Nous annonçons ta mort, Seigneur,… jusqu’à ce que tu viennes » au moment où précisément le Christ est présent sur l’autel. Formule qui convient mieux aux croyances protestantes. Ou cette autre acclamation, au choix, se terminant par l’expression « Viens, Seigneur Jésus » alors qu’il est déjà là !
    – Normalement, il était stipulé par Rome, que les traductions devaient suivre scrupuleusement le texte latin. Or, elles sont loin de suivre cette instruction et convergent toujours vers un affaiblissement de la foi. L’exemple le plus frappant est la traduction de l’Orate fratres traditionnel, conservé dans le texte original de la nouvelle messe. « Priez, mes frères, pour que mon sacrifice, qui est aussi le vôtre, etc. » est rendu par « Prions ensemble au moment d’offrir le sacrifice de toute l’Eglise ». C’est le sacrifice de l’Eglise offert par l’assistance. Le rôle du prêtre qui tient la place du Christ disparaît.
    – Plus grave encore la traduction en langue vernaculaire des paroles de la consécration est souvent inexacte. En particulier en anglais où le « …qui pro vobis et pro multis » est traduit par « for all », (pour tous) ce qui est faux, et en français par « pour la multitude » qui est ambiguë. S’il est vrai que le Christ a versé son sang pour le salut de tous les hommes, à la messe, il est question de la nouvelle Alliance à laquelle n’appartiennent pas tous les hommes, mais seulement beaucoup. Croire que tous les hommes sont sauvés est une hérésie. Si le prêtre comprend cette formule dans ce sens, et non que le salut est proposé à tous les hommes, alors il y a risque que la messe soit invalide.
    – La traduction de l' »Ite missa est », par « allez dans la paix du Christ », est significative de la suppression de certains termes ou expressions gênantes. Le mot « messe » trop catholique pour les protestants est supprimé. On pourrait multiplier les exemples.
    – La création du cycle de lectures sur trois ans a été justifiée par l’objectif louable de faire bénéficier les fidèles d’un plus grand nombre d’écrits bibliques. Mais lorsqu’on examine le lectionnaire des dimanches et fêtes, on constate la disparition de vingt-deux passages des évangiles contenus dans le missel traditionnel. Les textes sont souvent des versions tronquées où les paroles dures du Christ, ses menaces et ses avertissements sont éliminés afin de ne pas troubler « le confort des bonnes consciences ».
    Pour Luther, l’objectif était clair : « Quand la messe sera renversée, je pense que nous aurons renversé toute la papauté ! Car c’est sur la messe, comme sur un rocher, que s’appuie la papauté tout entière, avec ses monastères, ses évêchés, ses collèges, ses autels, ses ministères et doctrine, c’est-à-dire tout son ventre !…Tout cela s’écroulera nécessairement quand s’écroulera leur messe sacrilège et abominable ».

    Le célèbre écrivain Julien Green, assistant pour la première fois à la nouvelle messe à la télévision eut cette réflexion qui en dit plus qu’un long discours :
    « Le vieux protestant qui sommeillait en moi dans sa foi catholique se réveilla tout-à-coup devant l’évidente et absurde imposture que nous offrait l’écran et lorsque cette étrange cérémonie prit fin, je demandai simplement à ma sœur : pourquoi nous sommes-nous convertis » ?

    En effet, la statue de Luther trône désormais au Vatican.

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