Des filles dans le choeur Motu Proprio Spiritus Domini

Des revendications féministes aux fonctions sacrées

Les mois passent et, à mesure que la morosité ambiante progresse, l’accoutumance aux mauvaises nouvelles sanitaires s’ancre dans les esprits. Au milieu de cette actualité, la publication de Spiritus Domini n’a pas, à vrai dire, fait grand bruit. Entre quelques litanies de morts et une poignée de mesures antivirales, les exhortations post-synodales et les encycliques au projet bien horizontal paraissent se suivre et se ressembler. Elle se perdent dans un océan d’homélies et de documents bien naturalistes qui ne parviennent plus guère à émouvoir l’âme éprise de reconquête spirituelle et de restauration chrétienne. Le 10 janvier 2021, le pape François a publié un Motu Proprio afin d’autoriser les femmes à remplir les ministères que feu le pape Paul VI n’avait pas épargnés, c’est-à-dire ceux des lecteurs et des acolytes, intervenant activement au cours des offices catholiques. Pour bon nombre de sujets de l’Église, la nouvelle est apparue comme un non-évènement. Il y a bien longtemps que le pupitre pour lire épitres et prières universelles avait été monopolisé par de vieilles dames tandis que les aubes d’enfants de chœur avaient été revêtues par des adolescentes ingénues. Que pouvait donc bien modifier ce texte pontifical ?

KTOTV a beau avoir consacré une émission spéciale à l’évènement, rares furent les grands canaux de la presse à consacrer un encart à ce moment ecclésial. Le Monde, Libération, L’Express, aucun de ces journaux français ne s’est attardé à couvrir l’information, tandis que les télévisions et radios n’ont même pas pris la peine d’évoquer cet instant. Sans doute l’intelligentsia progressiste se garde-t-elle de se réjouir d’une piètre allégeance à la cause féministe tandis que le monde conservateur est consterné d’assister à une nouvelle brèche portée contre la Tradition. Les seuls canaux qui ont osé relayer la nouvelle ont surtout manifesté la joie flétrie de dames catéchistes aux cheveux grisonnants, remémorant ainsi l’univers un peu ringard des aubes en polyester et des moquettes orangées, des assistances en pattes d’eph et des sacristines poudrées.

1. Une brèche déjà ouverte

Peu de temps après le concile Vatican II et la promulgation du Novus Ordo, Paul VI avait déjà aboli tous les ordres mineurs d’un trait de crayon. Par le Motu Proprio Ministeria quaedam (17 août 1972), le pape Montini ne conservait que les charges de lecteur et d’acolyte, précisant qu’elles pouvaient être remplies par des laïques. Depuis les premiers siècles de l’Église, le candidat au sacerdoce franchissait toutes les étapes qui devaient le porter vers l’autel et lui permettre de revêtir l’insigne honneur d’approcher les saintes espèces et d’agir ainsi en la personne du Christ pour répandre les grâces dans les âmes. Il était ainsi successivement portier, lecteur, exorciste, acolyte, sous-diacre, poursuivant une ascension progressive vers le sacerdoce antique. Ces nobles réalités, pourtant affermies par la pratique de plusieurs siècles, furent annihilées par le vent réformateur de l’Après-Concile. Tandis que la digne responsabilité du prêtre était largement mise à mal par les équipes d’animation pastorale, ces formes d’élévation vers les ordres majeurs furent abaissées au rang de simple ministère commun, ouvertes à n’importe qui. Elle était loin l’époque vétérotestamentaire où seul le grand prêtre était autorisé à ne s’introduire qu’une fois l’an dans le Saint des saints. Désormais, le chœur des sanctuaires, où notre créateur vient habiter parmi nous, devenait un hall, où l’accent des guitares se mêlait aux prises de position sociales, où le profane a décidé d’asservir le sacré.

Toutefois, le texte précisait qu’être « institué lecteur et acolyte, conformément à la vénérable tradition de l’Église, était réservé aux hommes.1» Mais de cette même vénérable tradition, il semble que la pratique a bien disparu. Alors qu’on pouvait légitimement penser que le rôle d’un pontife consistait précisément à dénoncer les abus liturgiques et à réaffirmer le sens de la Tradition, la papauté a, semble-t-il, décidé de légitimer la rupture. Le Motu Proprio du 10 janvier 2021 a modifié le canon 230 en supprimant l’appel exclusif des hommes aux fonctions liturgiques auprès de l’autel.


2. Les esprits ne se trompent pas sur les enjeux de ce texte

Dans la lettre qu’il a adressée au cardinal Luis Ladaria Ferrer, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le pape François a pris le temps de rappeler une vérité non modifiable, car elle a trait à la constitution divine de l’Église. Celle-ci « n’a en aucune façon la faculté de conférer l’ordination sacerdotale à des femmes ». Évidemment, tous les prêtres commentant la décision ont bien précisé que ce rappel opportun d’une doctrine définie dogmatiquement par Jean-Paul II écartait tout risque de considérer la décision prise comme un bouleversement des lois au sein du catholicisme.

