Premier bilan d’une pandémie

Des clarifications bienvenues

bilan COVID
En ce début d’année dressons un bilan de ce que la gestion de cette situation nous apprend de l’état présent de l’Eglise de France et de ses relations avec l’Etat.

Alors que de déconfinement en reconfinement la sortie de la crise liée à la pandémie de la Covid 19 ne cesse de s’éloigner ce début d’année est l’occasion de dresser un premier bilan de ce que la gestion de cette situation nous apprend de l’état présent de l’Eglise de France et de ses relations avec l’Etat. 

Premier confinement (17 mars-11 mai 2020)          

Pour la première fois depuis la Révolution française le culte public a été suspendu, en France, pendant plusieurs semaines. Toute vie sacramentelle a été officiellement interrompue par les pouvoirs publics dans l’indifférence quasi générale des autorités religieuses. Les offices de la Semaine sainte, sommet annuel de la vie liturgique, n’ont pas été célébrés publiquement, chacun étant invité à une pratique virtuelle des sacrements. Pendant plusieurs mois il n’y a donc eu ni confessions, ni mariages, ni baptêmes, etc. Le culte public dû à Dieu a été suspendu. Lorsqu’il a été question de déconfinement, au moment de la Pentecôte, ce sont quasiment uniquement des communautés ou des associations de fidèles traditionalistes qui, par leur mobilisation, ont obtenu du Conseil d’Etat la reprise des cultes pour cette fête. Il est à noter que dans ce combat pour la liberté de culte les autres religions présentes en France (Islam, judaïsme, protestantisme) n’ont pas été très actives. Cela s’explique aisément si l’on croit que la messe est un sacrifice réel et la rencontre avec une personne, Jésus-Christ, et pas uniquement un rassemblement communautaire de prière. Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner dont l’ignorance religieuse ne semble devoir être surpassée que par sa suffisance, est ainsi apparu comme inconscient de ces distinctions élémentaires en déclarant : « La prière n’a pas forcément besoin de lieux de rassemblement ». Quant aux catholiques de France, sans doute en partie « castanerisés », Mgr Chauvet, recteur de la cathédrale Notre-Dame de Paris observait le 15 août que 30% d’entre eux n’avaient pas retrouvé le chemin des églises à l’issue du confinement.

Second confinement (30 octobre-15 décembre 2020)  

Après la trêve estivale un nouveau confinement est imposé, le gouvernement fixant des seuils de participation aux offices liturgiques. 6 personnes pour un mariage. 30 pour un enterrement et, apothéose le 24 novembre, la fixation, par le Président de la République d’un maximum de 30 participants par église pour l’assistance à la messe. A rebours de la sacrosainte loi de séparation des églises et de l’Etat de 1905 l’Etat, prétendument laïc, en vient à décider du nombre de fidèles admis à participer à une cérémonie religieuse, et cela dans le silence assourdissant des autorités religieuses ! Sur quels critères religieux et théologiques repose le fait qu’un enterrement semble, ainsi, cinq fois plus important qu’un mariage ? Aucune autorité ecclésiastique n’a osé publiquement poser cette question. Il s’agit pourtant là d’une ingérence inouïe des autorités publiques dans le domaine spirituel. Quant à la décision d’Emmanuel Macron elle est rapidement apparue comme vexatoire, inutile et stupide. Certains évêques et la CEF s’en sont émus déposant un recours devant le Conseil d’Etat qui leur a donné raison. A cette occasion une fracture nette est apparue. En effet, alors que certains évêques appelaient à appliquer les décisions gouvernementales d’autres demandaient de ne pas en tenir compte et soutenaient les manifestations de laïcs souhaitant le rétablissement de la liberté de culte. Signe indubitable de profondes divergences. Un évêque observait ainsi pudiquement « Une foi catholique eucharistique théologiquement divergente » parmi les catholiques de France et cela chez les fidèles comme parmi les évêques.

