François: le pape de la rupture

Texte de Jean-Pierre Maugendre pour Boulevard Voltaire https://www.bvoltaire.fr/francois-le-pape-de-la-rupture/

Par le motu proprio Traditionis custodes, le pape François vient de décider que le missel réformé par le pape Paul VI, en 1969, était « la seule expression de la lex credendi du rite romain ». Concrètement, la célébration de la messe traditionnelle redevient soumise à de multiples autorisations, doublées de vexations : interdiction de célébrer dans une église paroissiale, autorisation du Saint-Siège pour qu’un prêtre nouvellement ordonné puisse célébrer, etc.

La stupéfaction, l’indignation et la colère ont envahi une grande partie de l’Église. Benoît XVI, par le motu proprio de 2007 Summorum pontificum, avait rendu à la messe traditionnelle une partie de sa liberté, déclarant : « Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste grand et sacré pour nous. »

Que reproche le souverain pontife à cette messe ? De trop bien réussir ! Malgré son régime de liberté surveillée, la célébration de la messe traditionnelle ne cesse, en effet, de se développer. Les fidèles traditionalistes représentent ainsi, à ce jour, 7 à 8 % des pratiquants. Les assemblées sont jeunes, familiales et fournissent déjà globalement 20 % des ordinations sacerdotales annuelles en France. Seul hic pour les autorités romaines : ces communautés ont une appétence moyenne pour le « Saint Concile Vatican II » et la liturgie réformée. Les fruits tant espérés du concile tardant à mûrir, les fidèles traditionalistes préfèrent se rabattre sur les méthodes d’apostolat et de prières qui ont fait leurs preuves. Quant à la liturgie réformée, s’ils ont choisi la liturgie traditionnelle c’est bien parce que celle-là ne répondait pas à leurs attentes de transcendance, de sacralité, de recueillement, de mystère…

Cette décision pontificale suscite chez l’observateur la conviction qu’une rupture s’est effectivement opérée entre l’Église dite conciliaire, selon l’expression du cardinal Benelli, et celle qui la précédait. En effet, si l’Église conciliaire est la continuité naturelle et surnaturelle de celle qui l’a précédée, on ne pourrait, alors, reprocher aux personnes attachées aux formes liturgiques anciennes que d’avoir cinquante années de retard, ce qui n’est pas un drame. C’est cette conviction qui motivait la bienveillance du pape Benoît XVI, adepte de l’herméneutique de la continuité, envers la liturgie traditionnelle. En revanche, si l’Église conciliaire est, sous certains aspects, d’une nature différente de celle qui l’a précédée, le comportement du pape François est alors logique. Dans les années 70, l’intuition originelle et fondatrice de Mgr Lefebvre, fondateur de la Fraternité Saint Pie X, était : « Laissez-nous faire l’expérience de la Tradition. » Cette expérience a été menée et les bons fruits en sont observables par tous.

Que va-t-il se passer ? A priori pas grand-chose. En effet, les évêques de France ont parfaitement conscience que l’application stricte du motu proprio entraînerait immédiatement un vaste mouvement de protestation qui ne se limiterait pas à des suppliques larmoyantes mais s’incarnerait dans des manifestations devant les évêchés et des occupations d’églises. Il est d’autre part, médiatiquement, délicat de soutenir la violence, pour ne pas écrire la méchanceté, des mesures pontificales en regard des propos récurrents du Saint-Père sur la miséricorde, le pardon, l’accueil, etc., des homosexuels, des divorcés remariés, des migrants… Malgré ces épreuves, notre espérance reste surnaturelle : « Introibo ad altare dei. Ad deum qui laetificat juventutem meam » (« Je monterai à l’autel de Dieu. Le Dieu qui réjouit ma jeunesse ») (psaume introductif de la messe traditionnelle).

11 réponses

  1. Ce qui nous intéresse s’est passé dans les années 0 …à Bethlehem, à Nazareth… autour du Lac de Tibériade, au Mont des oliviers, sur la route d’Emmaüs…

  2. Les gestes et les paroles de Jésus pour instituer l’eucharistie sont courts et simples. Tout ce qui entoure ce mystère : textes, louanges, rubriques, langue est laissé à l’initiative de l’Eglise. Est-ce donc si important ?

