Déclaration du R.Th. Calmel sur la messe

Depuis sa promulgation en 1969 la réforme liturgique issue du concile Vatican II n’a eu de cesse de marquer toujours plus une véritable rupture avec la Tradition liturgique de l’Eglise.

Après une période de relatif apaisement, grâce au Motu Proprio Summorum Pontificum du Pape Benoît XVI, le Motu Proprio Traditiones Custodes du Pape François puis les réponses de Mgr Roche, préfet de la congrégation pour le culte divin à diverses dubia viennent de rouvrir une guerre que l’on croyait en voie d’apaisement.

Dès 1969 un grand dominicain le Père R.-Th. Calmel avait formalisé les raisons de son attachement exclusif à la messe traditionnelle. Alors que de nouveaux nuages s’amoncellent à l’horizon, nous croyons faire œuvre utile en livrant à l’attention des jeunes générations ce texte majeur.

Bon et Saint Noël

Jean-Pierre Maugendre

Déclaration par R.-Th. Calmel novembre 1969

Je m’en tiens à la messe traditionnelle, celle qui fut codifiée, mais non fabriquée, par saint Pie V, au XVIème siècle, conformément à une coutume plusieurs fois séculaire. Je refuse donc l’Ordo Missae de Paul VI.

Pourquoi ? Parce que, en réalité, cet Ordo Missae n’existe pas. Ce qui existe c’est une révolution liturgique universelle et permanente, prise à son compte ou voulue par le pape actuel, et qui revêt, pour le quart d’heure, le masque de l’Ordo Missae du 3 avril 1969. C’est le droit de tout prêtre de refuse de porter le masque de cette révolution liturgique. Et j’estime de mon devoir de prêtre de refuser de célébrer la messe dans un rite équivoque.

Si nous acceptons ce rite nouveau, qui favorise la confusion entre la messe catholique et la cène protestante –comme le disent équivalemment deux cardinaux et comme le démontrent de solides analyses théologiques– alors nous tomberons sans tarder d’une messe interchangeable (comme le reconnaît du reste un pasteur protestant) dans une messe carrément hérétique et donc nulle. Commencée par le pape, puis abandonné par lui aux Eglises nationales, la réforme révolutionnaire de la messe ira son train d’Enfer. Comment accepter de nous rendre complices ?

Vous me demanderez : en maintenant, envers et contre tout, la messe de toujours avez-vous réfléchi à quoi vous vous exposez ? Certes. Je m’expose, si je peux dire, à persévérer dans la voie de la fidélité à mon sacerdoce, et donc à rendre au Souverain Prêtre, qui est notre Juge Suprême, l’humble témoignage de mon office de prêtre. Je m’expose encore à rassurer des fidèles désemparés, tentés de scepticisme ou de désespoir. Tout prêtre en effet qui s’en tient au rite de la messe codifié par saint Pie V, le grand pape dominicain de la contre-réforme, permet aux fidèles de participer au saint sacrifice sans équivoque possible ; de communier, sans risque d’être dupe, au Verbe de Dieu incarné et immolé, rendu réellement présent sous les saintes espèces. En revanche, le prêtre qui se plie au nouveau rite, forgé de toutes pièces par Paul VI, collabore pour sa part à instaurer progressivement une messe mensongère où la présence du Christ ne sera plus véritable, mais sera transformée en un mémorial vide ; par le fait même le sacrifice de la Croix ne sera plus réellement et sacramentellement offert à Dieu ; enfin la communion ne sera plus qu’un repas religieux où l’on mangera un peu de pain et boira un peu de vin ; rien d’autre ; comme chez les protestants. – Ne pas consentir à collaborer à l’instauration révolutionnaire d’une messe équivoque, orientée vers la destruction de la messe, ce sera se vouer à quelles mésaventures temporelles, à quels malheurs en ce monde ? Le Seigneur le sait dont la grâce suffit. En vérité la grâce du Cœur de Jésus, dérivée jusqu’à nous par le saint sacrifice et par les sacrements, suffit toujours. C’est pourquoi le Seigneur nous dit si tranquillement : celui qui perd sa vie en ce monde à cause de moi la sauve pour la vie éternelle.