A la suite de l’intervention d’Emmanuel Macron le 24 novembre Mgr de Moulins-Beaufort, président de la CEF, avait immédiatement fait part de ses réserves au Président de la République argumentant, en particulier, que traiter de la même manière toutes les églises quelle que soit leur taille- la chapelle de 30 mètres carrés et la basilique de 5500- n’était peut-être pas très judicieux. Malgré cette intervention le Président de la République n’a pas modifié sa position et c’est devant le Conseil d’Etat que s’est conclue l’affaire. Enfin si les multiples documents dérogatoires au confinement comportaient bien une mention permettant de satisfaire « les besoins des animaux de compagnie » aucun ne comportait la moindre mention d’une quelconque activité religieuse ou cultuelle. La République laïque décide que faire pisser son chien est une activité essentielle mais que rendre un culte à Dieu ne l’est pas. Douloureux point d’orgue d’un « grand déclassement » qui ne date pas d’hier. Sans doute la conséquence, à la fois, de la diminution du nombre des catholiques dans la société française-la politique est d’abord un rapport de force- et d’une culture épiscopale extrêmement consensuelle, voire de soumission, à l’égard des pouvoirs publics.  Cette culture que dénonçait Mgr Gaidon, ancien évêque de Cahors dans son ouvrage : Un évêque français entre crise et renouveau dans l’Eglise fustigeant : « un ton conciliant » et « le réconfort d’un consensus mou » vis-à-vis « d’un régime qui traite l’Eglise avec tant de désinvolture et ne perd pas une occasion de dresser des obstacles à la diffusion du message chrétien ».

En outre chacun a pu observer que les manifestations publiques- prés de 150- organisées en novembre pour demander la suppression de la jauge de 30 participants pour la célébration publique de la messe ont été mises en œuvre par la part la plus jeune et la plus dynamique de la communauté catholique. Leur condamnation par plusieurs évêques a suscité un commentaire un peu désabusé de Yann Raison du Cleuziou, auteur de : Une contre Révolution catholique et certainement un des observateurs les plus avertis du catholicisme contemporain : « Le mépris affiché pour les ultimes pratiquants est suicidaire ».

Un changement de civilisation

Les tragiques événements que nous vivons ont permis de mieux prendre conscience du brutal changement de paradigme et de civilisation qui est en train de s’opérer sous nos yeux. Dans une société chrétienne chacun, clerc ou laïc, s’efforce d’accompagner les plus faibles pour les soins du corps comme pour ceux de l’âme. La scène du baiser au lépreux est bien connue comme l’inlassable dévouement de Saint Charles Borromée à Milan en 1576 ou celui de Mgr de Belsunce à Marseille en 1720.  En chrétienté des processions publiques sont organisées, les malades sont accompagnés, les sacrements leur sont administrés, etc. Dans une société apostate et matérialiste il faut se méfier des plus faibles, condamnés à mourir seuls et abandonnés au fond de leurs EPHAD, privés de vivre leurs derniers instants entourés de leur famille et empêchés de recevoir ce que l’on appelait autrefois « les secours de la religion ». L’homme moderne n’a plus besoin d’aucun secours, il se suffit à lui-même ! Une lueur d’espoir, cependant, éclaire notre nuit. Certains évêques, que nous ne nommerons pas pour ne pas les livrer à la vindicte de leurs frères dans l’épiscopat, se sont clairement positionnés dans la continuité de la grande Tradition de l’Eglise. Quand les chrétiens des premiers siècles lançaient à leurs persécuteurs : « Sine dominico non possumus. Sans la messe du dimanche nous ne pouvons pas vivre ». Rappelant ainsi à la puissance publique que l’obéissance ne lui est dû que tant qu’elle concourt au bien commun. Les temps d’épreuve sont toujours des moments de clarification. La vérité des hommes apparaît alors plus clairement. Or, nous le savons, la vérité nous libérera. L’heure d’une recomposition, au sein de l’Eglise elle-même, entre les fidèles de la religion du Dieu qui s’est fait homme et ceux de la religion de l’homme qui se fait Dieu approche inexorablement. Ainsi, cette année 2020, qui fut une année de clarification, fut donc, malgré les apparences, une année de grâces. Deo gratias !

 Jean-Pierre Maugendre 

Une réponse

  1. Depuis la loi Neuwirth, les lois « sociétales » se sont succédées avec le silence complice de la CEF et d’une large proportion de nos Évêques, conciliants par nature puisque conciliaires par conviction.
    Si tous nos Monseigneurs avaient organisé et conduit, au siège de leur Diocèse, des manifestations de protestation, mitre en tête et crosse en main, revêtus de leurs vêtements de célébration, je pense que de nombreuses décisions politiques n’auraient pas été prises.
    NOUS EN MESURONS AUJOURD’HUI LES CONSÉQUENCES TRAGIQUES.
    « Quand le Fils de l’Homme reviendra, trouvera-t-il encore la Foi ? »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Pour partager cet article :

Partager sur facebook
Partager sur twitter

Nous recommandons

Archives
Prochains événements
  1. Université renaissance Catholique

    Université d’été 2021

    août 26 @ 08:00 - août 29 @ 17:00