  3. Et si «  un esprit brisé, un cœur brisé et broyé » était le signe d’une Église prête à accueillir la Volonté du Père des Cieux ?

    Et si « garder tous ces événements (incompréhensibles) dans notre cœur » permettait à la Sainte Église de voir Jésus grandir en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes ?

  4. Bonjour,

    Puisqu’il est question d’une rupture, il convient de rappeler que la rupture qui est à l’origine de toutes les autres est avant tout philosophique, et non avant tout magistérielle ou théologique, et n’émane pas avant tout d’un pape, même si, par la suite, à partir du début des années 1960, des papes ont commencé à la reprendre à leur compte.

    Dans cet ordre d’idées, depuis le début de l’apparition des conceptions et des convictions qui ont fini par conduire jusqu’au concile Vatican II, et que nous devons notamment à Maritain et à Mounier, nous sommes en présence de la vision générale

    – d’après laquelle il ne faut plus que les catholiques s’efforcent d’être avant tout orthodoxes dans leur conception de la foi, de l’espérance et de la charité, et d’être avant tout réalistes dans leurs appréciations sur les confessions chrétiennes non catholiques, les religions non chrétiennes, les aspirations de l’homme et l’orientation du monde,

    et

    – selon laquelle il faut que les catholiques s’efforcent d’être avant tout irénistes dans leur conception de la foi, de l’espérance et de la charité, et d’être avant tout utopistes dans leur conciliation démesurée avec les confessions chrétiennes non catholiques, les religions non chrétiennes, les aspirations de l’homme et l’orientation du monde.

    Par ailleurs, c’est surtout à partir de l’année 1945 que certains clercs ont commencé à réussir à faire croire que, pour des raisons “pastorales”, moins l’on est culturellement, doctrinalement, dogmatiquement, formellement, liturgiquement et moralement catholique, et plus l’on est spirituellement, pastoralement, authentiquement, vitalement, ecclésialement et socialement chrétien.

    La lecture de cet ouvrage de M. Paul VIGNERON paru en 1977, l’Histoire des crises du clergé français contemporain, est quasiment indispensable à la compréhension de ce qui se joue et de ce qui se noue, depuis le milieu du XX° siècle, non seulement en France, mais aussi dans une grande partie de l’Europe occidentale.

    La rupture est là, dès les débuts du premier avant-Concile, sous Pie XI, puis dès les débuts du second avant-Concile, sous Pie XII, et il devient urgent et vital que les catholiques s’intéressent davantage au contenu de cette rupture, sinon les clercs partisans et promoteurs de l’exploitation indéfinie des virtualités présentes en elle vont s’intéresser de plus en plus à eux, pour les obliger à adhérer au développement des répercussions de cette rupture.

    Dans le même ordre d’idées, il apparaît assez clairement que le maintien en vigueur de zones de fidélité à l’égard de la liturgie tridentine est objectivement incompatible avec le développement de ces répercussions, tel qu’il se manifeste au moyen de l’actualisation et de l’amplification de la praxis du dialogue inclusif, en direction de l’extérieur de l’Eglise, et de la praxis du renouveau synodal, en direction de l’intérieur de l’Eglise catholique.

    Sous cet angle-là, force est de constater que François a visé juste, dans la mesure où ce pape ne veut manifestement pas que les catholiques traditionnels se contentent d’accepter, en surface, chacune de ces deux praxis, et veut vraisemblablement que les catholiques traditionnels consentent à approuver l’application en profondeur des mêmes praxis, quitte à ce que cela les oblige à renier leur exigence de fidélité à la Tradition.

    Bonne journée.

  5. Voici quelques compléments.

    La liturgie tridentine est probablement jugée “conciliairement incorrecte” et “pelagiennement ou pharisiennement non inclusive”

    – en ce qu’elle est jugée “coupable”de ne pas être en phase avec la conception dominante de la sacro-sainte “évolution des mentalités” qui bénéficie, notamment à Rome, d’une influence réelle, depuis les années 1960,

    – en ce que cette liturgie tridentine est bien plus propice au recueillement ou au silence qu’à la créativité, au “bougisme”, au “festivisme” ou au “jeunisme”,

    et

    – en ce qu’elle est bien moins propice au déploiement de la nouvelle conception de l’oecuménisme, qui prévaut depuis le concile, qu’au déploiement d’une forme de “neo-tridentinisme”, dans la liturgie et dans la piété.