Je reconnais sans hésiter l’autorité du Saint Père. J’affirme cependant que tout pape, dans l’exercice de son autorité, peut commettre des abus d’autorités. Je soutiens que le pape Paul VI commet un abus d’autorité d’une gravité exceptionnelle lorsqu’il bâtit un rite nouveau de la messe sur une définition de la messe qui  a cessé d’être catholique. « La messe, écrit-il dans son Ordo Missae, est le rassemblement du peuple de Dieu, présidé par un prêtre, pour célébrer le mémorial du Seigneur. » Cette définition insidieuse omet de parti-pris ce qui fait catholique la messe catholique, à jamais irréductible à la cène protestante. Car dans la messe catholique il ne s’agit pas de n’importe quel mémorial ; le mémorial est de telle nature qu’il contient réellement le sacrifice de la Croix, parce que le corps et le sang du Christ sont rendus réellement présents par la vertu de la double consécration. Cela apparaît à ne pouvoir s’y méprendre dans le rite codifié par saint Pie V, mais cela reste flottant et équivoque dans le rite fabriqué par Paul VI. De même, dans la messe catholique, le prêtre n’exerce pas une présidence quelconque ; marqué d’un caractère divin qui le met à part pour l’éternité, il est le ministre du Christ qui fait la messe par lui ; il s’en faut de tout que le prêtre soit assimilable à quelque pasteur, délégué des fidèles pour la bonne tenue de leur assemblée. Cela, qui est tout à fait évident dans le rite de la messe ordonné par saint Pie V, est dissimulé sinon escamoté dans le rite nouveau.

La simple honnêteté donc, mais infiniment plus l’honneur sacerdotal, me demandent de ne pas avoir l’impudence de trafiquer la messe catholique, reçue au jour de l’Ordination. Puisqu’il s’agit d’être loyal, et surtout en une matière d’une gravité divine, il n’y a pas d’autorité au monde, serait-ce une autorité pontificale, qui puisse m’arrêter. Par ailleurs la première épreuve de fidélité et d’amour que le prêtre ait à donner à Dieu et aux hommes c’est de garder intact le dépôt infiniment précieux qui lui fut confié lorsque l’évêque lui imposa les mains. C’est d’abord sur cette preuve de fidélité et d’amour que je serai jugé par le Juge Suprême. J’attends en toute confiance de la Vierge Marie, la Mère du Souveraine Prêtre, qu’elle m’obtienne de rester fidèle jusqu’à la mort à la messe catholique, véritable et sans équivoque. Tuus sum ego, salvum me fac.

R.Th. Calmel O. P.

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3 réponses

  1. Sous Benoît XVI, l’apaisement, réel, a également été ambivalent, du « renouveau dans la continuité » aux « deux formes d’un même rite », alors que, sous François, la reprise de la décatholicisation ou de la detridentinisation de l’Eglise et de la foi est surréaliste, mais est aussi dépourvue d’équivoques.

    Donc, en fait, il faut savoir ce que l’on veut :

    – un apaisement ambivalent au bénéfice d’une recatholicisation ou d’une retridentinisation qui est plus acceptée que désirée par bon nombre d’évêques, ce qui est déjà, en soi, absolument considérable, par rapport au troisième tiers du XXEME siècle,

    ou

    – une réactivation de la décatholicisation ou de la detridentinisation qui va obliger bon nombre d’évêques, à commencer par le premier d’entre eux, à recourir à un autoritarisme managerial et à une malhonnêteté intellectuelle qui n’auront rien d’évangélique, dans la miséricorde ?

    Quelques aspects complémentaires doivent être pris en compte :

    – d’une part, nous sommes en présence d’évêques qui, ici ou là, préfèrent une absence de messes à des messes traditionnelles : cela en dit assez long sur l’importance, pour eux, de la foi catholique, en tant que foi théologale, et sur celle de la vie chrétienne, en tant que vie surnaturelle ;

    – d’autre part, depuis la fin des années 1960, dans le cadre de la mise en oeuvre effective de la liturgie montinienne par le clergé diocésain, nous avons très souvent droit à des homélies plus amollissantes et attiedissantes qu’éclairantes, exigeantes, fortifiantes, nourrissantes, tonifiantes et vivifiantes : or, si la liturgie montinienne est aussi féconde que certains le disent, comment se fait-il que ces homélies soient aussi fades et grises ?

    Enfin, on s’en veut presque de devoir rappeler que le combat pour le maintien en vie de l’explicitation de la spécificité de la foi catholique se mène avant tout dans le domaine de la dogmatique, et ne se mène pas seulement dans celui de la liturgie. En un sens, François le rappelle avec justesse, quand il dit en substance qu’il y a un lien, dogmatico-liturgique, si l’on veut, entre l’approbation de la liturgie tridentine et la non acceptation, voire la désapprobation de la dynamique conciliaire, laquelle est porteuse d’au moins deux « dogmes » : le dialogue ad extra et le renouveau ad intra, « dogmes » dont il n’a jamais été question, du concile de Trente au concile Vatican II, ce qui devrait faire réfléchir tous les continuistes ratzingériens de pieuse observance…

  2. L’obéissance religieuse à l’église du Christ est demandée Par Jésus le Christ! C’est le premier devoir de tous les prêtres et religieux!

  3. « Par ailleurs la première épreuve de fidélité et d’amour que le prêtre ait à donner à Dieu et aux hommes c’est de garder intact le dépôt infiniment précieux qui lui fut confié lorsque l’évêque lui imposa les mains. »

    Comment un séminariste diocésain amoureux de la Sainte Messe Saint Pie V est censé répondre à ça, je vous le demande.

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