Pourtant, ce n’est pas vraiment de cette oreille que l’ont entendu les milieux réformateurs. À l’antenne de KTOTV, la bibliste Anne-Marie Pelletier, qui avait déjà milité pour l’entrée de femmes dans le collège cardinalice, a jugé la situation antérieure comme « injurieuse ». Elle ne voit pas dans la nouvelle disposition un aboutissement, mais bien plutôt une étape. « C’est une décision qui a du sens, qui a du poids. Évidemment, elle n’éclipse pas le problème de la reconnaissance des femmes dans l’Église. Mais c’est un pas qui est significatif.2» Sur son site, l’archidiocèse de Milan a publié l’article intitulé « Personne ne peut être exclu du sacré », rédigé par la journaliste Maria Michela Nicolais. Celle-ci considère que le Motu Proprio constitue « un joli coup porté au mur auquel les femmes sont encore confrontées aujourd’hui non seulement dans la société, mais aussi dans l’Église.3». Mais quel est donc ce mur existant dans la sainte institution ? Il s’appelle tout simplement la Tradition bimillénaire de l’Église. Et l’observatrice ajoute que « la chose intéressante et remarquable, est le fait que le pape ne mentionne pas explicitement la question [de l’accession de femmes au diaconat] dans le Motu Proprio. Il ne dit pas « non ». Il ne touche pas au sujet. » On voit donc bien vers quels horizons regardent celles qui se réjouissent de la nouvelle disposition. Faudra-t-il les décevoir demain ?


3. Le texte dans la perspective du pontificat de François

Bon nombre d’observateurs catholiques ont précisé que le texte du pape résultait d’un « développement doctrinal ». Mais quand, depuis des siècles et des siècles, la pratique de ne faire pénétrer que des hommes dans le chœur des églises était établie, une telle modification semble introduire une véritable rupture. Ce qui est perçu comme un « développement » s’apparente ainsi à une contorsion doctrinale. Si l’accession des femmes au sacerdoce s’avère, avec le temps, impossible à réaliser, l’objectif des réformateurs consistera à relativiser son importance. C’est le sens de l’introduction des laïques en général, puis des femmes dans le chœur, mettant à mal le rôle du prêtre, de même que les équipes d’animation pastorale ont peu à peu grignoté les prérogatives des curés de paroisse. Mettre à égalité la nouvelle ministre qui lit au pupitre avec le prêtre qui offre à l’autel sera la prochaine ambition du monde progressiste.

Ce faisant, une telle méthode ne fait que poursuivre ce qui a été mis en application par le dernier Concile. Il s’agit de modifier la pratique par un langage ambigu pour, au bout de quelques années, faire accepter en définitive que la loi se conforme à la pratique en parlant de développement doctrinal. Ainsi, alors que la communicatio in sacris était interdite par le Droit Canon, les Pères conciliaires ont affirmé ne pas dénier certaines qualités aux autres religions pour, finalement, faire accepter, avec le temps, les vêpres œcuméniques et les prières interreligieuses qui diffusent un relativisme particulièrement néfaste pour la foi des fidèles. De même, alors que la Sainte Écriture sacralise le mariage, l’exhortation Amoris Laetitia a demandé de ne pas exclure les divorcés remariés au point de mettre un terme aux « diverses formes d’exclusion actuellement pratiquées dans les domaines liturgique, pastoral, éducatif et institutionnel ». Une telle formule a ainsi invité des personnes vivant ouvertement dans le péché à la table de communion. L’attitude du pape à l’égard des unions homosexuelles a également jeté un véritable trouble quant à la doctrine pérenne de l’Église en la matière. Et, à l’occasion du Synode sur l’Amazonie, puis de la publication du présent Motu Proprio, les autorités religieuses utilisent un langage ambigu qui aura pour effet de modifier la pratique des fidèles. Les exemples répétés de confusion des textes pour modifier à terme la doctrine peinent à ne pas susciter l’inquiétude à propos de ce qui apparaît pour le moins comme une imprudence réelle à flirter avec l’hétérodoxie. 

Sainte Catherine de Sienne aurait probablement été étonnée que des femmes usent de l’inégalité avec les hommes pour revendiquer des postes dans le chœur. Et que dire des deux grandes saintes Thérèse qui ont tant influé sur l’Église au fond de leur couvent, derrière la clôture qu’elles respectaient tant ? Elles n’ont pas attendu les revendications revanchardes et bien naturalistes. Elles agissaient beaucoup plus profitablement, à l’image de la première des saintes du Paradis, Notre Dame, médiatrice de toutes grâces, mère de l’Église, à qui son divin fils a confié une mission toute particulière, dans le silence et la prière, celle de guider les âmes vers le Ciel. Notre Seigneur n’a pourtant pas appelé cette âme parfaite à le représenter à l’autel. Alors que les saintes femmes étaient présentes au pied de la croix, étaient les premières devant son tombeau, le Christ a recouru à des hommes, des pêcheurs bien humains, pour en faire les colonnes de l’Église, pour être les successeurs des prêtres de l’Ancien Testament, pour pénétrer dans le chœur des sanctuaires. Ainsi l’a-t-il voulu, quelles que soient les polémiques des pauvres êtres humains.

                                                                                        Côme de Prévigny


 1 Paul VI, Ministeria quaedam, 17 août 1972.

 2 KTOTV, Édition spéciale Spiritus Domini, 11 janvier 2021.

3 Maria Michela Nicolais, «Spiritus Domini, nessuno escluso dal sacro», Chiesa di Milano, 12 janvier 2021.

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