    D’autres griefs formulés contre la liturgie tridentine sont à caractère anthropologique et/ou civilisationnel :

    – non seulement cette liturgie a une origine européenne occidentale ante-moderne, voire anti-moderne, et, depuis le milieu du vingtième siècle, cela ne plaide pas en sa faveur, pour ainsi dire, y compris dans l’Eglise catholique,

    – mais en outre la même liturgie est plus propice à l’édification des âmes, au moyen de la Tradition, qu’à la tout aussi sacro-sainte “émancipation” de l’Homme, à l’égard de la Tradition…

    Par ailleurs, il n’est pas impossible que François veuille marginaliser ou museler une éventuelle future “opposition interne”, alors qu’il se prépare à faire avaler au moins un anaconda aux catholiques conservateurs ou traditionnels, dans le cadre de la prochaine évolution de l’Eglise catholique “inclusive” en direction d’une Eglise catholique “synodale”.

    Bonne soirée.

  6. Bonsoir,

    La précision qui figure ci-dessous est apportée : l’herméneutique “bénédictine” n’est pas une “herméneutique de la continuité”, cette expression etant erronée, mais est une “herméneutique de la réforme”, c’est-à-dire une “herméneutique du renouveau dans la continuité de l’unique sujet-Eglise”.

    Et que personne ne dise qu’il ne s’agit là que d’une différence de forme, et que sur le fond, globalement, ces deux expressions disent la même chose, car ce n’est tout simplement pas vrai.

    Une herméneutique de la continuité stricto sensu n’aurait aucun sens, compte tenu d’au moins quatre textes du concile (DH, GS, NA, UR), et une herméneutique du renouveau dans la continuité n’aurait tout son sens qu’a condition de se réapproprier au moins quatre autres textes du concile (AG, DV, LG, SC), à la lumière du magistere pontifical de Pie XI et de Pie XII, respectivement sur la mission, sur la Parole de Dieu, sur l’Eglise et sur la liturgie.

    C’est précisément cette démarche dont Jean-Paul II et Benoît XVI n’ont jamais voulu entendre parler, et pour cause : appropriez-vous donc Dei verbum et Lumen gentium à la lumière du magistere pontifical antérieur, et vous verrez si ces notions, “conciliaires” s’il en est : les notions de Tradition vivante et de Subsistit in, en sortent indemnes…

    Bonne soirée.

    1. Ce que vous négligez c’est le temps de la Justice de Dieu !
      Si les papes précédents ont agi différemment du pape François c’est que ce n’était pas encore ce temps.
      L’unique Pierre d’Angle de l’Église est le Christ Jésus. Si les textes écrits depuis depuis plus de 2000 ans nous ont aidés à cheminer intellectuellement et physiquement, vous savez bien qu’en Esprit et en Vérité le seul Chemin vers Dieu est Jésus.

      1. Bonjour,

        Il y a au moins un “pape précédent” qui n’a pas agi différemment du pape François, c’est le pape Paul VI, qui a été, vraiment bien plus que Jean XXIII, un “pape de la rupture”, intra-conciliaire puis post-conciliaire, pour reprendre le titre du texte de Renaissance catholique.

        Renseignez-vous donc davantage sur l’histoire de l’Eglise catholique depuis la fin du XIX° siècle, c’est-à-dire depuis la première crise moderniste (1893-1914), jusqu’à la deuxième crise moderniste (1937 – 1958) et jusu’à ses conséquences, dont le Concile, et vous comprendrez davantage ce qui est en jeu depuis les années 1960.

        Croyez-moi, cela fait à présent six décennies complètes que les papes successifs sont bien plus dans l’acceptation que dans l’opposition à bien des innovations doctrinales, liturgiques, pastorales et spirituelles qui sont souvent en mesure de dénaturer ou, en tout cas, de fragiliser notre recours au seul chemin vers Dieu.

