In memoriam Père Bernard Lecareux (1933- 22 février 2021)

Le dernier témoin

Il était le dernier, ou presque. L’ultime témoin d’un monde irrémédiablement disparu : celui de l’Eglise d’avant Vatican II. Ordonné prêtre en 1963 pour le diocèse de Paris le père Bernard Lecareux fut aussi, et surtout, un religieux et un fondateur d’ordre. Il a rejoint, devant l’histoire et devant Dieu, les quelques religieux et religieuses qui dans la tourmente post-conciliaire maintinrent intactes les exigences de la vie religieuse dans la fidélité aux constitutions de leurs ordres et à la messe de la Tradition de l’Eglise. Citons le capucin Eugène de Villeurbanne, le bénédictin Gérard Calvet, les dominicaines Hélène Jamet (Brignoles) et Anne-Marie Simoulin (Fanjeaux), la carmélite Marie-Christiane Lefebvre, etc. qui tous, à un moment ou à un autre de leur vie, croisèrent la route de Mgr Marcel Lefebvre.

Après plusieurs années comme vicaire dans une paroisse de Suresnes celui qui n’était encore que l’abbé Bernard Lecareux fonde en 1970, dans le Berry la Fraternité de la Transfiguration. Cette communauté est dédiée à la prière pour le retour à l’unité catholique des chrétiens orthodoxes à l’école de Mgr Ghika, prélat roumain converti de l’orthodoxie et décédé en prison en mai 1954, et à l’apostolat en milieu rural. L’abbé Lecareux répond ainsi à la demande de l’abbaye bénédictine Notre-Dame de Fontgombault qui souhaite avoir comme curé du village un prêtre qui ne dira pas le contraire de ce qui sera prêché à l’abbaye. Le noyau originel de la communauté est constitué par d’anciens scouts de Suresnes qui ont suivi leur aumônier au pays des étangs et des sorciers. La communauté se développe, desservant ensuite également les paroisses d’Ingrandes, Mérigny et Sauzelles. Cependant l’orage gronde. En 1974 l’abbaye de Fontgombault, la mort dans l’âme, adopte la nouvelle messe. Le père Lecareux est d’une autre trempe. Il refuse d’abandonner de célébrer une messe qui selon le pape Benoît XVI n’avait jamais été interdite. Le père Jean-Marie, actuel supérieur de la Fraternité de la Transfiguration, rappellera ce fait dans l’homélie de la messe d’enterrement. L’argument théologique est imparable : « Je n’ai pas été ordonné au cirque Amar pour changer de programme tous les six mois ». S’ensuivent, bien sûr, les condamnations par l’archevêque de Bourges, l’abandon des cures, des paroisses, l’installation dans une ferme sur la commune de Mérigny : au Bois, le rapprochement avec la Fraternité Saint Pie X afin d’assurer les ordinations des futurs prêtres. Héritier de l’école française de spiritualité de Saint-Sulpice le père Lecareux était un don Camillo berrichon. A la différence près que le Berry est depuis longtemps un pays de mission, et non une terre de chrétienté. Haut en couleur, direct, convivial, d’une intarissable faconde, excellent prédicateur, enflammé de zèle pour le salut des âmes et la gloire de la « mère Eglise », le père Lecareux fut la tête et l’âme d’une communauté qui compte aujourd’hui 10 prêtres, 5 frères et 10 sœurs. Dans la « vigne ravagée » des années de plomb de l’Eglise de France Mérigny devint un point de rencontre, à l’hospitalité toujours discrète et généreuse, à l’ambiance familiale pour les âmes en quête de paix et de vérité. 

C’est ainsi que, dans un contexte de relations difficiles avec la Fraternité Saint Pie X, Renaissance Catholique fut accueillie à Mérigny pour sa première Université d’été dont le thème était « Une croix sur le Nouveau monde » avec les conférences de Henri Servien, Michel De Jaeghere, Jacques Heers, Philippe Conrad, Bernard Lugan, Jean Dumont, Serge de Beketch, Jean-Pierre Moreau, Thomas Molnar et l’abbé Bayot. 200 participants en 1992 sous les frondaisons de la chênaie transformée en salle de conférence. Puis 300 en 1993 pour « 1793-1993 L’envers des droits de l’homme ». Quand il ne fut plus possible de bénéficier de l’hospitalité de Mérigny le père Lecareux nous suivit dans nos pérégrinations vers Ancy-le-Franc (89), Quarré-les- Tombes (89), Avenay-Val d’or (51), etc. Pendant de nombreuses années le père Jean-Noël, un temps supérieur de la Fraternité, accompagna notre Marche de prière pour la défense de la vie qui se déroulait au mois d’octobre et aboutissait à la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre. Enfin le père Lecareux assura pendant neuf années, de janvier 2005 à avril 2014, un billet spirituel très apprécié dans notre revue : « Renaissance catholique ». C’est dire combien ce départ nous touche et nous émeut. Nous garderons du père Lecareux l’image d’un curé de campagne exigeant et chaleureux, compatissant mais ferme, cruellement blessé par la crise de l’Eglise mais animé d’une indéfectible espérance. Ce n’est pas pour rien, cependant, que la liturgie des défunts, pour les laïcs comme pour les prêtres, qualifie, dans le Dies irae, le jour du jugement de « Jour de colère et de terreur ». Face à Dieu nous avons tous besoin d’être purifiés pour, enfin, mériter de Le contempler face à face. C’est pourquoi nous assurons la communauté de la Transfiguration de nos très sincères condoléances et de nos prières ferventes pour le repos de l’âme de son fondateur. RIP.

                                                                                    Jean-Pierre Maugendre

Une réponse

  1. Remercions Dieu de nous voir donné tous ces valeureux prêtres qui refusèrent d’abandonner la foi catholique au moment du naufrage de Vatican II. Outre l’Abbé Lecareux il y eut aussi parmi les plus connus Mgr Ducaud -Bourget, l’Abbé Coache, le Père André (fondateur de l’association Noel Pinot), l’abbé Mouraux, le Père Calmel, l’abbé Dulac, le Père Marziac et bien d’autres que je ne peux tous nommer. Ces prêtres subirent de dures persécutions venant des évêques modernistes, et certains furent chassés de leur paroisse. Dans les années 70 la Fraternité St Pie X n’en n’était qu’à ses débuts.
    Ces prêtres fidèles à la Tradition préparèrent le terrain à la Fraternité St Pie X qui vint par la suite.
    Que ces saints prêtres qui sont maintenant près de Dieu -le Père Marziac est le seul survivant- intercèdent pour nous qui sommes dans cette situation si dramatique d’apostasie générale.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Pour partager cet article :

Partager sur facebook
Partager sur twitter

Nous recommandons

Archives

Prochains événements