        Bonne journée.

  7. La proportion de pratiquants selon la forme traditionnelle est de 7 à 8 %, mais elle serait beaucoup plus importante si elle était plus facilement accessible.
    Le pape François cherche-t-il un schisme de plus, après celui de Mgr Lefèvre et celui qui se prépare dans l’Eglise d’ Allemagne?

    1. Le schisme c’est nous qui le créons en refusant la ressemblance avec Jésus, en refusant de vivre la vie Évangélique. S’il y a encore schisme cela fera souffrir Jésus … Nous nous approchons de La Croix Glorieuse.
      La fidélité du Pape François au Christ est évidente, les béats la voient et s’en inspirent pour répondre à leur propre appel de Dieu…soyons de ceux-là…en et pour la sainte Église.

    2. Bonjour,

      Ce que ne comprennent pas certains, par méconnaissance ou incompréhension de ce qui s’est passé dans les années 1960-1970, et plus précisément dès l’année 1965, c’est que ce ne sont pas les catholiques intégristes ou traditionnels dans la Foi, qui n’était pas encore pleinement anti-conciliaires, mais, au contraire, les catholiques progressistes ou transformateurs de l’Eglise, qui étaient déjà tout à fait archi-conciliaires, qui sont allés, les premiers, en direction d’un mouvement de “sécession culturelle”, au sens de : doctrinale, liturgique et pastorale, à caractère presque schimastique, dès la fin du Concile Vatican II.

      Renseignez-vous un peu sur ce qui est arrivé à l’intérieur de l’Eglise catholique présente aux Pays-Bas, et vous apprendrez que Paul VI, notamment en raison d’une conception dévoyée de l’orientation de l’Eglise par la charité, vers l’avenir et vers l’unité, y a accepté des comportements qui ont eu alors un caractère presque schismatique.

      Et il n’y a pas eu que les Pays-Bas, mais il y a eu aussi presque toute l’Europe de l’ouest et presque tout l’Amérique du centre et du sud.

      De même, beaucoup parlent, encore aujourd’hui, du “schisme” lefebvriste anti-conciliaire de juin 1988, mais les mêmes oublient souvent de parler du “schisme” moderniste philo-conciliaire de centaines de théologiens d’Europe occidentale, qui s’est manifesté au moment et au moyen de la Déclaration de Cologne de janvier 1989, puis à travers un refus presque constant de prendre en compte certains enseignements, fermes, de Jean-Paul II, de 1989 à 2004.

      La différence, significative, est la suivante : les papes du Concile et de l’après-Concile ont toujours répugné à combattre le progressisme, transformateur de l’Eglise, autant que l’intégrisme, traditionnel dans la foi,

      – d’une part, parce que les progressistes ne sont pas dans le “mauvais camp”, puisqu’ils sont, eux-aussi, comme ces papes, philo-conciliaires, ce qui fait que leurs abus ou leurs excès sont souvent jugés déplorables dans leurs effets, mais pas dénonçables dans leurs causes,

      – d’autre part, parce que les progressistes sont soutenus ou, en tout cas, ne sont sûrement pas combattus, par des théologiens et par des évêques, eux-aussi philo-conciliaires, qui ne veulent pas s’exposer au risque de devoir croiser le fer et de devoir passer pour des “rigides” et des “sectaires”.

      Ainsi, il est proprement extraordinaire que tant de clercs catholiques soient “ni pour, ni contre, bien au contraire”, face aux “intégristes” et face aux “progressistes”, au sens de : ni pour les “intégristes”, ni contre les “progressistes”, alors que les “intégristes” ne sont jamais que des partisans du maintien en vigueur de l’utilisation et de la valorisation de la composante tridentine de la Tradition, notamment dans le domaine de la litrugie, tandis que les autres sont les promoteurs d’une vision des choses, qui provient de l’extérieur de l’Eglise et de la foi catholiques, et dont, officiellement, il n’a jamais été question, jusqu’à la mort de Pie XII, en 1958, et non en 1758 ou en 1858…

      Bonne journée.

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